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«Moi, les Noirs, je ne suis pas capable. J'ai peur de ça.»
Quand on est Noir et qu'on se porte candidat à une élection, c'est le genre de commentaire auquel on s'expose. Cela fait-il du Québec un endroit raciste?
Russel Ducasse, journaliste à TQS, explore la question dans Allez voir le nègre que les gens viennent d'élire, un documentaire présenté hier à la Cinémathèque québécoise.
Le titre vient en fait d'une déclaration lancée par un attaché de presse frustré, en 2004, par la défaite de son protégé libéral contre Maka Kotto, bloquiste et Noir.
L'affaire a fait grand bruit et la une des journaux. À l'entendre dans le documentaire, Maka Kotto ne semble pas avoir tiré de généralisations de cette déclaration lancée par l'attachée de presse à des journalistes.
«Le Québec n'a pas le monopole du racisme», dit-il, avant de lancer que le Québec pourrait même «devenir un modèle d'intégration».
Il se montre d'ailleurs très posé quand il évoque la déclaration de Jacques Parizeau sur le vote ethnique. C'était, dit-il, «l'expression d'une frustration». Il n'y a «rien de faux dans ce qu'il a dit, mais de la part d'un homme d'État, ça a été mal pris».
Impossible de ne pas le relever: dans le documentaire, les Noirs d'allégeance souverainiste minimisent tous la déclaration de M. Parizeau. Les fédéralistes, eux, s'en montrent terriblement choqués. Comme si, à ce sujet, la couleur de la peau comptait moins que la couleur politique.
Presque tous les politiciens noirs du Québec ont été interrogés: les libérales Yolande James et Marlene Jennings, la bloquiste Vivian Barbot, Ulrick Chérubin et Michel Adrien, respectivement maire d'Amos et de Mont-Laurier, le bloquiste Maka Kotto
De leurs témoignages, il ressort que s'ils ont été victimes de racisme, c'est de façon occasionnelle.
Conclusion surprenante
Aussi sursaute-t-on à la conclusion du documentaire. On y voit la photo de l'équipe du maire Tremblay dans le Plateau-Mont-Royal, en 2005. Sur la photo, ils sont huit. Tous victorieux aux élections. Tous, sauf Christine Mitton, née d'un père haïtien. Et le documentaire se conclut sur cette photo, et sur cette phrase: "Seule candidate de l'Équipe Tremblay de l'arrondissement du Plateau-Mont-Royal à subir la défaite, Christine Mitton s'interroge"
Cette conclusion illustre-t-il bien la pensée de Mme Mitton? Celle qui n'a pas chômé depuis sa défaite - elle a eu un bébé et fondé Petits Gâteaux, dans le Plateau - ne désavoue pas la conclusion du documentaire, mais se montre prudente au téléphone.
"C'est vrai que je suis la seule de l'équipe Tremblay à avoir perdu et que j'étais la seule Noire. () Mais je crois que ma défaite est d'abord et avant tout due au fait que j'affrontais dans mon district Richard Bergeron (chef de Projet Montréal et opposant de Gérald Tremblay), qui a eu beaucoup d'attention médiatique."
Combien de commentaires racistes a-t-elle essuyés dans son porte-à-porte? Peu, dit-elle, "moins de 10".
Et oui, parmi ceux-là, celui de cette femme qui, ne sachant pas qu'elle avait une Noire au bout du fil, avait décrié l'intérêt de Pierre Bourque pour les communautés culturelles alors qu'elle, elle avait si "peur de ça", les Noirs