SUR LA STRUCTURE ET LA CULTURE DANS NOTRE SORT DE PEUPLE!
Par CAMILLE LOTY MALEBRANCHE


Sur ce couple de concepts : Structure et Culture, je veux souligner pour nos amis lecteurs que lorsque je parle de structures, je n'abstrais nullement le rôle de l'homme! Personnaliste et humaniste convaincu, quoique loin du catholicisme mouniérien, je suis fulminant contre la philosophie sociale structuraliste. Le structuralisme en littérature vaut son pesant d'or mais dans l'interprétation exclusive qu'il applique à la société et à l'histoire où il a été à juste titre appelé la philosophie de la mort de l'homme, a effectivement commis l'énormité d'évacuer l'intervention des hommes dans l'interstice de ces sortes de mutations qui font évoluer chaque société à travers les âges et conjonctures. Par exemple, si nous prenons une révolution, après le chambardement du statu quo qui en constitue le premier moment, l'autre moment de sa réalisation, l?ordre de substitution qui est le nouveau système à établir, n'est guère donné par la structure pourrie qui appelait à son propre effondrement, cet ordre nouveau proprement révolutionnaire vient de l'homme qui, entre divers possibles, choisit, définit et applique le nouveau système. L'accomplissement révolutionnaire est un démenti à cette pensée anonyme qui, selon Foucault, précéderait toute pensée libre d'un homme!


Néanmoins, malgré cette prééminence de l'homme jamais mise en doute dans un autre texte (j?y parle de nouvelle humanité haïtienne) et malgré la brève démonstration que je viens de faire des limites de la structure, je tiens donc à rappeler que la structure -en tant qu?une "gestalt" c'est à dire une forme composée de plusieurs parties imbriquées qui font jeu et fonction, la structure étant un système en soi - en société, c'est donc plusieurs structures institutionnelles donc systémiques qui vont composer le grand système ou la mégastructure sociale dont le fonctionnement est systématique, c'est-à-dire régulé et ordonné d?après des principes réguliers permanents! La structure, parce que forme, opère comme moule qui régit et donne forme à ce (hommes et action) qu'elle détermine. Lorsque la structure est expropriée parce que posée par les contempteurs, les ennemis de la société et que les dirigeants sont précisément des complices de ces contempteurs, il y a péril en la demeure! Le cas haïtien est un cas plus unique que d'autres, l?on s?y trompe si l?on pense que d'autres peuples d'Amérique voire du monde aient connu les mêmes turpitudes car c'est le seul pays à avoir eu son indépendance par des esclaves révoltés et non par des colons séparatistes. Dès lors, l'étrangeté des haïtiens étant totale aux puissances de l'époque, nous savons que les pays qui auraient pu commercer avec Haïti comme les États-unis et l'Angleterre ont refusé de traiter formellement avec le nouvel État, Les États-Unis ont imposé un embargo à Haïti, la France a infligé la fameuse subvention aux colons dite dette l'indépendance, ce qui a détruit littéralement l'économie haïtienne. Haïti n'a pas été invité à la conférence de Panama malgré ses aides aux libertadores Miranda et Bolivar. Sans être paranoïaques, nous ne devons pas être naïfs à ce compte, un pays nègre en Amérique et, de surcroît, qui a osé imposer l'antiesclavagisme qui a enclenché les abolitions ultérieures de l?esclavage partout sur le continent alors que l'esclave était la principale machine productrice du capitalisme de l'époque, était considéré et isolé par l'occident blanc comme un pestiféré. Rappelons-nous les propos de Jefferson évoquant Haïti "la peste vient de ce pays" disait-il! Par la suite, l'éducation haïtienne remise entre les mains de l'Église catholique française raciste, inculquant à côté des données académiques toutes sortes d'ordures mentales pour favoriser les pires préjugés et clivages, sans oublier les horreurs particulièrement violentes de l'esclavage restées présentes et douloureuses dans la mémoire collective, a altéré l'esprit et le comportement haïtiens! Car les majorités haïtiennes - dont le mode d?exclusion du système étatique et aliéné d?Haïti avec des dirigeants non moins aliénés s'est fait l?ennemi parce qu'au service de quelques familles, sans se soucier de jeter les moindres miettes ni de poser les plus minimes structures de partage - ont fini par basculer dans un sentiment de rejet et d?abandon au sein de leur propre pays où elles ont toujours vécu et vivent encore une misère restée proche de celle des esclaves d'avant l'indépendance. La « résilience », c'est à dire la cicatrisation des béances du passé et la réhabilitation humaine des majorités opprimées et traumatisées, n'ayant jamais été entreprise ou favorisée par l'État Moloch haïtien, la société haïtienne est restée celle de la faille et de toutes chimères et dissensions liées aux vices de construction et d'orientation de départ jamais corrigés!


La culture évoquée est importante, mais rappelons-nous que la culture, c'est ce qui fait émerger l'esprit, l'homme proprement dit, alors que la nature enfantait l'animal humain préculturel. La culture parce qu'elle prend forme dans le rapport de l'animal humain à soi, à autrui et à l'univers et s'enrichissant sans cesse en cumulant les conquêtes ininterrompues de ce triple rapport, lorsqu'elle répète dans le cas d?une société, les merdes du colon, ne laisse nullement la place à la santé d'esprit pour forger la libération et l'élévation! Au lieu d'un Big Bang, une explosion originaire qui produit un univers qui s'épand, la société haïtienne donne le triste et morne visage d'un Big Crunch où l'espace de vie se restreint et semble fatalement programmé pour la destruction, l?implosion! Voilà donc pourquoi je parle de nouvelle humanité mais aussi de transformation des structures surtout celles du mental, celles de la culture et du comportement, si fortes et si infectes que je les compare souvent à des ferments tératogènes, des germes générateurs de monstres!


Il faut en finir avec la "tératogénie" culturelle, c'est à dire cette production sociale et politique de monstres qui se reproduisent aux dépens de notre droit de peuple au bonheur!
CAMILLE LOTY MALEBRANCHE