(Condensé de ''Passions animales'' de Lewino)
Vers l'âge de dix ans, l'alligator mâle se dit qu'il est temps pour lui de perdre son pucelage. Au mois de mai, la tiédeur de l'eau l'émoustille. Les sens brouillés par une poussée hormonale, il regarde soudainement ses photos comme des rivaux potentiels. A grands coups de crocs, il se taille un territoire près de la berge et se met en tête d'y attirer une jolie petite pépée. Au coucher du soleil, l'alligator en mal d'amour sort la tête de l'eau et en ouvre délicatement la gueule pour émettre le plus horrible beuglement entendu sur Terre ! Il frappe l'eau avec sa queue pour marquer le rythme. Au comble de l'excitation les femelles répondent par des gueulement plus aigus. Chacune choisit son partenaire. Ils s'enlacent pour danser la rumba à grands coups de queue. Ils sortent la tête de l'eau. En se mettant ainsi à la merci l'un de l'autre ils prouvent la sincérité de leurs sentiments.

Chez les sauriens le désir se manifeste en frappant violemment l'eau avec la tête. Puis le mâle frôle tendrement son museau sur celui de la femelle, en émettant des bulles pour la chatouiller érotiquement. Les alligators sont des êtres charnels, voire sardanapalesques.
Après une , deux ou trois copulations rapides se résumant à des frottements du cloaque, le couple se sépare. En un seul printemps, les meilleurs chanteurs parviennent ainsi à faire une dizaine de conquêtes.