Le jeudi 17 mai 2007
Prostitution juvénile à Québec: une quinquagénaire risque l'expulsion
Angelina Castelli saura bientôt si elle est renvoyée dans son pays pour avoir frayé avec les Wolf Pack, un gang de rue qui a fait les manchettes en 2002 pour son implication dans le trafic de drogue et la prostitution juvénile, à Québec.
Mère de quatre enfants, la femme de 56 ans est arrivée d'Haïti en 1994. Comme elle n'a pas la citoyenneté canadienne, elle pourrait être expulsée sans avoir été accusée dans le dossier des Wolf Pack. En vertu de la Loi sur l'immigration, il suffit d'appartenir à une organisation qui s'adonne à des activités criminelles pour être renvoyé du Canada. Il est rare qu'une telle disposition soit utilisée à l'encontre d'une personne comme Angelina Castelli, qui n'a jamais été condamnée pour un délit quelconque.


Dans l'esprit des policiers de Québec qui ont mené la fameuse enquête Scorpion sur le réseau de prostitution juvénile, il n'y a aucun doute que Mme Castelli est une criminelle. Si elle n'a pas été formellement accusée, «c'est parce qu'on a manqué de temps», a expliqué, mardi, le sergent-détective François Bouchard, devant le tribunal de l'immigration. À l'en croire, les enquêteurs ont dû clore le dossier plus tôt que prévu afin de protéger la vie des adolescentes qui «travaillaient» pour le gang de rue.
L'enquête reposait en grande partie sur l'écoute électronique. Or, a souligné le policier de la Vieille Capitale, l'autorisation du juge Pierre Bousseau d'écouter sur la ligne téléphonique de Mme Castelli était encore valable pour 19 jours quand les policiers ont été forcés de passer à l'action. «En poursuivant l'écoute, on aurait eu plus de preuves et on aurait pu l'accuser», a-t-il dit.
Quartier général
Entre le 8 novembre et le 19 décembre 2002, les policiers ont intercepté 27 000 conversations. Le quart d'entre elles (6842) l'ont été au domicile de Mme Castelli, rue Du Roy, à Québec. L'endroit, selon la police, servait de quartier général à son fils, Jean Pierrin, et aux Wolf Pack. Quelques victimes y ont aussi été vues, et entendues, régulièrement. L'une a même vécu là un bout de temps. "La majorité des suspects ont été captés chez Mme Castelli", a indiqué le sergent Bouchard, en énumérant les noms de plusieurs des 11 personnes condamnées en marge de cette affaire.


Selon lui, Mme Castelli était parfaitement au courant des activités illicites qui se tramaient dans son logement. "Elle agissait comme réceptionniste, et elle relayait les messages. Elle a encouragé des jeunes filles à participer aux activités du groupe", a relaté l'enquêteur de la police de Québec. Au cours de l'audience, il a fait entendre cinq ou six conversations assez explicites démontrant les agissements de la quinquagénaire. C'est aussi en face de chez elle qu'un agent double a rencontré une jeune fille dont il avait sollicité les faveurs sexuelles en parlant au téléphone à son fils.
Ce sont toutes ces présomptions de la police que le commissaire Yves Dumoulin devra examiner avant de rendre une décision. Le 29 mai, les avocats présenteront leurs plaidoiries.