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Quebec: Haïti ne veut pas de Bernard Mathieu

quebec_haiti_ne_veut_pas_de_bernard_mathieu-bilde.jpghui, il partage un taudis au centre-ville de la capitale haïtienne avec quatre membres de sa famille éloignée.
Yvenel Noël menait la belle vie avec sa blonde dans un appartement du quartier Rosemont à Montréal. Aujourd'hui, il partage un taudis au centre-ville de la capitale haïtienne avec quatre membres de sa famille éloignée.
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Published by bana2166- 12-14-07
news Quebec: Haïti ne veut pas de Bernard Mathieu

Le vendredi 14 déc 2007
Criminels au Canada, parias en Haïti
Les petits bandits de Port-au-Prince le voient comme un puissant gangster. Yvenel Noël se sent plutôt comme un paria. Le jeune homme menait la « belle vie » avec sa blonde dans un appartement du quartier Rosemont, à Montréal. Aujourd'hui, il partage un taudis au centre-ville de la capitale haïtienne avec quatre membres de sa famille éloignée.
Yvenel, 30 ans, est un « déporté ». Aux yeux des Haïtiens, il ne vaut pas plus que les chiens galeux des rues de Port-au-Prince.
« Déporté ». C'est ainsi qu'on désigne les Haïtiens expulsés d'un pays riche. Ils n'ont pas la citoyenneté de leur pays d'adoption. Et ont enfreint ses lois d'immigration. La majorité d'entre eux sont expulsés des États-Unis - une cinquantaine en moyenne toutes les deux semaines. Le Canada en expulse entre 25 et 40 par an, en grande majorité du Québec.
Depuis 2004, le Canada a suspendu temporairement les renvois vers Haïti, à l'exception des cas criminels. Pour cette raison, les autorités haïtiennes estiment que les « déportés » canadiens sont plus dangereux que leurs confrères américains, renvoyés en Haïti dès qu'ils contreviennent à la loi sur l'immigration.
Tous les « déportés » que La Presse a rencontrés disent la même chose : « On n'est pas des anges, mais on n'a pas mérité un tel enfer. »
Mendier pour manger
La mère d'Yvenel a trimé pour permettre à ses deux fils d'immigrer au Canada. À 17 ans, Yvenel atterrit à la polyvalente Calixa-Lavallée, à Montréal-Nord. Il y rencontre d'autres jeunes Haïtiens qui fréquentent des gangs de rue. « Avec eux, je pouvais parler créole. Ils me disaient n'importe quoi et je les croyais », se souvient-il. Il délaisse l'école rapidement. Il fait la fête avec ses nouveaux copains. Sa mère, fatiguée de lui faire la morale, le met à la porte.
Un soir, entre deux bières, un ami lui dit de le suivre. « Je vais chercher de l'argent. » En fait, cet ami va braquer un homme dans un guichet automatique. La vie d'Yvenel bascule. Arrêté le soir même, il plaide coupable à des accusations de vol qualifié et de complot. Il purgera sa peine avant d'être expulsé, il y a un an. «J'aurais passé ma vie en prison au Canada plutôt que d'être libre ici », dit-il aujourd'hui.
Yvenel a été escorté par deux agents frontaliers canadiens à Port-au-Prince. Il a été remis à l'immigration haïtienne, puis conduit à la Direction centrale de la police judiciaire. Là-bas, les « déportés » sans famille passent de quelques jours à quelques semaines en cellule. Pour lui éviter la prison, la mère d'Yvenel a envoyé 400 $ US à un proche. En échange, ce dernier s'est porté garant du « déporté ».
Sa famille haïtienne est très pauvre. Elle le méprise d'avoir raté sa chance au Canada. Dans la maison qu'il partage avec quatre membres de sa famille éloignée, il n'y a pas de toilettes. Il doit faire ses besoins dans un trou creusé au bout de la ruelle. Son quartier manque d'électricité chaque jour.
Yvenel doit mendier pour se nourrir. Il ne mange pas tous les jours. Son « beau linge » acheté dans des boutiques rue Sainte-Catherine s'use. « Les déportés qui décident de continuer leur business (vente de drogues) ici font une belle vie. Pour l'instant, je résiste. Les petits bandits savent que j'ai fait de la prison au Canada.
«Ils me regardent comme des enfants qui admirent le chanteur de gangsta rap 50 Cent », raconte-t-il.
Une expulsion payée cher
Un autre « déporté » de Montréal, Marc Richard Pierre Louis, a commis des crimes plus graves. Et les a payés très cher.
Son père l'a fait venir à Montréal, à l'âge de 14 ans. Marc ne voyait pas souvent ce père travaillant jour et nuit dans un restaurant. Quand l'ado désobéissait, son père lui donnait une solide correction. À 18 ans, Marc a fait de la prison pour la première fois. Une histoire de taxage. Il y retournera pour violence conjugale. Puis, pour voie de fait simple, avant d'être expulsé en février 2005.
