De policier Mexicain à «Mafieux Italien» afin de coincer un gang de rue haïtien à Montréal-Nord.
C'est l'histoire d'un policier d'origine mexicaine qui se fait passer pour un mafieux italien afin de coincer un gang de rue haïtien à Montréal-Nord.
Le sergent-détective Juan Vargas, de la police de Montréal, n'arriverait pas à tromper grand monde sur ses origines mexicaines. Sa carrure trapue, ses cheveux noirs lissés vers l'arrière avec du gel, son teint basané et surtout son fort accent mexicain ne laissent pas de doute. Hier, au procès du gang de la rue Pelletier, au Centre judiciaire Gouin, il a raconté comment il s'était fait passer pour un mafieux italien pour démasquer le chef du gang.


Le 4 février 2005, il s'est présenté avec deux collègues dans un stationnement de la rue Garon à Montréal-Nord, lieu de vente de cocaïne et de crack du gang, pour rencontrer un vendeur, Clinton Saint-Thomas. Il a dit s'appeler Pablo, un prénom qui n'a rien d'italien. Ses deux collègues, Pierre Boucher, de la Sûreté du Québec, et Daniel Aloise, de la Gendarmerie royale du Canada, n'avaient pas l'air italien plus que lui. Dépassant Vargas d'au moins une tête, ils ont joué le rôle de fiers-à-bras. Selon des conversations téléphoniques écoutées plus tôt durant le procès, Saint-Thomas a pourtant cru au subterfuge. Il a raconté que ces mafieux l'avaient harcelé et lui avaient fait peur. Il les croyait liés aux Italiens qui auraient commis un double meurtre sur le territoire de vente du gang, deux ans plus tôt. Son avocat, José Guede, en a remis, hier, en traitant le policier Vargas d'agent «provocateur» qui a «intimidé» son client.


M. Vargas, alias Pablo, a nié avoir intimidé Saint-Thomas. «J'ai dit tranquillement: "Je suis dealer de drogues. S'il n'y a pas de contrôle sur la rue, je vais mettre des vendeurs sur la rue."» Il a demandé à Saint-Thomas de parler à son boss pour faire passer le prix du sachet de 20 à 25$ dans la rue. L'accusé a nié avoir un boss. «Tout le monde a un boss. Moi-même, j'ai un boss», a répondu le prétendu mafieux. Ce dernier a ensuite remis un numéro de téléphone à Saint-Thomas pour que son boss l'appelle. Le boss n'a jamais appelé.
Cette journée-là, Pablo portait sur lui une enregistreuse, mais l'enregistrement était inaudible, a expliqué la Couronne. Il n'a donc pas été déposé en cour. Au grand étonnement de la Couronne, l'avocat de la défense, José Guede, a demandé à avoir l'enregistrement. Il a lâché que la situation de son client ne pouvait pas être «pire que maintenant».
Plus tôt dans le procès, on a appris que Saint-Thomas avait vendu des roches de crack à des agents d'infiltration. Il est accusé de trafic de cocaïne et de crack ainsi que de complot, comme 14 coaccusés. Dix d'entre eux , dont Saint-Thomas, sont aussi accusés de gangstérisme.
Me Guede continuera le contre-interrogatoire du policier Vargas lundi. Le policier de la SQ Pierre Boucher a aussi témoigné sur son rôle de «mafieux», hier. Me Guede l'a contre-interrogé avec la même agressivité. «Êtes-vous au courant que M. Clinton a eu très peur pour sa vie après la rencontre?» a demandé l'avocat. Le policier Boucher a acquiescé. Saint-Thomas a ensuite voulu se teindre les cheveux en jaune pour changer son apparence, a raconté le policier.
Le juge Jean-Pierre Bonin a cru bon intervenir durant le contre-interrogatoire. «Trois gars débarquent, dont un parle italien...» Le magistrat n'a pu finir sa phrase. L'avocat de la défense, d'origine italienne, Loris Cavaliere, lui a coupé la parole. «Wôh, wôh, ce gars-là n'a pas d'accent italien.» Le juge n'a pu s'empêcher de sourire et de reprendre: «Bon, disons que le gars avait un accent et qu'il voulait mettre des vendeurs sur la rue. Je prends pour acquis que l'accusé a pu avoir une certaine crainte.»
Le procès se poursuit lundi.
RUFFRIDERS
Dans un coffre-fort appartenant à Bernard Mathieu, présumé chef du gang de la rue Pelletier, les policiers de Montréal ont trouvé une bague en or avec l'inscription Ruffriders. Les Ruffriders, c'est un gang de rue majeur lié aux Bleus ou Crips. Cela renforce la thèse de la Couronne voulant que Bernard Mathieu ait eu des liens avec des gangs importants à Montréal. Chez Roberto Aurélius, Jean-Pierre et Hansley Joseph, la police a saisi des vestes pare-balles. La bague et les vestes ont été saisies lors des sept perquisitions admises en preuve, hier.