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Old 05-19-01, 06:46 AM
Ayizan Ayizan is offline
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Ayizan is on a distinguished road
Post A qui profite la crise haïtienne ?

A qui profite la crise haïtienne ? http://www.haitienmarche.com/~hem/article.html
Dans un article en date du 11 mai intitulé : « Grande agitation des acteurs politiques, mais beaucoup de bruit pour rien », Haïti en marche a fait le point sur la situation actuelle en Haïti. Certes, ce journal n?a jamais ménagé son soutien au Pouvoir, en compromettant la plupart du temps son indépendance, une valeur fondamentale de la presse. Toutefois, j?ai trouvé justes certaines de ses observations. Ainsi, je me suis proposé d?expliciter certains problèmes soulevés dans cet article.
I.- Les observations du journal
Je me rappelle qu'au lendemain des élections du 21 mai, je discutais avec quelques amis qui avaient supervisé ces élections à titre d?observateurs. Soudain arrivait un activiste lavalassien hystérique sur-exhalté qui vociférait : "nou fout pwan pouvwa-a pou o mwen 60 ans, e nou pap separel" (nous avons pris le pouvoir pour au moins 60 ans, et nous le partagerons pas) en faisant référence aux postes contestés du Sénat. Pour lui, il n'était pas question qu'on revienne là-dessus. Cette attitude me paraissait un peu inquiétant. Spontanément, je lui disais qu'avoir trop de pouvoir nuit plus qu'il ne sert à son détenteur.
En effet, une majorité de 2/3, est nettement confortable pour gouverner. Il est, de ce point de vue, absurde de vouloir détenir un Pouvoir absolu. Cet acharnement consistant à vouloir tout garder suscite de l?incompréhension chez tous les observateurs, y compris dans les rangs des plus fervents supporters d?Aristide dont l?éthique professionnelle ou scientifique exige une certaine distance critique. Cela se traduit chez ces derniers en un sentiment de gêne qui prend souvent la forme d?auto-critique : « Le président Jean-Bertrand Aristide, c'est ce que nous appelons en créole : " jan chache, jan trouve. " C'est Lavalas lui-même qui s'est enfoncé dans ce piège en refusant un nouveau décompte des votes pour 8 à 10 sièges sénatoriaux réclamé par une mission d'observation électorale de l'Organisation des Etats Américains lors des législatives du 21 mai 2000, il y aura déjà un an dans quelques jours. Encore une année de perdu ! » (l?article visé). Et le journal poursuit en attestant : « Aristide a cherché, il a trouvé. Trop de pouvoir nuit ! Lavalas détient, comme il le voulait, la totalité des pouvoirs, mais n'a effectivement pas plus de pouvoir qu'un caporal, dirait le roi Henry (le nôtre, Chris-tophe) ».
Pour ce qui est de l?état global du pays lui-même, le journal jette un regard assez sévère sur les actions qui ont été menées jusque-là, en dénonçant implicitement l?attitude des acteurs : « Ce qui se passe en ce moment, tant de misère noire, mais surtout tant d'espoirs déçus, tant d'espoirs trahis, tant d'insécurité finissant par créer un état d'insécurité foncière, une paranoïa généralisée, tant de départs trompeurs, de temps précieux perdus, et de man?uvres à jeter tantôt le trouble, tantôt le désespoir dans les esprits, ce n'est pas sans conséquence. Et l?auteur admet finalement que « La conséquence ce sera un pays épuisé, comme il l'est déjà, et sous peu aussi désarmé, désincarné, sans âme ... Un peuple hors course. Le militantisme du peuple haïtien, par où tout le scandale arrive !, n'aura été alors qu'un lointain souvenir.
