PN/RP/214/2007
Port-au-Prince, le 21 septembre 2007
Honorable Eric JEAN JACQUES
Président de la Chambre des Députés
Palais Législatif
Monsieur le Président,
Par lettre en date du 1er août 2007, vous m'aviez informé que les Députés de la 48ème Législature avaient adopté, le mardi 31 juillet dernier, un vote de censure contre le Ministre de la Culture et de la Communication, Mr Daniel Elie. Le Ministre Elie qui n'a pas mis en cause cette prérogative du Parlement découlant de notre Constitution, avait par contre exigé que lumière soit faite sur les insinuations et les allégations de corruption à la base de ce vote.
Je soumets à votre attention les rapports de l'Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) et de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratifs (CSCCA)
Monsieur le Président,la lutte contre la corruption est une entreprise difficile qui va à l'encontre des traditions de gouvernance du pays. Elle met en face de l'Etat des forces dont nous aurions tort de sous estimer le potentiel de nuisance. Cette lutte n'est pas uniquement celle du Gouvernement et je ne crois pas me tromper en présumant que les dirigeants actuels de l'Etat, toutes branches confondues, sont d'accord qu'elle doit être menée avec rigueur.


Il est de notre devoir, à nous tous, de nous assurer que cet effort de restauration des valeurs n'épargne aucun coupable, quelque que soit son rang social ou sa fonction, mais qu'en revanche, elle protège les innocents et sauvegarde les justes intérêts des honnêtes gens, particulièrement ceux qui acceptent de se mettre au service de la Nation. Nous devons prendre garde de ne pas exposer à la dérision, sous peine de les rendre inopérants, les moyens que nous donne la Constitution et la Loi. Autrement, peu de citoyens honnêtes, compétents et sérieux accepteront de se mettre au service de leur pays, en se persuadant que l'Etat ne peut être habité que par des malveillants et des médiocres.


La politique est un art d'une grande noblesse. Nous devons en faire une pratique de noblesse égale. Le combat que je conduis, en ma qualité de Président de la République, est un combat pour restaurer au serviteur de l'Etat son respect et sa dignité, vis-à-vis de nos citoyens d'abord et vis-à-vis du monde ensuite. Cela demande que chaque serviteur de l'Etat soit extrêmement exigeant avec lui-même, parce que la loi ne sera pas indulgente avec lui. Cela demande aussi que les droits de ceux qui se mettent au service de l'Etat soient respectés et que l'Etat lui-même assure à chacun de ses serviteurs une protection conséquente lorsque des actions ou des agressions immotivées ou fantaisistes viendraient mettre en cause la personne ou l'intégrité de ce serviteur.


Voici, Monsieur le Président, les réflexions avec lesquelles je vous laisse, en vous soumettant le rapport de la CSCCA et de l'ULCC établissant la vérité concernant les accusations dont le Ministre Elie a fait l'objet le 31 juillet dernier au cours de son interpellation devant la Chambre des Députés.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, mes patriotiques salutations.
René Preval