Le vendredi 28 mars 2008
Quebec: Thomas Bernavil renvoyé à Port-au-Prince
Leur expulsion fait rarement les manchettes. Mais entre 25 et 40 criminels originaires d'Haïti, dont plusieurs membres de gangs de rue sont renvoyés du Canada chaque année. Voici l'histoire d'un dangereux gangster associé au gang des Rouges de Montréal-Nord, selon la police. Thomas Bernavil a pris l'avion à contrecoeur ce mois-ci: aller simple vers Port-au-Prince.
Thomas Bernavil ne voulait pas remettre les pieds dans son pays natal, Haïti. Pour éviter l'expulsion, il a raconté à Citoyenneté et Immigration Canada avoir près de 60 demi-frères et demi-soeurs, dont le baron de la drogue déchu d'Haïti, Jacques Kétant, condamné à 27 ans de prison aux États-Unis en 2004. Au moment de son procès, le trafiquant a affirmé avoir versé des pots-de-vin au président d'Haïti, Jean-Bertrand Aristide, pour faire atterrir des avions chargés de cocaïne dans le petit pays des Antilles.
Avec un tel demi-frère, Bernavil a dit qu'il serait persécuté à son retour dans son pays d'origine. Sauf qu'il n'a pas prouvé ses liens de filiation. Citoyenneté et Immigration Canada ne l'a pas cru. D'après des dossiers de cour, il n'en était pas à son premier mensonge.
L'homme de 33 ans est arrivé au Canada en 1991, parrainé par son père. Il obtient rapidement son statut de résident permanent. Trois ans plus tard, il est condamné pour un premier crime: vol de plus de 1000$ et entrave à un agent de la paix. Le début d'une longue feuille de route criminelle.
La police l'identifie comme un membre des Dope Squad, allié des Bo-Gars, un puissant gang de rue de la grande famille des Bloods (ou Rouges), selon des documents de cour.
Thomas Bernavil a toujours nié être membre d'un gang. Même s'il s'est fait tirer dessus en 2000 en plein conflit entre bandes rivales. Lors d'un séjour en prison, il a refusé d'être placé dans le secteur des Bo-Gars. Il a même été transféré dans un autre établissement carcéral, a-t-il fait valoir dans une audience devant la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada.


En 2005, Bernavil a pourtant été arrêté dans une histoire de torture, d'enlèvement et de vol de deux millions de dollars dans laquelle des Bo-Gars étaient impliqués. Une bande de jeunes âgés de 15 à 20 ans avait découvert la somme faramineuse dans un bungalow inhabité de Laval. Ces jeunes n'étaient pas dans un gang. La nouvelle est tout de même arrivée aux oreilles des Bo-Gars. Les membres du gang se sont mis à enlever un à un les neuf jeunes voleurs. Un jeune a été poignardé. Un autre a eu un testicule brûlé. La police de Laval a arrêté huit hommes associés au gang dans cette affaire, dont Bernavil. Il a d'abord été accusé d'enlèvement, mais a finalement plaidé coupable à une accusation de menace.


Le gangster a été condamné à plusieurs reprises, entre autres en 2004 pour avoir trempé dans un réseau de cartes de crédit volées. À partir de ce moment-là, Citoyenneté et Immigration s'est intéressé à lui, car cette infraction à une loi fédérale est passible d'un emprisonnement maximal de 10 ans.
En janvier 2005, une mesure d'expulsion est ordonnée. Sauf que Bernavil dit n'avoir été mis au courant d'aucune décision de l'Immigration lorsqu'il est arrêté à nouveau en juin 2007 pour voies de fait sur un agent de la paix. Un mandat d'arrêt avait été lancé contre lui quelques mois plus tôt en raison du «risque de fuite» et de sa «dangerosité».
Sa demande d'examen des risques avant le renvoi a été rejetée un mois après son arrestation. Il a été expulsé au début de ce mois-ci, après avoir fait une ultime tentative pour obtenir un sursis à l'exécution de l'ordre d'expulsion. Son avocate, Me Karyn Jean-Louis, a fait valoir qu'il risquait d'être emprisonné «de manière indéfinie» en Haïti et qu'il n'avait aucune famille là-bas pour le faire libérer. Une requête refusée par la juge Johanne Gauthier de la Cour fédérale. Le lendemain, le dangereux gangster s'est envolé vers Port-au-Prince.
Depuis 2004, le Canada a suspendu temporairement les renvois vers Haïti, à l'exception des cas criminels. Le Canada en expulse entre 25 et 40 par an, en grande majorité du Québec.