Henry Kissinger a eu à dire que pour mieux résoudre un problème il faut l'avoir soi-même délibérément créé. Malheureusement ce personnage si sombre dans l'histoire de l'humanité a eu encore raison. Je me souviens avoir écrit sur un des forums de discussions que la Convergence a son maître ou ses maîtres. Donc que l'on négocie avec ses maîtres. Qu'Aristide cherche à négocier avec " l'internationale " avant de parler avec la convergence est un abc de la politique. Il n'est pas permis aux esclaves et aux " restaveks " de raisonner sur la liberté. Je disais aussi de ne pas chercher à résoudre une pseudo-crise (Lavalas-Convergence). Où en sommes-nous maintenant : les auteurs de la crise ont eu ce qu'ils ont voulu et comme par un bâton magique

n a trouvé une solution, sans que les soi-disant opposants aient participé à cette rencontre. Merci Mr. Henry Kissinger, tu nous as aidés à voir plus loin.
Lavalas doit se sentir vainqueur pour avoir obtenu maintenant la reprise de l'aide, l'une de ses priorités. Quand comprendra-t-on, fout tonè de Dye, que tout effort véritable de développement ne peut venir que de l'Haïtien. Le peuple a eu à souffrir pour rien. Il est temps qu'on dénonce cet état de chloroformisation de l'esprit des dirigeants Haïtiens. Je ne saurais croire que la vision lavalasienne pour le peuple haïtien ne s'arrête qu'à vouloir le nourrir et lui permettre de vaquer plus librement à ses occupations. Il faut qu'on fasse attention, car la valeur croissante accordée à la dimension économique et sociale de la vie collective tend à miner le projet politique constitutif de l'idée de nation.

Nous n'avons rien su profiter de cette pseudo-crise. Je croyais voir une chance dans cette pseudo-crise, car l'usualité des discordes sociales est parfois nécessaire car les meilleures lois, les plus appropriées et les plus suivies, sont celles qui sont nées de l'épreuve du vif désaccord entre les parties prenantes du conflit et de l'exigence éprouvée de les surmonter pour la sauvegarde de la vie civile, toujours est-il nécessaire de reconnaître la priorité de la nation par rapport á ses ambitions personnelles.

J'ai toujours dit que les Lavalassiens doivent se dire que l'existence du parti politique Lavalas dépend de la capacité du projet politique de ce parti à résoudre les rivalités et les conflits entre groupes sociaux selon des règles reconnues comme légitimes. Mais non, on a laissé le blanc décider de notre sort, au lieu d'arriver á rassembler les Haitiens " nan bòd tab la ". Tab la sanble krase. Oui Lavalas a échoué, pour n'avoir pas su canaliser les forces haïtiennes pour un développement endogène. Oui Lavalas a échoué, pour avoir misé sur l'aide internationale qui est plutôt géostratégique et économique, donc un instrument politique, plutôt qu'éthique, une aide qui est toujours en quête d'une légitimité mise à mal par la médiocrité de ses résultats. Si nous voulons sortir ce pays de cette pauvreté infra-humaine, il nous faut prendre d'autres voies et miser non pas sur l'aide internationale, mais sur la force productrice des Haïtiens eux-mêmes.

J'accuse aussi l'intellectuel haïtien, le bourgeois haïtien et l'opposition haïtienne qui n'ont pas su jouer un rôle progressiste et donner une solution démocratique nationale. Ils collaborent plutôt avec les pays occidentaux contre leurs propres frères en perpétuant une crise politique qui devient de plus en plus grotesque. Cette pseudo- crise est une confirmation brutale et frappante de l'infantilisme politique et de l'incapacité de toutes les sections bourgeoises et intellectuelles à résoudre les problèmes démocratiques et sociaux que la domination impérialiste et le sous-développement économique ont provoqué.


Devrait-on perdre l'espoir ? Non, une nation qui a porté dans ses entrailles des Charlemagne Péralte, des Dessalines , des Boukman ne saurait mourir. Les racines de l'arbre sont profondes. Il n'est pas toujours vrai, comme le croit La Fontaine, que la raison du plus fort soit toujours la meilleure...Je pense que notre lutte pour un avenir haïtien doit être d'abord culturel. La culture reste le seul vecteur de l'avenir pour toute communauté d'hommes voulant survivre. Oui, il nous faut une révolution culturelle. Nous Haïtiens, nous sommes constamment en exil par rapport à nous-mêmes. La négritude n'est pas notre chemin, comme le veut faire croire notre président Aristide. C'est l'action conjuguée des individus, paysans, créateurs, scientifiques, éducateurs et intellectuels haïtiens eux-mêmes qui sera déterminante pour une véritable révolution sociale et culturelle qui rétablira la place légitime du créole et de la culture vaudou dans l'affirmation identitaire des Haïtiens. Le développement est un état d'âme. Les mécanismes de développement ne sont pas seulement d'ordre technique mais surtout d'ordre culturel et religieux. J'ai constaté dans mes années à l'étranger que ce n'est pas le bon fonctionnement des institutions qui font marcher un pays, mais ce sont des hommes. Des hommes qui ont le même but, bien que différents de pensée. Ils ont réussi à créer un ordre dans leur société. L'ordre dans une société est une question d'homogénéité. Cette homogénéité doit se créer non pas dans le public , mais dans l'ombre. Et pour ce il nous faut la religion et la culture. Je sous-entends par une religion, un système de pensée et de faire, qui est adopté par un groupe de personnes et qui offre à l'individu un cadre d'orientation et un objet de dévotion. La fondation même de notre société nous a été enlevée, à savoir la religion. Rien d´étonnant que nous n'arrivons même pas à nous parler, puisque nous ne connaissons plus le sacré : l'amour du prochain et la confiance en l'autre. Nous oublions souvent que nous ne sommes pas seulement des individus avec des intérêts privés, mais aussi et surtout nous sommes membres d'une communauté sociale et politique. Il ne doit pas avoir de séparation entre le sacré et le profane, entre la religion, l'éthique sociale et la politique.


Parler de négritude, cette francitude colorée, comme moteur social, révèle d'un manque de compréhension de l' âme même de la négritude, qui n'avait pour but que de chanter l'éloge noir pour se faire accepter des blancs. Je suis conscient que plus nous saurons préserver notre culture africaine, plus nous aurons de chance de garder notre physionomie d'Haïtiens. Mais cela n'a rien à voir avec la négritude ? Je réclame une réhabilitation de la part africaine de l'âme nationale, mais tout en sachant que la libération de l'homme Haitien ne saurait être totale si elle n'inclut la valorisation du langage créole au même titre que la culture ancestrale africaine dont je me fais le chantre, et que j'estime être, à juste titre, l'affirmation de l'authenticité identitaire des Haïtiens.


Faisons Haïti 2004, une Haïti libre, indépendante, psychologiquement, économiquement et politiquement, Ainsi nous achèverons la lutte entamée par le cacique Henry, Boukman, Dessalines et continuée par Charlemagne Péralte. Evitons de tomber dans le piège du dollar, faisons confiance en nos frères et aimons Haïti plus que nous-mêmes.
Evitons le piège d'un développement qui tue haïtien Comme le dit Mazama: "De sauvages, il nous faut devenir civilisés; d'arriérés et primitifs, il nous faut devenir modernes; de sous-développés, il nous faut devenir développés, etc." Autant de pièges paradigmatiques qui confinent les aspirations du colonisé dans l'étroite jacquette conceptuelle que lui assigne le colonialisme.
Pour une nouvelle Haïti libérée.
Marco