En Haïti, des urnes contenant plusieurs milliers de bulletins de vote à moitié brûlés ont été trouvées dans une décharge publique, en banlieue de Port-au-Prince. La plupart des votes étaient en faveur de René Préval.
La Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) confirme que des problèmes ont pu avoir lieu dans une dizaine de bureaux de vote de la capitale, Port-au-Prince.
Ces bureaux ont été le théâtre d'incidents violents lors du scrutin du 7 février dernier. La Minustah, qui devait contrôler ces bureaux, n'a pas été en mesure de le faire adéquatement, ce qui pourrait expliquer la disparition des bulletins de vote.
Cette découverte donne des munitions à René Préval, candidat largement en tête du scrutin. Mardi, il avait parlé de fraudes massives entourant les élections.
À la suite de ces allégations, le président et le premier ministre intérimaire ont annoncé la tenue une enquête.
Commission d'enquête
D'après le ministère de l'Intérieur, une commission d'enquête sera formée dans les prochains jours et procédera très rapidement à la révision des résultats. Elle sera composée de la présidence, du Conseil électoral et du parti de René Préval.
Mardi, celui-ci a revendiqué la victoire au premier tour et appelé ses partisans à continuer à manifester. Il a regagné la capitale en provenance du nord du pays pour appeler ses partisans au calme afin éviter une répétition des scénarios émeutiers de lundi. Il a cependant soufflé le chaud et le froid, en menaçant de faire descendre le peuple entier dans la rue si les résultats actuels étaient confirmés.
En tête de peloton dans la course à la présidentielle au début du décompte des voix, entamé le 8 février, son avance a depuis fondu comme neige au soleil. Crédité d'abord de 61 % des voix, son avance s'est réduite à 48,7 % après dépouillement de 90 % des voix. Il lui faudrait 50 % des voix pour remporter la victoire dès le premier tour. Son plus proche rival, l'ancien président Leslie Manigat, récolte 11,84 % des suffrages, tandis que l'industriel Charles Henri Baker en obtient 7,93 %.
Le champion des bidonvilles, réputé proche du président déchu Jean-Bertrand Aristide, devrait donc affronter un second tour, le 19 mars, une situation qui enrage ses partisans.
La rue conteste les résultats
Des dizaines de milliers d'entre eux étaient d'ailleurs descendus dans les rues de Port-au-Prince, lundi, pour dénoncer la commission électorale, qu'ils accusent de fraude, et réclamer que leur leader soit proclamé victorieux.
Ils ont pris d'assaut l'hôtel où les responsables de la commission électorale rendent régulièrement compte des résultats.
L'assurance donnée par le premier ministre par intérim, Gérard Latortue, quant à la régularité du processus électoral n'a pas convaincu les partisans de René Préval, qui demandent des comptes pour les 125 000 bulletins déclarés invalides par la commission électorale.
Leur suspicion est notamment alimentée par les déclarations d'un des membres de la commission, Pierre Richard Duchemin, qui a publiquement exprimé des doutes sur le décompte et réclamé une enquête. René Préval lui-même a estimé qu'il y avait des « problèmes » avec le dépouillement.