Le mercredi 02 avril 2008 à 10h40
Le Canada est plus multiethnique; au Québec ce visage est visible à Montréal
OTTAWA - Le visage du Québec devient de plus en plus multiethnique, mais il ne se remarque encore vraiment que dans la grande région de Montréal, révèlent les plus récentes données du recensement dévoilées mercredi par Statistique Canada.
La population des minorités visibles a, en fait, carrément explosé entre le recensement de 2001 et celui mené en 2006, un phénomène qui s'observe sur l'ensemble du Canada.
Pour la première fois dans l'histoire canadienne, leur nombre a dépassé les 5 millions de personnes. Les minorités visibles représentent désormais 16,2 pour cent de la population totale, propulsées par un taux de croissance de 27,2 pour cent entre 2001 et 2006.
Lorsqu'on jette un regard sur les données recueillies depuis 25 ans, c'est la croissance marquée des personnes de minorités visibles qui saute aux yeux. En comparaison, en 1981, ce groupe ne représentait que 4,7 pour cent du total de la population du pays.
Leur taux de croissance est cinq fois plus élevé que celui observé pour l'ensemble de la population, note l'agence fédérale, qui prévoit que "les membres des minorités visibles représenteront à peu près le cinquième de la population canadienne en 2017".
Les nouveaux immigrants au Canada proviennent de tous les coins de la planète, mais certains sont en plus grand nombre.
Sur l'ensemble du Canada, les nouveaux Canadiens qui se disent d'origine sud-asiatique (en provenance de l'Inde, du Pakistan ou du Sri Lanka par exemple) surpassent désormais les Chinois. Les Sud-Asiatiques forment le quart de la population des minorités visibles, suivis de très près par les Chinois. Les effectifs de ces deux groupes dépassent la barre du million de personnes.
Au Québec, cependant, le visage des minorités visibles est par contre plus arabe ou noir qu'asiatique.
En raison de la connaissance de la langue française, le Québec attire davantage les immigrants de pays où le français fait partie du paysage culturel, explique Hélène Maheux, analyste à Statistique Canada.
"La composition des minorités visibles varie d'une grande ville à l'autre", souligne Mme Maheux.
Le recensement de 2006 démontre que ce sont les Arabes et les Latino-Américains qui connaissent la plus forte croissance au Québec. Ces Canadiens d'origine arabe proviennent principalement du Maroc, du Liban et de l'Algérie, alors que les Latino-Américains originent de la Colombie, du Salvador, du Pérou et du Mexique.
Ce sont toutefois les noirs qui représentent la minorité visible la plus importante au Québec, et ils proviennent d'une centaine de pays dont plusieurs d'Afrique. Les plus nombreux viennent néanmoins d'Haïti, qui est le pays de naissance de 52,5 pour cent des immigrants noirs.
En chiffres absolus, le Québec compte la troisième population de minorités visibles la plus nombreuse, après l'Ontario et la Colombie-Britannique, grandes championnes à ce chapitre. Mais proportionnellement à sa population, le Québec vient seulement au cinquième rang.
Les minorités visibles représentent 8,8 pour cent de la population québécoise totale, un pourcentage moindre que celui de la Colombie-Britannique, de l'Ontario, de l'Alberta et du Manitoba.
Au Québec, ces minorités visibles ont choisi la grande région de Montréal comme lieu de résidence, une réalité déjà très apparente que le recensement ne fait que confirmer.
Dans le reste de la province, "disons que c'est moins diversifié qu'à Montréal", résume Hélène Maheux.
Un peu plus de 90 pour cent des minorités visibles a adopté Montréal et sa banlieue, l'autre 10 pour cent se répartissant dans d'autres villes. La Ville de Montréal demeure le premier choix du plus grand nombre.
Dans la région métropolitaine de recensement de Montréal, c'est Brossard qui arrive en tête quant à la proportion des membres des minorités visibles au sein de la population, avec 34,4 pour cent. Suivent Dollard-des-Ormeaux (30,9 pour cent), la Ville de Montréal (26 pour cent), Mont-Royal (19,7 pour cent) et Dorval (19,1 pour cent).
Après la région métropolitaine de recensement de Montréal où les minorités visibles représentent 16,5 pour cent de la population, la région de Sherbrooke suit au chapitre de la plus forte proportion de minorités visibles au sein de sa population, avec 3,8 pour cent. Viennent ensuite les régions de Québec (2,3 pour cent), Drummondville et de Saint-Hyacinthe (2,2 pour cent pour ces deux villes).


Mais le Québec à l'extérieur de Montréal demeure d'abord et avant tout blanc. Lorsqu'on fait le palmarès des 10 villes canadiennes de 10 000 résidants et plus au plus bas pourcentage de minorités visibles, 8 villes sur 10 sont québécoises. On y retrouve, Mont-Laurier (10 personnes ou 0,1 pour cent de sa population), Roberval (10 personnes, 0,1 pour cent), Sainte-Marie-de-Beauce (25 personnes, 0,2 pour cent), Saint-Georges (65 personnes, 0,2 pour cent), Shawinigan (175 personnes, 0,3 pour cent), Les Iles-de-la-Madeleine (35 personnes, 0,3 pour cent), Matane (60 personnes, 0,4 pour cent), Gaspé (55 personnes, 0,4 pour cent), et Val-d'Or (125 personnes, 0,4 pour cent).
Voici les points saillants des données du recensement de 2006 portant sur les minorités visibles et l'origine ethnique, dévoilées mercredi par Statistique Canada.
-Pour la première fois dans l'histoire, on compte plus de 5 millions de personnes issues de minorités visibles. Elles représentent 16,2 pour cent de la population totale.
-Au Québec, le visage multiethnique est vraiment visible seulement dans la grande région de Montréal, qui accueille 90 pour cent des minorités visibles de la province.
-Ces minorités visibles se concentrent surtout dans les trois plus grandes villes du pays: Toronto, Vancouver et Montréal.
-Au Canada, ce sont les immigrants du sous-continent indien (Inde, Pakistan, Sri Lanka) qui sont désormais les plus nombreux, dépassant les Chinois qui occupaient la tête.
-La croissance marquée des minorités visibles vient de la baisse du nombre d'immigrants d'Europe. Des immigrants arrivés après 2001, environ 75 pour cent étaient de minorités visibles.
-Les origines ethniques des résidants sont plus que jamais diverses, mais "Canadien" demeure l'origine ethnique la plus citée.
-Au Québec, 60 pour cent de la population se dit d'origine "canadienne". Il s'agit du plus haut pourcentage enregistré par une province.