Une délégation d'hommes d'affaires haïtiens a rencontré la semaine dernière leurs homologues canadiens du textile dans le cadre d'un déjeuner-conférence qui s'est tenu à l'hôtel Ruby Foo's à Montréal, a constaté sur place l'agence de presse montréalaise «Média Mosaïque».

Organisée sous le haut-patronage du Consulat d'Haïti à Montréal, cette causerie avait pour objectif de présenter les avantages que les industries canadiennes du textile pourraient bénéficier en Haïti suite à l'adoption de la loi HOPE votée récemment au Congrès US. En vertu de cette loi, tout produit fini assemblé sur le territoire haïtien pourra facilement avoir accès au marché américain. Et par voie de conséquence, un industriel canadien qui s'établit en Haïti pourra bénéficier pleinement des mêmes avantages comparatifs. Plusieurs des industriels canadiens présents lors de cette rencontre ont cependant émis des réserves. Selon eux, en favorisant l'apport de matières premières de n'importe où au monde, Haïti n'offre pas vraiment d'incitatifs à un Canadien à délocaliser son usine alors que ce dernier peut se contenter des avantages chinois.

Au terme de cette rencontre, les deux parties se sont entendues sur ce point «litigieux» qui a monopolisé les débats. Les industriels canadiens ont admis, au bout du compte, qu'il y avait un avantage énorme, vu la position stratégique d'Haïti. Même si le produit chinois demeure encore séduisant pour ces entrepreneurs canadiens, ils ont finalement admis que la proximité d'Haïti fait la différence face au temps et au coût de transport à consentir pour faire venir la matière première en provenance du continent asiatique. Le président de la Chambre de commerce haïtiano-canadienne, Frantz Liautaud qui a présidé la délégation haïtienne, s'est dit satisfait du déroulement de ces discussions qui ont duré plus de deux heures d'horloge entre les hommes d'affaires canadiens et haïtiens. Opinant sur les résultats positifs de cette visite, Fantz Liautaud prédit qu'il ne serait pas «étonné de voir, dans un délai plus ou moins court, qu'une première industrie canadienne se relocalise en Haïti pour profiter des opportunités de la loi HOPE».

Cette rencontre prévue dans le cadre de la «quinzaine économique du Canada» fait plutôt suite à un périple de 4 jours effectué récemment à Port-au-Prince par 23 grands entrepreneurs canadiens évoluant dans plusieurs domaines, notamment l'ingénierie, la construction, l'agro-industrie. Ces derniers, à en croire le numéro un de la Chambre de commerce haïtiano- canadienne, ont eu l'occasion de se familiariser avec Haïti sous un jour inédit, entendez par-là, une Haïti différente de ce qu'on rapporte au quotidien dans les médias. Frantz Liautaud soutient qu'il faut apprendre à mieux gérer les problèmes auxquels fait face Haïti, mais sans pour autant les dramatiser, insiste-t-il. Il s'est référé au voisin d'Haïti (la République Dominicaine), à la Jamaïque, à Trinidad, où selon lui, le kidnapping fait également rage, mais dont on n'a pas vraiment entendu parler, dit-il. Tout en précisant que le pays doit combattre ces fauteurs de troubles avec la dernière rigueur, Frantz Liautaud déplore cependant le fait que ce soit souvent, dit-il, «nos propres confrères haïtiens qui sont en train de mettre ceci en exergue». «Il faut que ça change, a-t-il martelé, parce que si les Haïtiens veulent que leur pays ait un autre visage, cela doit passer par la production, et pour produire et exporter, il faut inciter les investisseurs étrangers à placer leurs capitaux chez nous» Le conseiller économique du premier ministre haïtien, Mathurin Jean Palerme qui a pris la parole en présence de Pierre-Richard Casimir et de Junia Barreau, respectivement consul et vice-consul haïtiens de Montréal, a abondé dans le même sens. M.Palerme a fait part de la volonté du gouvernement Alexis de faciliter la tâche à tout entrepreneur étranger désireux d'investir en Haïti. Selon lui, tout un train de mesures ont été adoptées en ce sens, que ce soit au niveau législatif ou sur le plan sécuritaire. Actuellement le Canada exporte pour un peu plus de 35 millions de dollars par an en Haïti alors que la république Caraïbe exporte pour environ une vingtaine de millions produits haïtiens au Canada. Il importe de rééquilibrer cette balance commerciale et même la rendre positive pour Haïti, a fait valoir, de son côté, Frantz Liautaud. À noter la présence, entre autres, côté haïtien, de Jean Édouard Baker, président de l'Association des zones franches , l'ex-secrétaire d'État au tourisme Maryse Pénette-Kédar qui est actuellement la présidente de l'ADIH (Association des Industries d'Haïti).



Source: Le Nouvelliste