Le journal sombre alors dans un pessimisme paralysant qui est, pourtant, fondé sur un constat particulièrement troublant. Il s?agit de l?enfermement du peuple dans un univers clos de mystification. Ce qui l?empêche de pouvoir briser le cercle des contradictions, en offrant sa solution à la crise comme il l?avait fait en 1986 pour ce qui est du problème de l?oppression duvaliériste : « D'autant qu'on espère qu'il ne bougera pas entre-temps, puisqu'il est au pouvoir avec Lavalas ! Pèlen tèt. »
Le « militantisme du peuple haïtien » est représenté comme un mauvais accident ou, mieux encore, comme un cauchemar. Car les élections du 16 décembre 1990 qui en sont résultées, et remportées par le président Aristide, sont posées comme un scandale. Autrement dit, il aurait mieux fallu ne pas avoir ce 16 décembre 1990 duquel procède ce pouvoir « Lavalas » perçu comme un « Pèlen tèt », c?est-à-dire un cadeaux empoisonné pour le peuple haïtien.
Force est de constater que cet exercice s?effectue sous forme voilée. Car dans la culture politique haïtienne, toute forme de critique est perçue comme une menace dont la sanction ordinaire est le plus souvent la solution finale, à savoir l?assassinat. Ce qui fait que les gens lucides et critiques ne peuvent que s?éloigner radicalement des gens du Pouvoir, lorsqu?ils ont des réserves par rapport à l?orientation de leurs actions ou attitudes, et aussitôt et ils sont baptisés d?opposants, c?est-à-dire prêts à recevoir le « Père Lebrun » (collier enflammé de pneu en caoutchouc passé au cour d?un supplicié).
Mais ce que l?auteur de cet article ne comprend pas, c?est que les politiciens haïtiens ont une autre conception de "majorité". Au fond, cette conception est purement pragmatique. Il s?agit de partager tout entre « co-pains », présents « autour de la table ». Dans ce cas, il n?est pas question de donner quoi que ce soi à qui que ce soit d?extérieur, ou supposé comme tel. L?image populaire de « grand mangeur » apparaît comme la forme d?expression la plus parfaite de la représentation que les acteurs sociaux se font de la « chose publique » en Haïti et de leur attitude consciente vis-à-vis de celle-ci. La chose (le Pouvoir, les biens, etc.) se dit publique, en ce que personne n?a sur elle un pouvoir de jouissance signifié par un titre déterminé. Celui qui entre en sa possession, peu importe les moyens, a sur elle un droit de jouissance absolu.
Maintenant, quant à la question de savoir à qui profite la crise, le journal suggère : « Le regroupement Convergence, nous a appris la presse américaine, a été monté à coups de millions par le parti Républicain américain, via l'Institut Républicain International (IRI). Elle aurait aussi l'assistance de certains secteurs démocrates conservateurs, si l'on en croit certains placards publicitaires parus dans la presse nord-américaine au profit de cette alliance politique haïtienne ». A la question de savoir pourquoi l'administration US ne serait pas pressée de mettre fin à la crise, le journal répond : « La situation actuelle présente un grand avantage stratégique pour Washington pour faire avancer son agenda en Haïti et l'obtenir à meilleurs frais : immigration clandestine, drogue, criminels déportés, dossier indépendance police et justice, et bien entendu l'alignement de l'économie haïtienne ».
II.- Et si la crise profitait à tous les protagonistes aussi bien qu?aux prétendus arbitres
L?usage abusif de la thèse de complot comme principe explicatif et, son corollaire, la désignation a priori des boucs émissaires conduit cette analyse à perdre en lucidité. En vérité, il faut croire que tous les acteurs significatifs de cette crise, haïtiens aussi bien qu'étrangers, y trouvent son compte. Sinon, la pression s'exercerait dans le sens de la résoudre sans tarder.
L?opposition
Commençons par l'opposition ! Si, comme le prétend le journal, elle est effectivement fabriquée de toute pièce et financée pour jouer ce rôle ; et si ce rôle n'est définie qu'en rapport à la crise ; la disparition de cette crise signifierait nécessairement l'entrée en crise de cette opposition elle-même.
Tout d?abord, cela entraînerait automatiquement la perte des financements qui permettent à ses membres d?avoir un certain train de vie particulièrement élevé. Ensuite, elle perdra son identité propre ? dans la mesure où celle-ci ne se construit que dans la crise qui pose le Pouvoir comme une entité à combattre en soi et pour soi. Autrement dit, les acteurs de l?opposition non seulement finiront par perdre les privilèges liés intimement au rôle actuel qu?ils jouent mais encore ne trouveront plus objectivement de sens à leur engagement politique.
