Governeur General de Canada Michaëlle Jean amorce samedi un voyage chargé et émotif en Haïti
Michaëlle Jean entreprendra samedi le voyage le plus remarqué d'un gouverneur général depuis plusieurs années : elle assistera à l'assermentation de René Préval, nouveau président de son pays natal,
Haïti.
Fait exceptionnel, Mme Jean sera accompagnée d'une quinzaine de représentants des médias, qui n'ont pas l'habitude de se déplacer pour les voyages de la chef d'État.
Il faut dire que l'ancienne journaliste profitera de son séjour de quatre jours pour retourner dans la petite ville de Jacmel, d'où vient sa famille. M. Préval a même accepté de l'y accompagner, preuve tangible de l'amitié qui existe entre le Canada et
Haïti. L'organisation du voyage a été un casse-tête logistique qui a mobilisé les fonctionnaires de Rideau Hall, des Affaires étrangères, du Bureau du Conseil privé, les agents de la Gendarmerie royale du Canada et de la police nationale haïtienne, sans oublier les militaires de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti. Quelque 9500 casques bleus et policiers internationaux tentent d'assurer un minimum de sécurité dans la république.
Bien que la situation se soit améliorée depuis les élections présidentielles et législatives des derniers mois, Ottawa continue de déconseiller aux Canadiens de se rendre dans le pays. Lorsqu'il s'était rendu en
Haïti, en novembre 2004, l'ancien premier ministre Paul Martin n'avait d'ailleurs pas osé y passer la nuit.
«Les activités criminelles, les représailles de la police et l'anarchie persistent sur le territoire», peut-on lire sur le site Web du ministère des Affaires étrangères. «Les autorités locales ne sont pas en mesure d'assurer la sécurité des personnes et il n'y a plus de policiers dans certaines villes.»
Plusieurs personnalités étrangères assisteront à la cérémonie d'investiture de René Préval, dont le vice-président brésilien, José Alencar, et le gouverneur de la Floride, Jeb Bush, frère du président américain George W. Bush. Le mandat de M. Préval, 63 ans, sera de cinq ans.
Forte émotion
Née en 1957 à Port-au-Prince, Michaëlle Jean a quitté Haïti à l'âge de 11 ans, ses parents fuyant le régime dictatorial de François Duvalier (Papa Doc). Elle y est retournée à quelques reprises depuis, notamment pour adopter la petite Marie-Eden, qu'elle élève avec son mari, Jean-Daniel Lafond.
La nomination de Mme Jean au poste de gouverneure générale, l'été dernier, avait suscité une vague de fierté et d'enthousiasme en
Haïti et à Montréal, où vit une grande communauté
haïtienne. On s'attend à des réactions semblables lors de son voyage.
En février, Mme Jean a évoqué l'élection qui a conduit René Préval à la présidence, se félicitant de la réussite du scrutin, mené en toute sécurité et avec un taux élevé de participation. On ignore toutefois le point de vue de la gouverneure générale sur l'implication controversée du Canada à
Haïti au cours des deux dernières années.
Le prédécesseur démocratiquement élu et ancien associé de M. Préval, Jean-Bertrand Aristide, a quitté après avoir été contesté par des rebelles, au début 2004.
Les États-Unis ont fourni l'avion qui a permis à M. Aristide de fuir le pays. Des membres de la diaspora
haïtienne au Canada reprochent au Canada d'avoir participé à ce qu'ils voient comme un «coup d'État» contre l'ancien président.
Les États-Unis, la France, le Brésil et le Canada ont compté parmi les plus importants bailleurs de fonds du gouvernement intérimaire du premier ministre Gérard Latortue.
Or, Amnistie internationale a souvent critiqué le gouvernement Latortue, lui reprochant des atteintes aux droits de la personne et le manque d'efforts pour désarmer la population.
D'avril 2004 à la fin mars 2006, le Canada a décaissé plus de 190 millions $ pour financer des projets de reconstruction et de développement en
Haïti.
Au début du mois, le gouvernement conservateur a annoncé le versement de 48 millions $ de plus.
Au cours de son séjour, Michaëlle Jean rencontrera des gens d'affaires, des étudiants, des handicapés, des missionnaires, des travailleurs humanitaires et des groupes de femmes.