Sans trompette ni tambour, le Fonds d'Entretien Routier (FER) fraie son chemin sur certaines routes haïtiennes. De grands chantiers, dont celui de la Route de l'Amitié reliant la Ville de Jacmel à Cerrefour Dufort, sont ouverts en vue de garantir la longévité de ces voies de communication. Qu'elles soient principales, secondaires ou tertiaires...
« L'Etat haïtien, dorénavant, prend en main la question de l'entretien routier dans le pays », tel est le signal que veut lancer les responsables du Fonds d'Entretien Routier (FER) principalement aux usagers des routes haïtiennes et aux bailleurs de fonds internationaux, partenaires d'Haïti en matière de financement d'infrastructures routières.
Le Constat
Lors d'une visite guidée, ce mardi, sur la route de l'Amitié haïtiano-française - route reliant la ville de Jacmel à Carrefour Dufort (Léogâne) -, les fers de lance du FER ont permis à des journalistes de constater, d'une part, l'état de délabrement de cette route à certains endroits et, d'autre part, l'état d'avancement des travaux entrepris sur cette route principale en vue de garantir sa longévité. Vue de la surface, la Route de l'Amitié parait être apparemment en bon état. Cependant, la visite guidée a permis de constater que, par endroit, cette route au paysage de carte postale est menacée si rien n'est fait pour la protéger.

En effet, la route est menacée en amont comme en aval. En amont, des alluvions et autres matériaux venus dans les hauteurs viennent abîmer les pentes et les pieds de talus pour finalement ensabler les caniveaux et les bouches d'égout destinés à l'évacuation des eaux venant des bassins versants. En aval, ces mêmes eaux vont, d'une part, creuser des fossés et, d'autre part, entamer les ouvrages d'art destinés à protéger la route. De surcroît, des arbustes et des herbes sauvages champignonnent au niveau des perrés et tout le long de la route, réduisant ainsi la chaussée et la visibilité des automobilistes et autres usagers de la Route de l'Amitié conduisant dans le Sud-Est du pays. En amont et en aval, les glissières de sécurité sont, à certains endroits, soit endommagées, soit détruites à la suite d'accidents parfois mortels.
La fiche technique
Invité à présenter la fiche technique des travaux, le responsable de la supervision, l'Ingénieur Antoine Alix Gaillard, a fait remarquer que ce contrat signé il déjà plus d'un ans a pris du temps pour démarrer. Ce qui a eu pour conséquence d'augmenter la quantité des arbustes et empêcher la visibilité des travaux à exécuter. Pour débuter les travaux, il a fallu le désherbage de toute la surface concernée, a-t-il fait remarquer.
Le volume à curer est passé de 2000 à 10,000 m3, les travaux de maçonnerie ont largement augmenté en raison de l'accélération de la dégradation. Le principal perré en maçonnerie est passé de 1,000 m2 à 2,700 m2. Les glissières de sécurité sont endommagées davantage et la surface à asphalter est passée dans l'attente à 40,000 m2. A cela s'ajoutent les imprévus qui sont les passages à piéton et les entrées de voiture. Une situation plus alarmante.
La panacée
C'est dans ce contexte que le FER a été au chevet de cette route en associant, dans ses interventions, le consortium Vorbe et Fils/TECINA, deux entreprises haïtiennes spécialisées en des ouvrages de ce genre.
Construction et réparation de perrés maçonnés, de murs de soutènement, de glissières de sécurité, placement de panneaux de signalisation vert et de signalisation horizontale, de bornes kilométriques à chaque unité de kilomètre, curage des caniveaux, réparation des pentes et des pieds de talus : le menu des travaux à effectuer sur cette route de 43 km est relativement copieux pour les responsables du FER qui ne lésine pas sur les moyens à déployer en vue de protéger cette route construite il y a une trentaine d'années.
Selon le Directeur général du Fonds d'Entretien Routier (FER), une enveloppe de 110 millions de gourdes a été mise à la disposition des différents acteurs intervenant sur la Route de l'Amitié.
