Par Claude Moise
Quand on veut scruter l'horizon haïtien, même sur une année, même quand on peut lire nan govi, rien n'est jamais certain, sauf peut-être le carnaval qui n'est pas, comme on dit, négociable. Les effluves des festivités de fin d'année n'auront pas fini de se dissiper qu'on tombe en effet dans l'effervescence carnavalesque. Le très couru carnaval de Jacmel rehaussé de l'éclat national est prévu pour le 27 janvier, une semaine avant le faste des jours gras à Port-au-Prince les 3, 4 et 5 février. À part ça, que nous réserve 2008?
Le premier anniversaire bissextile de la chute d'Aristide ? C'est sûr. Comment va-t-il être commémoré dans un camp comme dans l'autre? On ne sait pas. Il n'est cependant pas inutile d'y prêter attention si tant est que la manipulation des symboles est parfois un puissant facteur d'action politique.

Si on ne peut pas prévoir à quel moment de l'année seront tenues les élections indirectes pour la formation des Collectivités territoriales dont dépend l'achèvement du processus de normalisation institutionnelle, on peut se persuader que le scrutin pour le renouvellement d'un tiers du Sénat devrait avoir lieu au plus tard en avril. Ce qui permettrait au grand corps d'être au complet pour la fin de la première session législative de 2008, le deuxième lundi de mai. Quant à la controverse sur le sort des sénateurs en fin de mandat, elle participe encore une fois d'un vide constitutionnel dont on espère qu'il pourrait être comblé par un compromis politique (éditorial Le Matin du 18 décembre 2007).

Il faut se rappeler que tout partielle qu'elle soit, l'élection pour le renouvellement du tiers du Sénat mobilise l'ensemble de l'électorat sur une éventualité de deux tours de scrutin. Les pratiques électorales depuis 1990 - même inachevées - ont fait du premier tour une sorte d'éliminatoire de telle sorte que les deux candidats arrivés en tête seront départagés au scrutin majoritaire selon le voeu de la Constitution (article 94-2). Mis à part les nécessaires ajustements administratifs et organisationnels (mise à jour de la liste électorale, répartition et augmentation des bureaux de vote, etc.), la révision des documents électoraux législatifs reviendra sur le tapis. Celle-ci implique de revenir à la question des majorités, non plus maintenant en regard des dispositions transitoires de la Constitution, mais en tenant compte des articles principaux et des dispositions interprétatives des décrets électoraux précédents, notamment ceux de 1990, 1999 et 2005. Le CEP, paraît-il, a déjà fait appel à des juristes pour qu'ils proposent un document de base devant servir à l'élaboration de l'avant-projet de loi électorale. Ce dernier transmis au Pouvoir exécutif fera son cheminement normatif jusqu'au Parlement pour devenir loi électorale. Ce serait, depuis 1987, le premier aboutissement législatif de cet acte juridique. Rappelons que la loi électorale de la 45e Législature votée au début du mois de février 1995 a été mise de côté par l'Exécutif et remplacée par une prétendue loi électorale du CEP le 14 février 1995 sous le titre de Loi électorale du Conseil électoral provisoire. Aberration majeure dont on ne saurait imaginer la répétition, le Parlement, seul nanti constitutionnellement du pouvoir de faire des lois, étant en pleine possession de ses prérogatives. Nous sommes en 2008, et les choses ont bien changé.

Y a-t-il des certitudes ? On annonce de bonnes nouvelles comme la concrétisation de l'aide de l'Alliance bolivarienne, l'avancement de travaux d'infrastructure, l'amélioration de la production et de la distrtibution du courant électrique. Même l'«immobilité» de l'équipe gouvernementale est assurée selon les déclarations du président et du Premier ministre. Mais, à ce titre, ce ne sont pas les chefs du Pouvoir exécutif qui ont le dernier mot. Il y a les deux Chambres législatives. L'annonce de ne faire aucun changement au sein du cabinet où sont représentés les principaux partis politiques aura-t-elle pour effet de réduire les incidences conflictuelles au sein du Parlement à appartenance très partagée? Il faudrait alors que cette institution ne soit guère pourvoyeuse de confusion, qu'elle acquière une plus grande maturité et un sens aigu de ses responsabilités. Là apparaît le rôle des partis. Non encore assez forts et enracinés dans l'électorat pour imposer une certaine discipline de vote et d'actions parlementaires, ils vont donner leur mesure au cours des élections sénatoriales. Que sera-ce pour eux la campagne électorale alors qu'ils sont dépourvus de moyens financiers et qu'ils ne disposent pas vraiment d'un levier idéologique compensatoire? Sur le plan international, d'importants événements sont attendus. D'abord les élections dans des pays qui cristallisent l'attention du monde : les législatives au Pakistan en février, la présidentielle au Zimbabwe et en Russie en mars. Le sommet annuel du G8, dont il est légitime d'attendre de la délibération des super grands quelques décisions susceptibles d'influer sur le cours de la vie des nations, aura lieu au Japon en juillet 2008. Par ailleurs, il n'est pas sans intérêt de signaler certaines célébrations qui devront retenir l'attention : le 40e anniversaire du mouvement de mai 68 en France et le 60e de la Déclaration universelle des droits de l'Homme adoptée par l'Onu le 10 décembre 1948. Et puis de grands rendez-vous sportifs internationaux marqueront également l'année 2008 : le championnat de football d'Europe des nations en Suisse et, en Autriche, au mois de juin, les Jeux Olympiques de Pékin en août. J'allais oublier les élections américaines. Quelqu'un a dit que le poids des États-Unis dans la vie des peuples et des habitants de la planète est tel que tous les citoyens du monde devraient avoir leur mot à dire dans la désignation du président de ce pays. Les Haïtiens en savent quelque chose, n'est-ce pas? «Dieu est si loin, et les États-Unis si près.» !