Mise à jour: 25/04/2007 07:19
Une si belle colonie: La fatigue de Michaëlle Jean émeut le Canada
Il y a des jours comme ça où même les Canadiens anglais réalisent que ce n'est pas drôle de vivre dans une colonie de Sa Majesté.
Évidemment, on l'adore notre reine Élisabeth. Personne n'oserait mettre en doute la profonde affection de tous les Canadiens pour leur reine à eux.
Bien sûr, le gouvernement Harper a senti le besoin de préciser hier qu'Élisabeth n'était pas invitée aux fêtes du 400e anniversaire de Québec, l'an prochain. Mais c'est juste parce qu'on célébrera la naissance d'une colonie rivale, française celle-là, devenue britannique quelques années plus tard. Enfin, vous connaissez l'histoire.
Non, ce qui agite le Canada anglais, ces jours-ci, c'est la fatigue de Michaëlle Jean. La représentante de la reine est épuisée. Elle a dû prendre quelques jours de repos, sur la recommandation de son médecin.
Ne vous inquiétez pas, Michaëlle Jean reprend le boulot dès ce matin à 9 h 45. Elle recevra le président de la Hongrie, Laszlo Solyom, avec les honneurs militaires et tout le tralala, sur le terrain de Rideau Hall. Elle trouvera même la force de porter un toast à la santé de Monsieur le président en soirée dans la salle de bal de sa résidence.
Hier, le vénérable quotidien The Globe and Mail s'est interrogé: Quoi, Michaëlle Jean est fatiguée? Madame la gouverneure a peut-être fait des tournées en Afrique et en Afghanistan, mais elle n'a même pas visité les 10 provinces canadiennes depuis sa nomination il y a un an et demi, s'étonne l'élite torontoise.
On comprend entre les lignes, et en parlant à quelques représentants du gouvernement Harper, que la gouverneure générale a quelques défauts plus irritants que son épuisement soudain.
Michaëlle Jean a été nommée par Paul Martin, qui cherchait à sauver du naufrage son gouvernement minoritaire, à l'automne 2005. Elle est perçue comme un pur produit de la machine libérale: une femme, féministe, francophone, Québécoise, de race noire, réfugiée d'Haïti, journaliste (ça, c'est vilain), journaliste à Radio-Canada en plus, donc vaguement socialiste et séparatiste, mariée à un intellectuel français de gauche qui a réalisé un film sur le FLQ.
Imaginez en plus qu'elle a invité l'écolo David Suzuki à s'exprimer sur le blogue de la gouverneure générale. Tout pour se faire des amis au gouvernement Harper.
Par-dessus le marché, Michaëlle Jean prend plaisir à contredire le mot d'ordre donné à quiconque accepte le poste de gouverneur général : «Sois belle et tais-toi.» Madame s'entête à réfléchir, à avoir des idées et à dire ce qu'elle pense!
Mission impossible
Pour être franc, il y a autant de Canadiens qui adorent Michaëlle Jean que de Canadiens qui la détestent. Et comme au Québec, la monarchie est loin de faire l'unanimité, un lecteur du Globe a même souhaité un référendum pour se débarrasser de la tutelle de la reine.
Quand le Journal avait révélé les dépenses extravagantes de la lieutenant-gouverneure Lise Thibault, cet hiver, des voix s'étaient élevées pour abolir cette institution dépassée. Le Québec pourrait sans doute survivre sans représentante de la reine, surtout si elle continue de payer des vacances en Floride à sa famille sur le bras des contribuables.
Ce n'est toutefois pas demain la veille que les gouvernements donneront congé à Sa Majesté ou à ses représentants. Il y aura toujours des priorités plus urgentes. Aucun leader sain d'esprit ne voudra mettre le doigt dans ce panier de crabes.
Aujourd'hui, Québec et Ottawa considèrent que «le fruit n'est pas mûr» même pour la moindre discussion sur la couleur de la tapisserie au Sénat.
Montrer la porte à la reine?
Une bonne colonie ne ferait jamais ça.