Voulant allier transparence à la coopération, le Directeur général du FER, Ing. Revel Mompremier, a impliqué plusieurs syndicats de transport en commun dont le SNTPM, l'APCH, le STGNH, SOS Transport, la FTA pour ne citer que ceux là. Certains de leurs représentants ont fait le déplacement vers Jacmel en vue de constater l'état d'avancement de ces travaux de réfection et d'entretien de la route.
L'entretien de la Route de l'Amitié est actuellement le plus grand chantier du FER. Cependant, d'autres routes bénéficient des interventions de cet organisme sous tutelle du ministère des Travaux publics, Transports et Communications (MTPTC). Visiblement aux anges, le principal responsable du FER s'est déclaré « très satisfait de l'état d'avancement de ces travaux » débutés le 25 juillet dernier.
L'ingénieur Mompremier a assuré ses hôtes transporteurs que le FER ne compte pas seulement se pencher sur les routes principales. « Le financement du FER est aussi pour les routes secondaires et tertiaires », a-t-il dit. Aussi, au cours de l'exercice fiscal 2007-2008, pas moins de 850 millions de gourdes seront allouées aux travaux d'entretien des routes haïtiennes selon les besoins.
Outre le consortium Vorbe et Fils-TECINA, pour effectuer ces travaux, le FER s'est associé à des organisations communautaires riveraines. Cette collaboration a permis au FER de créer des emplois directs et indirects tout le long des 43 km de la route.
Collaboration et perspective
En marge de cette visite guidée, Monsieur Lionel Bauduy, un représentant du consortium, a salué « l'effort de collaboration du FER avec ces deux firmes ». Il a également salué la collaboration des responsables de la supervision des travaux conduite par l'ingénieur Antoine Alix Gaillard. Il a surtout mis l'accent sur la régularité des décaissements lorsqu'il s'agit de procéder au payroll.
Les syndicalistes présents ont aussi pris la parole lors de ce point de presse. « Nous saluons l'initiative du FER sur la Route de l'Amitié et souhaitons que d'autres institutions de l'Etat aillent emboîter le pas en permettant aux partenaires concernés de faire leur propre constat des travaux qu'ils effectuent », a dit Jean Philippe Marcelin, secrétaire général de la Fédération des Transpoteurs du Grand Nord d'Haïti.
Pour sa part, Kénol Julio de la Fédération des Transporteurs de l'Artibonite (FTA) a fait remarquer qu'il n'y a pas que la route de Jacmel qui nécessite l'intervention du FER. « Il n'y a pas de développement sans route. Voila pourquoi nous souhaiterions que l'Artibonite soit aussi bénéficiaire et que cette initiative soit un engament perpétuel de la part du FER. »
De son côté, Miguel Saint-Louis, coordonnateur de SOS Transport FM, a plaidé en faveur d'une intervention urgente en faveur des routes secondaires et tertiaires. Généralement en terre battue, ces voies d'accès sont pour la plupart impraticables et causent du fil à retorde aux usagers qui ne savent pas à quel saint se vouer en vue d'obtenir une amélioration de leur sort. « Nous souhaiterions qu'elles soient bientôt revêtues », a-t-il dit en faisant allusion particulièrement aux routes de Thiotte (Sud-Est) et Mirebalais (Centre).
Le Fonds d'Entretien Routier (FER) est un organisme déconcentré sous tutelle du ministère des TPTC. Il a été créé par une loi votée au Sénat de la République le 18 décembre 2002 et publié au journal officiel Le Moniteur le jeudi 24 juillet 2003.
Au terme de l'article 12 de cette loi, douze redevances ont été établies en vue du financement du FER. Deux d'entre elles sont prélevées sur le carburant (gasoil et gazoline), cinq sont dites redevances véhicules allant de la première immatriculation aux poids lourds, et cinq autres varient de la cigarette aux droits de péage. Selon le directeur général du FER, 85% de ces redevances doivent être affectées aux travaux d'entretien des routes, 10% aux frais de fonctionnement et 5% à la rubrique des urgences.
Source: Le Nouvelliste