Quebec Gangs de rue : la prévention commence à la maternelle
Le mercredi 31 janv 2007
La culture du gang de rue est à ce point enracinée dans certains quartiers de Mont-
réal que la prévention commence maintenant dès la maternelle.
Venus témoigner sur l?efficacité des dernières initiatives fédérales en matière de lutte contre le crime organisé, à Ottawa hier, des intervenants du secteur ont invité le comité de la Justice à miser sur les ressources disponibles ? avant qu?il ne soit trop tard.
On assiste actuellement à l?avènement de la seconde génération des membres de ces gangs, a fait remarquer Ross Toller, sous-commissaire aux services correctionnels. Si bien que les gangs de rue ont dépassé les groupes traditionnels comme la mafia et les motards parmi la population carcérale.
Le phénomène est à ce point répandu que des signes d?appartenance sont visibles jusqu?à la petite école, a ajouté Harry Delva, travailleur communautaire à la Maison d?Haïti, de Montréal. Il arrive de voir des jeunes de 4, 5 ou 6 ans arborer les couleurs rouge ou bleu à l?école, a-t-il déclaré, symbole des Crisps ou des Bloods. « Ils ne sont pas membres eux-mêmes mais leurs parents ou autres membres de la famille le sont et ils sont conscients de la signification. »
La popularité des gangs est renforcée par les médias comme la musique ou les jeux vidéo, a déploré M. Delva. Et sans se contenter d?écouter le hip-hop de 50 Cent, voilà que l?on se fait la guerre par l?entremise de YouTube. « On va avoir un premier groupe de jeunes qui va lancer une chanson et l?autre groupe va répliquer. Par la suite, qu?est-ce qu?on voit ? Il y a des drive-by shootings qui vont se faire à Montréal-Nord », a exposé le travailleur social.
Moins de lois, plus de coopération
Les cinq témoins se sont présentés hier à Ottawa à la suggestion du député bloquiste Réal Ménard. Ce dernier voulait savoir si les lois actuelles ou à venir étaient suffisamment adaptées aux nouvelles réalités des gangs. À l?unanimité, ces témoins ? un substitut du procureur général, deux représentants des services correctionnels, un travailleur communautaire et un ancien policier de la Sûreté du Québec ? se sont dit satisfaits des outils fournis par le gouvernement fédéral au cours des dernières années. Ils ont toutefois livré un plaidoyer en faveur d?une intervention plus ciblée.
« Faire la preuve de gangstérisme est très possible en vertu de la nouvelle législation, mais les ressources nécessaires doivent être disponibles tant pour la mise en accusation que pour l?enquête », a déclaré Randall Richmond, substitut en chef adjoint du procureur général, au Québec.
Trop souvent, a fait remarquer l?ex-policier Guy Ouellette, spécialisé en groupes criminels, les différents corps policiers et agences gouvernementales ne coopèrent pas suffisamment et nuisent à l?enquête.
« Il faut utiliser ce que l?on a comme outils et obtenir une meilleure participation. Actuellement, vous êtes à l?avant-garde avec C-10 pour les armes à feu, vous avec la chance d?être en avant de la parade », a affirmé M. Ouellette.
Parmi les initiatives fédérales, on retrouve le controversé projet de loi conservateur C-10, qui rehausserait les peines minimales pour les crimes commis avec armes à feu. Depuis 1997, d?autres projets de loi sont entrés en vigueur, comme C-24 et C-95 qui avaient notamment pour but de criminaliser l?appartenance à un groupe criminel.
Selon Harry Delva, une meilleure éducation devrait être faite dans les milieux à risque quant à l?existence de ces normes. La semaine dernière, la première décision canadienne criminalisant le gangstérisme a été rendue à Montréal. « Les jeunes à qui j?ai parlé depuis ne sont même pas au courant. Ils ne savent pas que c?est criminel et ça ne les intéresse même pas. »