Dans cette perspective, on comprend très bien que la cause qui fait que cette opposition s?oppose au Pouvoir est non pas uniquement le fait des fraudes électorales avérées du 21 mai, encore moins le fait de porter un projet socio-économique distinct de l?équipe au pouvoir, mais dans la logique de l?existence même de cette opposition. Et cette logique réside dans la volonté des bailleurs de fonds. Dans ce cas, les membres de cette opposition ne sont que l?instrument réel et actif de cette volonté. Autrement dit, ils existent non pas en tant qu?ils sont acteurs porteurs d?un projet politique déterminé dont ils visent la réalisation dans la société haïtienne, mais en tant que simples instruments ou choses entre les mains d?autres Acteurs pertinents. La volonté de ces derniers est bien évidemment étrangère à la volonté du peuple haïtien. Donc, ce n?est pas uniquement dans la résolution de ces contentieux électoraux qu?il faut chercher la solution.
Le Pouvoir
Quant au Pouvoir, il semble que ces acteurs ont également un problème d?identité. J?ai le sentiment, en discutant avec eux ou en écoutant leur déclaration dans les médias, que ces derniers se perçoivent davantage comme militants que comme hommes de Pouvoir.
J?appelle militant, un individu ayant des convictions se rapportant sur ce qu?il croit être Bien pour la société ; et qui adhère à un groupement qui est officiellement reconnu comme étant le dépositaire des valeurs fondant ses convictions. Cette adhésion signifie son soutien inconditionnel à un individu ou des individus habilités à agir à sa place. Autrement dit, un militant agit par procuration. Cela dit, le propre de tout militant est de ne pas être immédiatement responsable aussi bien de l?échec que du succès du plan d?action mis en ?uvre par le groupement. Il ne peut que se lamenter sur la nature des résultats obtenus.
Il semble que le militantisme puise son Essence dans une situation de crise. La crise politique en Haïti apparaît comme un facteur structurant pour le Pouvoir lui-même. Cette identité, fondée sur le militantisme, prend véritablement son sens dans une lutte contre un ennemi intérieur : l?opposition, et un ennemi extérieur : l?impérialisme américain ou la communauté internationale. La disparition de ces figures est de nature à entraîner également l?entrée en crise du Pouvoir qui ne parvient pas à se construire autour d?un projet politique pertinent. L?engagement de l?ensemble d?acteurs de ce Pouvoir se fonde sur une sorte de dévotion à un leader, dit historique et charismatique, en l?occurrence Jean-Bertrand Aristide qui jouit en réalité du pouvoir réel et effectif.
En outre, la persistance de cette crise permet aux membres du Pouvoir de se livrer à toutes sortes de rapines ou de trafics illicites, notamment le trafic de la drogue, d?armes, la contrebande, qui seraient plus compliquées à réaliser en temps normal. L?opacité dans la gestion de la chose publique aussi bien que la disparition des mécanismes de contrôle que cette crise génère favorise absolument les détournements de fonds. Jamais on peut être aussi riche par un bref passage au pouvoir qu?au cours de ces dix dernières années en Haïti.
Cette attitude des membres du pouvoir se situe dans le droit prolongement du mouvement social de 1986 dont se réclame le Pouvoir Lavalas. Il importe de noter que ce mouvement manifestait davantage le traumatisme de tout un peuple et la frustration de l?élite haïtienne face au régime duvaliériste que la volonté de construire véritablement un Etat-nation fondé sur les valeurs démocratiques modernes. Autrement dit, ce mouvement se construisait dans la réaction négative à un régime oppressif, et cela, indépendamment de tout projet de société fondé sur des principes ou valeurs universelles.
Ceci dit, pour les membres du pouvoir, le sens de leur action réside non pas dans la recherche de l?amélioration des conditions de vie du peuple haïtien, mais dans l?opposition à un ennemi désigné de celui-ci. Hier, cet ennemi prenait la figure des « tontons macoutes ». Aujourd?hui il est incarné dans la figure de l?opposition et de la communauté internationale.
