Par Ladenson Fleurival
Des agences ou représentants de cabinets dits spécialisés dans les questions de migration au Canada se sont établis, depuis quelque temps, en Haïti pour offrir leurs services. Uniquement destinés aux professionnels détenteurs d'un diplôme, ces services, en général, coûtent une petite fortune, tandis que la procédure d'obtention du permis de résidence s'échelonne sur un temps relativement long.
Me Michelet René est le représentant en Haïti du cabinet d'avocats Saint-Pierre et Saint-Pierre de Montréal, dont le patron, Me Gisèle Pierre, vient de passer quelques jours en Haïti.
Lundi, un lot de dossiers en main, Me René présente le projet à deux intéressés. « C'est un programme de résidence permanente au Canada, conçu pour des professionnels et des personnes qualifiées », explique-t-il, brandissant la carte de Gisèle Saint-Pierre qui notifie que celle-ci est membre de la Maison du Barreau du Québec et enregistrée au numéro 1-800-361-8495.
« Pour participer au programme, poursuit Me René, le postulant doit d'abord terminer ses études classiques, détenir un diplôme de formation supérieure, avoir une expérience de travail, et prouver au gouvernement qu'il pourra se prendre en charge. C'est un programme qui s'étend au monde entier. Le pays (Le Canada) est sous-peuplé, tenant compte de sa superficie, plus de neuf millions de kilomètres carrés pour seulement une cinquantaine de millions d'habitants. Pour un Français, le processus dure seulement 6 mois, pour un Haïtien, le temps varie entre 16 et 24 mois. »
Stupéfait, un des intéressés demande au représentant du cabinet SaintPierre et Saint-Pierre : « Mais pourquoi le processus dure tant pour les Haïtiens quand ils sont plus éligibles à ce programme que les Français qui vivent déjà dans un pays développé ? ».
« On rencontre généralement tellement de faux documents dans les dossiers des Haïtiens qu'il faut plus de temps aux différentes entités de l'Immigration canadienne pour vérifier l'authenticité des documents soumis, clarifie Me Michelet René, l'air un peu gêné. Il y en a qui se disent ingénieurs, mais qui ne peuvent même pas remplir un formulaire. »
D'aucuns estiment que, par ce programme, le Canada, finalement, privera Haïti de ses meilleurs cerveaux. Me René partage ce point de vue, mais reste convaincu que nombre de professionnels haïtiens souhaitent avoir des perspectives d'avenir bien meilleures que celles offertes par leur pays d'origine.
Le deuxième postulant, lui, ne pose aucune question. Tout ce qu'il veut, c'est obtenir des informations concernant le programme. « Je veux appliquer pour moi et ma femme », informe-t-il.
En plus des rigides critères de qualification et de la durée, estimée très longue, du processus, un postulant ayant famille est tenu de verser 390 dollars canadiens, frais qui seraient chargés par le gouvernement du Mexique, où transitent les dossiers. Le montant additionnel à payer pour sa femme et/ou son enfant est de 150 dollars canadiens. Dans ce même registre, au nom du gouvernement fédéral du Canada, des frais de l'ordre de 550 et de 150 dollars canadiens sont encore réclamés au candidat principal, sa femme (ou son mari) et par enfant.
Mais, par-dessus tout, le postulant doit verser des honoraires de 2 500 dollars canadiens pour l'agent qui le représentera auprès de l'Immigration canadienne et de 2 500 gourdes pour des frais divers en Haïti.
Donc toute personne, désireuse d'obtenir, par le biais du cabinet d'avocats Saint-Pierre et SaintPierre de Montréal, une résidence permanente au Canada, doit pouvoir disposer d'au moins 3 440 dollars canadiens et de 2 500 gourdes.
Selon les lois en vigueur au Canada, le représentant en immigration est quelqu'un qui est engagé par une personne pour traiter en son nom avec Citoyenneté et immigration du Canada (Cic), avec la Commission de l'immigration et du statut de réfugié (CISR) et avec l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC). Ce représentant peut être un avocat, membre en règle d'un ordre professionnel de juristes canadiens d'une province ou d'un territoire et des stagiaires en droit sous leur supervision, comme ce serait le cas de Gisèle Saint-Pierre du cabinet Saint-Pierre et Saint-Pierre.
Par contre, le postulant peut produire sa demande tout seul auprès d'un bureau des visas. En Haïti, l'ambassade du Canada est le lieu où produire cette demande. D'ailleurs se payer les services d'un représentant n'est pas une garantie d'une avancée plus rapide du dossier.
Des difficultés en territoire canadien
Malgré les efforts déployés et les sacrifices consentis par les professionnels haïtiens pour obtenir la résidence au Canada, ils ne sont pas tout de suite acceptés dans la société canadienne. Trouver un emploi sur la base de leur profession n'est pas toujours facile.
G. Pierre-Fils en sait quelque chose. Légalement immigrée au Canada avec son mari en janvier 2004, elle a dû se diriger vers une école d'infirmière dans l'espoir d'obtenir un emploi après le diplôme. Alors qu'en Haïti, en plus de travailler, elle poursuivait des études en Communication sociale à la faculté des Sciences humaines (3e année). « Dans ce pays, la seule ouverture qui garantit, dans un assez bref délai, un emploi pour un immigrant est un diplôme d'infirmière ou d'infirmier. Vous risquez de passer beaucoup de temps au chômage si vous vous dirigez vers d'autres filières », confie-t-elle, un peu déçue. Elle a payé environ 50 mille gourdes pour obtenir ses documents de résidence, nous apprend-elle.

La réalité au Canada déçoit davantage son mari C. Léon. Ingénieur de profession, ce dernier travaillait dans une ONG internationale avant d'immigrer au Canada. Après deux ans sans emploi, il n'eut d'autre choix que de revenir en Haïti. Les critères de qualification exigés en Haïti ne sont pas les mêmes au Canada où les professionnels haïtiens n'ont d'autres options que de retourner à l'école s'ils veulent trouver l'emploi souhaité.
Source: Le Matin