Au Québec, il a eu deux enfants dont il a raté la naissance. À cause de sa dépendance à la coke, entre autres. Marc se tenait avec des membres du gang de la rue Pelletier, dans Montréal-Nord (cinq d'entre eux ont été condamnés pour gangstérisme en janvier dernier). Un des trafiquants du gang était jaloux de Marc qui consommait avec sa petite amie. Il a voulu se venger. Personne n'est mort, mais des coups de feu ont été tirés et le trafiquant a été poignardé.
Son univers était violent à Montréal, mais ce n'était rien comparé à Port-au-Prince. Après avoir logé à gauche et à droite sans jamais se sentir le bienvenu, Marc a rencontré la fille d'un ancien militaire. Un soir, alors qu'il la raccompagnait chez elle, un policier surgi de nulle part lui a tiré dans le dos. La balle est ressortie par le ventre. Il séjournera plusieurs mois à l'hôpital général de la capitale.
Depuis le mois dernier, Marc se sent moins seul. Sa soeur Francette et son beau-frère ont accepté de l'héberger dans leur logement de deux pièces loué dans un quartier pauvre. Le couple de chômeurs couche par terre sur le béton. Marc dort dans le seul lit du logement. Le propriétaire veut les expulser. Marc espère que sa soeur ne l'abandonnera pas. Parfois, il se dit qu'il serait mieux mort.
Marc n'est pas le seul à penser au suicide. Mercier Rémy gardait le moral jusqu'à ce que des policiers québécois de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti le reconnaissent. Cet expert en arts martiaux a été expulsé du Canada en 1995, entre autres pour avoir menacé de tuer « tout policier qui abattrait un Noir ». Quelques années plus tard, début 2000, il a été embauché pour enseigner les techniques d'autodéfense aux futurs policiers haïtiens. Le chef de police, Mario Andrésol, l'a suspendu après avoir appris son passé.
Depuis, le « déporté » de 54 ans n'a pas d'emploi. Il organise des entraînements « gratuits » avec les policiers haïtiens. Ses élèves se cotisent de temps à autre pour qu'il puisse nourrir ses deux plus jeunes enfants. Ses enfants plus âgés, restés au Canada, ont coupé les ponts. « J'ai payé pour mes crimes au Canada. Je n'ai pas commis d'autres crimes ici, mais je paie encore. »
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By bana2166 on 12-14-07, 09:14 AM
news Des expulsés vulnérables

Le vendredi 14 déc 2007
Des expulsés vulnérables
«Quelques déportés sont en mesure de s'ajuster à la vie en Haïti et de devenir économiquement indépendants. Mais la plupart, malheureusement, ne réussissent pas. Leurs problèmes sont décuplés par l'isolement, la pauvreté et la stigmatisation.»
C'est le constat qu'a dressé le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) l'an dernier. De ce constat est né le controversé Programme national de réintégration des Haïtiens renvoyés en leur pays, qui vise à réinsérer 1000 expulsés en un an. L'Organisation internationale de la migration (OIM) a mis sur pied le projet d'un million de dollars financé par le PNUD.
Le projet ambitieux a dû affronter beaucoup de résistance. L'OIM a été accusée d'une chose et de son contraire. Une journée, le programme «finançait des kidnappeurs» (le projet a démarré en pleine flambée de kidnappings). Le jour suivant, le même programme servait «d'informateur à la police». Dans un pays où environ 80% de la population vit avec moins de 2$ par jour, financer des projets pour des «criminels» a été très mal perçu.
Une situation «urgente»
Au fil des mois, le projet s'est dégonflé. Après 18 mois, seulement 180 projets de micro-crédit ont été financés. Et la direction de l'OIM refuse de parler aux médias, de peur de causer une nouvelle polémique.
Et pourtant, la réhabilitation des expulsés est décrite comme «urgente» pour la sécurité du pays. «Un déporté n'ayant pas d'autres recours pourrait facilement être coopté par les gangs», peut-on lire dans le rapport du PNUD.
La réhabilitation est jugée tout aussi «urgente» pour la sécurité du «déporté» lui-même. Beaucoup doivent vivre dans la rue. Ce qui expliquerait, selon des évaluations non confirmées, les quelque 600 «déportés» tués depuis 2004, poursuit le PNUD.
La réalisatrice montréalaise d'origine haïtienne Rachèle Magloire termine le tournage d'un documentaire sur le sort des «déportés». «Sur papier, ces jeunes sont haïtiens, mais dans leur tête, ils sont nord-américains. Le Canada et les États-Unis disent qu'ils les renvoient chez eux, mais ce n'est plus chez eux», a-t-elle constaté. Selon elle, le Canada ne peut donner des millions de dollars pour la stabilisation d'Haïti et en même temps lui envoyer des criminels.
