
02-08-06, 04:34 AM
|
| |
Haïti : élections 2006 et après ? Haïti : élections 2006 et après ? Par Ricardo Matalbert Après quatre reports, le premier tour des élections présidentielles et parlementaires haïtiennes a bien lieu ce mardi 7 février 2006. Les électeurs viennent voter massivement. C'est encore plus vrai dans les quartiers populaires et bidonvilles de la capitale, Port-au-Prince, peuplée de plus de 2.3 millions d'habitants. La communauté internationale, consciente qu'elle joue sa crédibilité dans le dossier haïtien a dépensé 75 millions de dollars pour financer ces élections.  
Haïti est dirigée par un gouvernement provisoire depuis le putsch du 29 février 2004 contre l'ex-président démocratiquement élu jean Bertrand Aristide. Celui-ci a été forcé de quitter le pays à mi-mandat par les Etats-Unis, la France et le Canada, suite à une insurrection armée. La présidence d'Aristide a été fortement marquée par toute une série de crimes politiques sanguinaires et innommables contre les Haïtiens, dont notamment des journalistes. L'ombre d'Aristide n'a pourtant pas cessé de planer sur ces élections. Si bien que le clivage post-électoral se situait entre les anti et les pro-lavalas, le parti d?Aristide. Entre les possédants et les plus démunis. La plupart des candidats en lice pour la présidence, une trentaine, ont tous combattu l'ancien président Aristide. C'est avec beaucoup d'inquiétudes qu'ils voient, son ancien Premier ministre René Garcia Préval, caracoler en tête des sondages, à plus de 32% des intentions de votes. 
Puisque la constitution haïtienne ne permettait pas à M. Jean Bertrand Aristide de se représenter une seconde fois après son premier mandat. Son Premier ministre M. Préval se présenta à sa place et fut élu de 1996 à 2001 président du pays. En 2006, sous la bannière du mouvement "l'espoir" M. Préval s'évertue à se démarquer de son mentor même si sa base électorale est essentiellement composée des sympathisants de ce dernier. Il a vigoureusement rejeté le soutien de plusieurs groupes armés politico-mafieux. Les fameux et terrifiants chimères. 
Les principaux rivaux de M. Préval sont les candidats de la bourgeoisie haïtienne. Le premier, l'industriel Charles Henry Baker, est classé, loin de M. Préval, deuxième dans les sondages à 10% des intentions de votes. Il est l'un des leaders du groupe 184, coalition de plusieurs partis politiques, d'associations et de personnalité de la société civile. Il avait été emprisonné sous le régime Lavalas. Il a fait alliance avec le pasteur Jean Chavanne Jeune l'un des deux candidats de certaines instances protestantes haïtiennes. Ensuite il y a M. Leslie François Manigat lui-même ancien président après des élections truquées en 1988 par les ex-forces armées haïtiennes, depuis dissoutes par Aristide. Il avait été chassé du pouvoir par les même forces armées trois mois seulement après son investiture. La question qu'il convient de se poser aujourd'hui c'est : en quoi ces élections 2006 seront-elles différentes de celles organisées en 2000 où M. Aristide avait été élu, si, quelle que soit sa légitimité, le président (qui que se soit sans passion aucune) d'un pays souverain peut, en toute illégalité, être contraint de s'exiler de sa patrie? M. Collin Powell, du temps où il était encore Secrétaire d'état des États-Unis, avait sèchement commenté: "M. Aristide était élu démocratiquement mais ne gouvernait pas démocratiquement."   Il reste que M. Aristide demeure aujourd'hui la personnalité politique la plus populaire en Haïti. En dépit de tous les crimes commis lors de son dernier mandat. En dépit de toutes les accusations qui sont portées contre lui par l'actuel gouvernement de facto haïtien et l'actuel gouvernement américain qui s'échine à l'inculper pour ses soi-disant implications dans des affaires de drogues. Jusqu'à présent ses accusations ont toujours été rejetées par les juges américains.   De son exil sud-africain M. Aristide semble intouchable. Mais, les politicards haïtiens naviguent toujours à courtes vues. Ils oublient trop facilement ce qui fait la noblesse de la politique: la recherche du bien-être de son peuple. Le maintient d'un Aristide à la tête de la nation haïtienne mais dépouillé de certaines de ses prérogatives présidentielles, notamment le contrôle des forces de sécurité, aurait eu le mérite de préserver la souveraineté et les institutions de l'Etat haïtien. Le tout avec la présence dans le pays des forces de l'ONU. N?eût-il pas été préférable qu'il puisse répondre aux accusations portées contre lui devant des tribunaux haïtiens? Les articles de notre site peuvent être repris sur tout support intégralement ou partiellement à condition de mentionner le ou les auteurs et le site www.aleloo.com. Merci de nous le signaler à chaque fois. | |