l'Assemblée Nationale du Quebec: Le parlement des «pure laine»
Avez-vous déjà regardé les débats de l'Assemblée nationale ? Si vous avez deux minutes, jetez un oeil à la rentrée parlementaire, la semaine prochaine. Vous verrez des banquettes remplies à craquer d'hommes blancs, catholiques et francophones en complet-cravate bleu foncé.
Pas très coloré, le parlement du Québec. Les rues de Montréal ont beau ressembler à une réunion des Nations unies, l'Assemblée nationale garde un petit côté «pure laine» qui détonne avec le Québec d'aujourd'hui.
Parlez-en à Yolande James. La députée libérale de Nelligan, née à Montréal en 1977, est la seule élue de race noire à l'Assemblée nationale. Et la deuxième de toute l'histoire de la province, après le péquiste Jean Alfred, en 1976.
À peine sept des 75 élus à l'Assemblée nationale viennent d'un autre pays, même si plusieurs députés qu'on dit «ethniques» sont nés au Québec ou en Ontario.
La quasi-absence des «communautés culturelles» commence à faire des vagues au Parti québécois. Deux membres de l'exécutif national du PQ, Dominique Ollivier et Isabelle Beaulieu, viennent de démissionner en déplorant le manque d'ouverture du parti envers les candidats qui sortent du moule pure laine.
Sans pointer du doigt «l'attitude paternaliste et autocrate» des dirigeants du parti, comme elles le font, il faut reconnaître que le PQ a bien de la misère à s'ouvrir aux Québécois d'autres origines ethniques.
Les leaders souverainistes savent pourtant qu'ils ne pourront jamais réaliser le rêve de leur vie sans l'appui des Québécois de toutes les couleurs, ne serait-ce qu'à cause du poids grandissant des immigrants. La rareté des candidats à la peau noire ou jaune donne aussi des arguments aux anglos frustrés du Canada qui ressortent de temps en temps leur rengaine du «nationalisme ethnique made in Quebec».
L'influence d'Ottawa
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a compris avant ses cousins souverainistes de Québec l'importance de courtiser et représenter les «communautés culturelles». C'est même une de ses obsessions depuis des années.
Siéger à Ottawa peut ouvrir les yeux : les banquettes des Communes accueillent probablement plus de turbans, de djellabas, de kippas et de kirpans que tous les parlements provinciaux réunis. Au moins 40 des 308 députés fédéraux sont nés ailleurs qu'au Canada.
Les députés bloquistes Maria Mourani (originaire du Liban), Vivian Barbot (Haïti) et Maka Kotto (Cameroun) peuvent témoigner de l'ouverture du parti de Gilles Duceppe envers les immigrants.
Maka Kotto, élu en juin 2004 dans la circonscription jadis libérale de Saint-Lambert, est convaincu que le Parti québécois veut se rapprocher des immigrants. Quand il a gagné son élection au parlement fédéral, Bernard Landry l'a appelé en pleurant de joie et en disant que c'était un des plus beaux jours de sa vie.
On est loin des sombres conspirations évoquées par les démissionnaires de l'exécutif du PQ. Maka Kotto croit tout de même que les dirigeants souverainistes doivent courtiser plus assidûment les Québécois nés ailleurs.
«Il ne faut pas attendre qu'ils viennent vers nous, c'est à nous d'aller vers eux. C'est ce que les libéraux font depuis longtemps», reconnaît le député et comédien.
Eh oui, ils ont compris, les libéraux. Vous savez ce qu'elle fait en fin de semaine, la députée libérale Yolande James ? La seule élue noire à l'Assemblée nationale participe à un colloque avec les «communautés culturelles» de Montréal.
Au fait, si vous voulez la voir à l'oeuvre à la rentrée parlementaire, Yolande James sera facile à trouver, sur votre écran de télévision. Vous ne pourrez pas la manquer, dans cet océan de complets-cravates bleu foncé...