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By bana2166 on 12-14-07, 09:16 AM
news Haïti ne veut pas de Bernard Mathieu

Le vendredi 14 déc 2007
Haïti ne veut pas de Bernard Mathieu
Le chef de la police nationale d'Haïti, Mario Andrésol, implore le Canada de ne pas expulser le chef du gang de la rue Pelletier, Bernard Mathieu, vers son pays miné par la corruption et la violence.
«Bernard Mathieu avait son réseau criminel pendant qu'il vivait au Canada. Il y a passé une trentaine d'années. Il a des antennes partout. Ce sera facile pour lui quand il arrivera de reconstituer son réseau», avertit le policier rencontré le mois dernier à Port-au-Prince. «Vous aurez encore des problèmes à cause de lui au Canada, c'est sûr», a ajouté M. Andrésol.
Mathieu, alias Ti-Pon, a été condamné à 10 ans de prison en février dernier pour trafic de drogues et gangstérisme. Il risque l'expulsion vers Haïti lorsqu'il aura fini de purger sa peine. «Bernard Mathieu va se battre pour ne pas être expulsé. Il est arrivé au Canada enfant. Son pays, c'est le Canada», affirme son avocat à Montréal, Me Clemente Monterosso.
Le ministre de la Justice et de la Sécurité publique d'Haïti, René Magloire, partage les appréhensions du chef de police. «J'espère qu'au Canada vous allez commencer à le réhabiliter pour que nous n'ayons pas à faire le travail seuls», a dit cet ancien criminaliste qui a longtemps pratiqué à Montréal.
Les expulsions de criminels déplaisent aux autorités haïtiennes. «Les déportés s'évaporent dans la nature. C'est facile pour eux de commettre des crimes. Ils profitent de nos faiblesses, dit le chef Andrésol. Ces déportations ont une incidence sur la sécurité de notre pays. Vu que, déjà, nous n'avons pas d'institutions adéquates pour combattre l'insécurité.»
Pour les autorités haïtiennes, les «déportés» sont souvent responsables de kidnappings, de meurtres et de trafic de drogue. Sauf qu'il n'existe pas de rapports officiels de crimes commis par des «déportés» en Haïti, souligne le Programme des Nations unies pour le développement.
L'ambassade du Canada a demandé à plusieurs reprises ces statistiques. «On a le devoir (de nous assurer) que ces expulsions n'aient pas de conséquences dramatiques sur la société haïtienne. Mais jusqu'à présent, nous n'avons pas de preuve qu'il y en ait», a dit un responsable à l'ambassade canadienne en Haïti.
Manque de moyens
Si la police ne fournit pas de statistiques, c'est par manque de moyens, répliquent les autorités haïtiennes. Les policiers disent croiser les «déportés» sur leur chemin. «On en arrête de temps en temps», confirme le commandant des policiers de l'ONU dans la région de Port-au-Prince, le Canadien John White.
«On retrouve généralement les déportés dans les mêmes activités criminelles que celles pour lesquelles ils ont été expulsés», dit le commissaire Patrice Israël, du Bureau de lutte au trafic de stupéfiants d'Haïti. «Quand on démantèle des gangs, on trouve toujours un déporté dans le lot», ajoute l'inspecteur haïtien aux enquêtes spéciales, Abel Louissaint.
Autre obstacle: le changement d'identité. «Les déportés ont tendance à changer de nom. C'est facile dans un contexte d'instabilité de payer quelqu'un pour avoir une carte d'identité», raconte son collègue aux homicides, l'inspecteur Colas Jacob.
Du «cas par cas»
Les autorités haïtiennes font aussi valoir qu'elles ne sont pas toujours informées de l'arrivée d'un «déporté» canadien. En vertu d'un accord bilatéral, les Américains transmettent des dossiers criminels complets. Avec le Canada, «c'est du cas par cas», confirme le porte-parole de l'Agence des services frontaliers du Canada, Éric Paradis. Le ministre de la Justice et de la Sécurité publique d'Haïti, René Magloire, veut que ça change. «Nous voulons que tous les pays, pas seulement le Canada, nous transmettent les dossiers pour savoir à quel genre d'individus nous avons affaire.»
Le Canada envisage de signer un accord de coopération judiciaire pour que les criminels purgent la fin de leur peine dans les prisons d'Haïti, selon une source canadienne près du dossier. Ainsi, Haïti ne perdrait plus la trace des «déportés» à leur arrivée au pays. L'ambassadeur du Canada en Haïti, Claude Boucher, refuse de commenter cette solution. «On essaie de trouver des moyens qui respectent à la fois les exigences canadiennes et la réalité haïtienne. C'est un sujet qui fait partie du dialogue permanent entre Ottawa et Port-au-Prince», dit-il.
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