la cocaïne saisie dans les aéroports de Montréal proviennent d'Haïti
Montréal, porte d'entrée de la coke haïtienne
Les trois quart de la cocaïne saisie dans les aéroports de Montréal proviennent d'Haïti. C'est ce que révèle un document de la Gendarmerie royale du Canada déposé hier au premier procès pour gangstérisme de 16 présumés membres de gang de rue au Centre judiciaire Gouin.
Aux aéroports Pierre-Elliott-Trudeau et Mirabel, 774 kg des quelque 1000 kg de cocaïne saisis de 2000 à 2004 provenaient d'Haïti. De plus, près de 80% de toute la cocaïne saisie est liée à la corruption interne, peut-on lire dans le document, sans préciser toutefois si cette information concerne les installations haïtiennes ou canadiennes.
Une partie de cette drogue se vendait dans la rue Pelletier, devant l'école secondaire Calixa-Lavallée, dans l'arrondissement de Montréal-Nord, selon d'autres documents de la police de Montréal, aussi déposés au procès, hier.
Les clients des trafiquants de la rue Pelletier iraient de la prostituée de rue jusqu'à l'écolier, peut-on lire dans les notes de l'enquêteur principal du projet Abat, Christian Charette.
Le projet Abat a mené à l'arrestation des 16 accusés en avril 2005.
La police considère ces trafiquants comme étant dangereux. "La structure hermétique et la dynamique de la rue rendent toute opération policière extrêmement difficile voire même dangereuse pour la sécurité des policiers", a écrit l'enquêteur Charette en mai 2004 dans un rapport de 88 pages.
Selon les notes d'enquête, l'accusé Bernard Mathieu, 35 ans, aurait importé de la cocaïne et en aurait fourni en grosses quantités à des distributeurs. La police a tenté de le coincer au début des années 90, sans succès, révèle un autre document assermenté par le sergent-détective et grand spécialiste des gangs de rue, Jean-Claude Gauthier.
En 1993, Célonie Mervilus, autre accusé dans la présente affaire, a été arrêté pour trafic de crack dans le même quartier. Le sergent-détective Gauthier considère M. Mervilus comme l'un des importateurs d'Haïti et distributeur de stupéfiants à grande échelle à Montréal-Nord. "(À l'époque) nous n'avons jamais pu nous rendre jusqu'à la tête dirigeante qui est Bernard Mathieu", ajoute-t-il dans le document.
Liens avec les principaux gangs
M. Mathieu a des liens autant avec les principaux gangs rouges (Bo-Gars et Bad Boys) qu'avec les Bleus (Crack Down Posse, Ruffriders et Natural Posse), toujours selon le document. L'accusé a aussi des "liens privilégiés avec les douanes en Haïti et fait de l'importation et exportation avec ce pays depuis 1988 au moins", peut-on lire. Le sergent-détective Gauthier est l'un des témoins experts qui seront entendus au cours du procès.
Depuis le début du procès lundi, un seul témoin a été entendu, le sergent-détective Jean-Pierre Pelletier. Ce dernier est l'auteur de la demande assermentée d'écoute électronique qui a mené à l'arrestation du présumé chef du gang de la rue Pelletier, Bernard Mathieu.
Pour documenter sa demande, le sergent Pelletier s'est servi du document sur les origines des saisies de cocaïne de la Section des enquêtes fédérales aéroportuaires (SEFA) de la GRC. Le nom d'une femme arrêtée à l'aéroport Mirabel avec trois kilos de cocaïne en provenance d'Haïti en 2004 figure dans ce document. Cette femme a des liens avec Bernard Mathieu, a soutenu le sergent Pelletier. L'un des accusés dans la présente affaire, Jean-Pierre Joseph, figure aussi dans le document. Il avait 12kg de cocaïne en sa possession à son arrivée à Dorval en provenance d'Haïti en décembre 2003.
La défense a interrogé longuement le sergent Pelletier, hier, sur la façon dont il a rempli la demande assermentée d'écoute électronique. La défense a déposé une requête lundi pour que les milliers d'heures d'écoute électronique soient retirées de la preuve.
L'avocat de la défense, Loris Cavaliere, a soulevé des contradictions entre la demande d'écoute électronique du sergent Pelletier et les documents de la GRC et de ses collègues à la police de Montréal déposés en preuve. Tous les documents ont été déposés par la défense.
Me Cavaliere a plaidé que le sergent Pelletier s'était fié aux informations de son collègue Gauthier sans les vérifier lui-même avant de soumettre au juge sa demande d'écoute électronique. L'avocat a souligné entre autres que Bernard Mathieu n'avait que 16 ans en 1988. N'était-ce pas plutôt le frère aîné de l'accusé qui faisait de l'importation et de l'exportation de cocaïne avec Haïti à l'époque? a demandé l'avocat. "L'opinion du sergent-détective Gauthier est crédible et fiable", a répondu à plusieurs reprises le témoin Pelletier.
La requête du retrait de l'écoute électronique continuera d'être débattue aujourd'hui.
ORIGINES DES SAISIES DE COCAÏNEAéroports de Montréal (2000-2004)
Haïti: 774,3 kg, 74%
Mexique: 188,3 kg, 18%
Colombie: 38,1 kg, 3,7%
Seulement en 2004, 3416 kg de cocaïne ont été saisis au cours d'interceptions concernant le Canada : 2068 kg au Canada même et 1265 kg à l'étranger, mais destinés au marché canadien.
Source : Gendarmerie royale du Canada