Force est de constater que les slogans mobilisateurs (« makout pa ladan?l » hier, ou encore aujourd?hui « la pè nan vant la pè nan tèt », « Yon drapo la pè pou yon peyi la pè, etc.) du Pouvoir ne se réfèrent nullement aux valeurs qui sont au fondement de la République : liberté, égalité, propriété, sécurité, sûreté, etc., formalisées par le Droit et rendues effectives dans l?expérience quotidienne des acteurs sociaux par la Justice publique. Ce n?est pas un hasard si les grands dossiers comme ceux de la réforme du Droit et de la Justice, par exemple, sont laissés au bon soin des Américains, des Canadiens et des Français.
Les Américains et le reste de la communauté internationale
En ce qui concerne les Américains, de concert avec le reste de la communauté internationale, c?est une occasion inespérée d?asseoir leur domination unilatérale sur Haïti. Cette crise renforce absolument leur emprise sur le pays. Donc, il est tout à fait normal, pour dire les choses cyniquement, qu?ils l?alimentent.
Le peuple haïtien était contraint de payer financièrement son indépendance. Maintenant on le lui fait payer moralement. C?est à sa fierté que les détracteurs de toujours de l?indépendance haïtienne s?attaquent. Ils parviennent en effet à mettre le pays à genoux. Ainsi se trouvent justifier toutes les théories racistes selon lesquelles les noirs étaient des grands enfants et qu?ils n?étaient pas aptes à se diriger. Malheureusement, ils se servent des propres descendants de Toussaint, de Dessalines, de Christophe, etc., pour ce faire. C?est ce qui est le plus troublant.
En guise de conclusion
Je dirais que la solution ne pourra pas se trouver ailleurs que du côté du peuple qui saura certainement se ressaisir. Il y a certainement un long travail de démystification et d?explicitation des enjeux à faire. Il appartient aux intellectuels haïtiens de porter le débat au niveau des grands principes politiques et dessiner ainsi le contour de la future société haïtienne que l?on entend construire. Ce n?est qu?à partir de là que les partis politiques haïtiens pourront cesser d?être de simples clubs de vulgaires supporters du quelques potentats assoiffés de pouvoir pour devenir véritablement des organisations porteuses des valeurs et donc d?un modèle de société déterminé. Mais ce n?est là qu?un projet à long terme. A court terme, il faut, au nom de ces principes démocratiques, en appeler le plus rapidement possible au peuple pour trancher ces contentieux ; à moins qu'on décide d'exclure celui-ci une fois pour toute de la chose publique.
<FONT COLOR="#800080" SIZE="1" FACE="">Ce message a été modifié par Ayizan on 20 Mai 2001 at 04:17 AM</font>
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Old 05-22-01, 10:12 AM
william26
 
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Salut
Cette analyse me paraît assez pertinente. Jusqu'à présent, soit on jette la pière sur l'opposition, avec la complicitité de la communauté internationale, soit sur le Pouvoir. Dans tous les cas, les analyses tienaient unilatéralement une des parties pour entièrement responsable de la crise.
Autrement dit, c'est la première fois qu'on démontre avec beaucoup de talent comment des parties, ayant apparemment des intérêts antagoniques, peuvent tirer profit de la situation qui découle de leur affrontement. Finalement, la crise fournit aux protagonistes les possibilités de se maintenir non seulement dans leur position mais aussi dans leurs privilèges.
C'est dommage que cette analyse passe sous silence l'attitude de certains secteurs puissants de la société civile, notamment les commerçants, les banquiers, qui profitent pour racketter la population.
En fait seule la popilation souffre de la crise. C'est elle qui en paye la facture, dans la mesure où elle subit :
1) les caprices des commerçants qui fixent, à leur guise, les prix des marchandises;
2) l'arbitraire des banquiers qui fixent comme ils veulent, les taux de change;
3) la violence des zenglendo qui agissent en toute quiétude, voire avec la complicité du pouvoir;
4) la violence liée au phénomène de la drogue.
Je suis entièrement d'accord avec la conclusion de cet article, lorsqu'il affirme que la solution ne peut sortir que du côté du peuple. C'est dommage, qu'encore une fois, les élites de ce pays auront fait preuve de leur cécité et de leur incapacité à accompagner le peuple dans l'expression de ses aspirations.
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