Montréal: Une messe vaudou aurait été planifiée par un détenu
Caroline Touzin
La messe vaudou visant à jeter un mauvais sort aux procureurs de la Couronne au superprocès du gang de rue au Centre judiciaire Gouin aurait été planifiée par l'un des 15 accusés, Célonie Mervilus, a appris La Presse de sources fiables.
De la prison de Bordeaux où il est détenu, il aurait fait une téléconférence avec un proche à Montréal et une personne en Haïti. C'est dans ce pays des Antilles que la messe se serait tenue un vendredi 13. Le 13 octobre dernier.
Célonie Mervilus, 39 ans, aurait commandé cette messe sans en parler aux huit accusés emprisonnés dans la même aile que lui. La majorité des accusés, incluant les six en liberté sous caution, se seraient dissociés de lui pour plusieurs raisons depuis le début du procès, dont cette messe. Son avocat a refusé de commenter l'affaire.
Le vaudou est une religion pratiquée notamment en Haïti et originaire d'Afrique noire. C'est un mélange de pratiques magiques, de sorcellerie et d'éléments du rituel chrétien. Au cours d'une messe vaudou, les participants peuvent envoyer un mauvais sort ou une maladie à une personne.
Dans une conversation admise en preuve, Célonie Mervilus fait d'ailleurs référence aux esprits. «Les esprits t'ont forcé à rester dans la maison, ce sont les esprits», dit-il à un autre accusé, Loukens Fevrius, qui a surpris un policier dans la maison de Mervilus en décembre 2004. M. Mervilus raconte aussi qu'il a caché de la drogue dans les «Ogatoires» chez lui, de «petites armoires servant de Motel (sic) où certains peuples croient faire reposer des esprits», peut-on lire dans la traduction du créole au français admise en preuve.
Au procès, hier, un policier a témoigné qu'un autre accusé, Joël Samedy, était un adepte du vaudou. Le surnom de Samedy est «Gangan» qui signifie prêtre vaudou en créole, a dit le sergent-détective Mustaky Jean, de la police de Montréal. M. Jean est le deuxième policier d'origine haïtienne à venir identifier les voix dans les 237 conversations téléphoniques admises en preuve.
«Joël Samedy m'a expliqué qu'il était prêtre vaudou. Il me l'a dit quand je l'ai arrêté chez lui», a-t-il affirmé à l'avocat de Samedy, Peter Georges-Louis. «Avez-vous vu des pattes de poule chez lui»" a ironisé l'avocat qui a aussi des origines haïtiennes. Dans sa chambre, il y avait un «genre d'autel vaudou avec des lampions et des tortues», a répondu le policier.
Juste avant la pause du dîner, le plus vieil accusé, Roger Léger, 53 ans, a eu un malaise cardiaque. Il a été transporté à l'hôpital, mais son état n'a pas été jugé assez grave pour qu'il reste hospitalisé.
Le témoignage du policier Mustaky Jean n'a duré qu'une seule journée. Aujourd'hui, la Couronne fera témoigner un premier policier qui a fait de la filature dans le cadre du projet Abat. Ce projet a permis d'arrêter les 15 hommes accusés de trafic de cocaïne et de crack rue Pelletier, dans Montréal-Nord. Dix d'entre eux sont aussi accusés de gangstérisme.