Une agence de l'ONU s'inquiète de l'attitude du Canada envers les réfugiés
OTTAWA - Des responsables de la frontière canado-américaine renvoient couramment des demandeurs de statut de réfugié aux Etats-Unis, contrevenant au devoir du Canada de les laisser demander l'asile, ont dénoncé jeudi les Nations unies, tandis que des groupes de défense des réfugiés ont demandé la fin de ces pratiques.
Lors du plus récent incident du genre, cinq personnes ont été renvoyées aux Etats-Unis au poste-frontière de Lacolle, près de Montréal, pendant le congé de l'Action de grâce. Quatre des demandeurs venaient d'Haïti et un autre provenait du Salvador.
"Il est complètement inacceptable pour le gouvernement canadien de renvoyer des demandeurs du statut de réfugiés, à sa convenance, alors qu'ils demandent notre protection", a estimé Amy Casipullai, du Conseil canadien pour les réfugiés.
Son groupe s'est joint jeudi au haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés et à Amnistie internationale pour condamner ces incidents. Selon eux, les douaniers qui agissent de la sorte rejettent le blâme sur un manque de personnel, d'interprètes et de ressources.
Les demandeurs sont renvoyés aux Etats-Unis et se font dire de tenter leur chance une autre fois - ce que certains d'entre eux n'auront jamais la chance de faire.
Deux des cinq personnes refusées lundi ont plus tard été arrêtées par les autorités américaines, a indiqué le haut commissaire des Nations unies.
Ce plus récent incident "renforce l'impression que le gouvernement canadien devient de plus en plus hostile aux réfugiés et de moins en moins disposé à respecter ses engagements internationaux", a estimé Amnistie internationale dans un communiqué.
Le gouvernement conservateur est aussi critiqué pour ne pas avoir réussi à combler plusieurs postes vacants à la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada, qui évalue les demandes d'asile.
L'Agence des services transfrontaliers du Canada n'était pas immédiatement en mesure de commenter l'affaire.
Les "renvois temporaires" forcent les demandeurs du statut de réfugié à faire une demande en vertu du système américain - où les détentions et les déportations sont plus probables - même s'ils ont le droit d'en faire la demande au Canada, a affirmé Nanda Na Champassak, de l'Agence des Nations unies pour les réfugiés. Par exemple, le Canada ne déporte par les demandeurs en Haïti, alors que c'est le cas aux Etats-Unis.
Le large recours à la détention aux Etats-Unis complique aussi la tâche aux groupes de défense des réfugiés, qui tentent de déterminer le sort réservés aux demandeurs d'asile, a-t-elle ajouté.
"Le droit fondamental de chercher asile doit être respecté quel que soit le nombre de réfugiés qui se présentent" a estimé la coordonnatrice des réfugiés pour la section canadienne anglophone d'Amnistie internationale, Gloria Nafziger.
Le Canada demande à d'autres pays, moins bien nantis, de garder leurs frontières ouvertes même s'ils sont inondés de groupes de réfugiés, a-t-elle noté.
"Comment le gouvernement canadien peut-il demander à d'autres de respecter leurs obligations, si le Canada se dit 'dépassé' par une trentaine de demandeurs?"