A follow-up to this thread:
http://www.haitiwebs.com/forums/dias...=Stanley+LUCAS
En guise de réponse à M. Stanley LUCAS, je cherche à comprendre dans un premier temps pourquoi il dit non et en quoi ses arguments sont pertinents. Dans un second temps, je poserai la question du droit d'image de Toussaint Louverture et de sa portée internationale.
En me référant aux deux premiers paragraphes de son texte, j'arrive à capter deux messages assez symboliques : deux étrangers cherchent à récupérer un héros de notre histoire pour satisfaire leurs besoins inavoués. Le premier, Hugo Chavez, est un politicien, homme d'Etat « plein de fric » qui joue au « capital risqueur » avec les faits historiques des pays du Tiers-monde. Le second, Dany Glover, un comédien noir, afro-américain vivement critiqué par la classe politique haïtienne pour son soutien à J-B Aristide.

Globalement, l'auteur de ce texte veut nous mettre en alerte contre une tentative de récupération de Toussaint Louverture, notre Héros national, par des êtres qu'il qualifie « d'infâmes », « infréquentables ». En bon Haïtien, ce cri d'alarme d'un valeureux patriote exacerbe ma conscience du devoir et mon sens de l'honneur et me commande de prendre ma machette pour aller trancher la tête de ces pirates du temps moderne. Après un instant de réflexion, une pensée de Lincoln revient dans ma tête « si on me donne huit heures pour abattre un arbre, je passerai six heures à aiguiser ma hache ». Donc, j'ai passé six heures sur le texte de M. Lucas afin de comprendre le sens de ses propos.

M. Lucas n'a pas pu m'expliquer en quoi le film, plus globalement, le contenu du scénario porterait atteinte à l'intégrité morale du peuple haïtien en tant que victime de l'esclavage. Ou pire encore nous démontrer par la preuve du scénario qu'à travers ce projet, les initiateurs tenteraient de falsifier les faits historiques qui ont fait de Toussaint Louverture le héros du monde libre. En lieu et place de ces diatribes malsaines à l'endroit des initiateurs du projet, il faudrait que M. Lucas nous apporte des informations pertinentes susceptibles d'éveiller notre approche critique et non partisane sur les retombées de ce film sur la perception de l'Haïtien par les étrangers. Je ne veux pas m'attarder sur un certain mépris, déception et une haine larvaire révélés dans les écrits de l'auteur. Ce que je souhaite souligner dans le texte de M. Lucas, c'est cette aptitude que nous avons à rejeter, parfois sans en comprendre le sens et la profondeur de l'action, tout ce qui nous est étranger.

Qui gagnerait à ce que le monde entier sache qui était Toussaint Louverture ?
Dany Glover gagnerait en prestige. Il a pu incarner le rôle du seul général français (noir) réussissant à chasser l'armée de la couronne britannique à Saint-Domingue. Le premier noir à créer un Etat souverain et anti-esclavagiste dans le monde.
Chavez voudrait être l'architecte de ce projet...le capital risqueur !
Et nous M. Lucas...devrions-nous continuer à ruminer nos héros sur notre petit coin de terre ou dans les salons de thé à Washington, New York, etc. ? Faire de chaque Haïtien la sentinelle infaillible d'une mémoire qui ronge notre psychisme ? Faire de nous des zombis d'un passé qui nous étrangle jusqu'au plus profond de notre âme ?

La grandeur de l'action de Toussaint Louverture dépasse l'entendement de l'Haïtien que je suis. Toussaint Louverture est un héros universel et nous avons le devoir de le faire connaître, voire apporter ses valeurs et sa bravoure à tous ceux qui souffrent et qui n'ont pas d'espoir. Ce film est une perche qui nous est tendue afin de vulgariser notre histoire de peuple martyr. Une manière d'exorciser nos malheurs, l'emprise de notre passé dans notre imaginaire et de retrouver l'unité nationale. Le devoir du ministère de la Culture en Haïti, c'est d'exiger un droit d'intervention dans le scénario du film. C'est de faire appel à des sociologues, des psychologues, des historiens, des experts en marketing touristique afin qu'ils donnent leur avis sur l'impact global du scénario et du décor sur le pays. Faire en sorte que l'intérêt supérieur de la nation passe avant toute tentative de récupération de notre passé. Il suffit de faire un appel à contribution sur le net. Les Haïtiens sont des êtres doués de compréhension et d'intelligence M. Lucas, il suffit de bien s'exprimer et de se faire comprendre pour retrouver la bonté et l'esprit de solidarité qui nous caractérisent.

Je n'ai pas compris dans votre intervention l'expression : « Notre histoire, ce que nous avons de plus cher». La loi morale m'a appris à respecter les êtres les plus chers... j'espère que pour vous c'est aussi le cas. Un être ou un objet qui a une valeur symbolique, esthétique ou historique a besoin d'être vu, reconnu et apprécié. Nous ne devrions pas avoir honte de notre histoire au point de l'enfermer sur une moitié d'île. Attendre que « Miami Vice » ou « Royal Bonbon » nous révèlent que nous sommes un peuple de «malades imaginaires » vivant dans un environnement insalubre, développant une très grande affinité pour la vente de stupéfiants, autrement dit des « dealers». Il n'y a pas que « Miami Vice » - on peut citer également « Bad Boys II », « Haïti n'existe pas », « Vers le sud », le documentaire écologique d'Al Gore - qui retrace les errements d'une nation, d'un peuple qui a fait l'histoire. M. Lucas, je ne pense pas que des gens comme Wyclef Jean, Raoul Peck, « Evelyne Danticat » (je présume que c'est Edwige Danticat en lieu et place d'Evelyne Danticat) sont des « béni oui oui » qui suivront la foule en furie sans essayer de comprendre le pourquoi et le comment des choses. C'est rabaisser leur liberté de pensée à la vôtre. Je ne pense pas non plus que Arnold Antonin, Gérard Etienne agiront de manière différente. Le 1er janvier 2004, j'avais voulu être en Haïti pour regarder en face cette nation. Cette nation que j'ai rencontrée une seconde fois dans les archives militaires de l'armée française aux Invalides. Nous avons le devoir de la faire naître, sinon elle nous engloutira. Après six heures de lecture, je me suis résolu de ne pas abattre l'arbre, M. Lucas, mais d'utiliser ses fruits de manière intelligente pour guérir mon âme.


P.S : Un remerciement à tous les amis qui ont partagé cette réflexion.
Yves Thomas LUNDY
Ingénieur Agronome
Economiste du développement
MBA Management des entreprises
Consultant en politiques publiques
France
tlundy2001@yahoo.fr
Comédien série policière « PJ », France