Monsieur Loubert,
Dans un souci de faire avancer la conversation, je vais tenter de me coller à votre texte tout en faisant part de ma façon de penser et mon opinion.
L'opposition est-elle à l'image du pays ? Peut-on poser cette question ?
Non seulement l?opposition mais toute chose ici reflète l?état délabré et décadent du pays, sa misère matérielle et morale. On pourrait longuement parler des problèmes de l?opposition pour vous informer et comprendre votre pays, mais pas pour la vilifier. Car après la vilification de l?opposition où cela nous amène-t-il? A faire les louanges du pouvoir en place? A donner à celui-ci plus d?armes pour sa propagande et pour achever sa tâche de destruction?
Une chose est sûre, les hommes politiques n'ont pas beaucoup évolué, ils sont avares du pouvoir. Lorsqu'ils ont ce pouvoir, ils l'utilisent comme bon leur semble. Certains se taisent dans un mutisme profond, d'autres tentent de contourner le débat.
J?hésiterais à affirmer que les hommes politiques n?ont pas évolué, ils ont évolué, mais pas toujours dans le sens que nous souhaitons pour changer le mode de faire politique dans ce pays. La raison semble être qu?il est difficile de se défaire de la culture politique du pays.
Un pol ne peut pas décider unilatéralement de changer sa pratique politique. Il se trouve tout de suite isolé, en état d?infériorité et d?incompréhension totale. (A Rome on fait comme les Romains).
La culture politique du milieu exige l?exercise du pouvoir absolu par celui qui détient les rennes. S?il ne le fait pas, il perd toute autorité sur même ses plus proches collaborateurs. Personne ne le prend au sérieux s?il prend la pose de partager le pouvoir. Il est immédiatement discrédité. Le pouvoir que le politicien partage avec un autre est réutilisé d?une manière arbitraire, et il se trouve en situation d?en faire le retrait immédiat.
Le mutisme, c?est la façon de se protéger, de garder ses cartes près de sa veste, de prendre le minimum de risques surtout qu?on souffre souvent d?un manque de compétence. On countourne le débat pour les mêmes raisons.
L'opposition, somme toute, jouit d'une certaine forme de pouvoir.
Le pouvoir dont peut jouir l?opposition est celui de l?inertie, celui du vide, celui du faire noir, le pouvoir que donne l?absence. En effet c?est une forme de pouvoir. Elle parait irritante.
En démocratie, elle doit nécessairement être présent pour poursuivre ce même jeu démocratique. Il faut toujours un adversaire, une deuxième voie. Chez nous, cette deuxième, elle est divisée. Par moment, elle fait alliance particulièrement quand l'intérêt commun est menacé.
Le jeu démocratique a la vie dure dans ce pays. Au fond aucun politicien ne crois en la démocratie. On utilise le mot pour faire plaisir, à la communauté internationale, en particulier à Washington, mais ils savent tous qu?ils veulent d?abord s?emparer du pouvoir, ensuite instituer la démocratie. Je suis prêt à affirmer cela catégoriquement, en tenant compte évidemment des exceptions qui confirment la règle. Le modèle qui veut qu?on ait un pouvoir et une opposition, une deuxième voie, n?est pas pour la politique d?ici. Ceux qui disent qu?ils en veulent, espèrent ainsi amadouer la communauté internationale qui exige le modèle pour donner de l?aide. La pratique sera tout autre.
Il n'y a pas longtemps l'homme de la rue était désinterressé par la politique, il était dégoûté, surtout déçu.
En effet, l?homme de la rue a perdu ses illusions depuis belle lurette. Je crois quand même qu?il est toujours prêt à jouer le jeu démocratique. Il sait que c?est de là seulement que peut venir le développement réel. Il souffre dans son ventre le retard de la classe politique.
À la question posée au début, je n'ai pas une réelle réponse sinon se plonger dans le contexte historico-social de l'häitien. Puisque vous êtes là, essayez de trouver une réponse avec moi.
Nous ne pouvons pas contourner le contexte historico-social .
Comment sortir de ce trou? Je ne sais pas. Je crois que personne ne sais non plus.
En sortira-t-on? Peut-être oui, mais péniblement.
Que faut-il faire? Continuer nos conversations, nos échanges entre gens avertis, passionnés pour le bien et non la duperie.
A la prochaine!