Un trou béant et significatif dans le budget national !
Par Jean Érich René
Confier le pilotage d?une machine à quelqu?un qui n?a aucune formation et qui par surcroît n?a fait aucun apprentissage est une preuvre d?effronterie. On ne s?improvise pas chauffeur ni gestionnaire des biens publics. Les risques de l?amateurisme sont évidents et les conséquences énormes. La population haitienne est frappée par des calamités de toutes sortes. Voilà que le Jeudi 9 janvier Jean Bertrand Aristide a dénoncé une lacune de 2.9 milliards de gourdes pour l?Exercice 2001/2002, au cours d?une conférence donnée au Palais National.


En présence d?une telle catastrophe le Ministre de l?Économie et des Finances devrait s?expliquer par devant la Nation haitienne et le monde financier international afin d?inspirer un minimum de confiance aux investisseurs nationaux et étrangers. Le Président de la République par cette déclaration vient de s?octroyer un brevet d?incompétence et classer Haiti aux yeux des observateurs internationaux dans la catégorie des pays à risques financiers. Une lacune de 2.9 milliards de dollars est vraiment catastrophique.


Il faut appeler un chat, un chat et Minet un frippon. Ce déficit budgétaire est symptomatique de la gabégie administrative qui règne dans l?Économie haitienne. Il n?existe aucun contrôle des finances publiques. L?autorité monétaire est vassalisée par l?Exécutif. La Banque Centrale chargée de l?Émission monétaire exécute à volonté les dictées du Pouvoir Central qui ne manifeste aucun souci de l?équilibre du marché monétaire. Des avances de fonds sont faites sur la base des prévisions fiscales. Les entrées n?arrivent pas à répondre aux dépenses du gouvernement. L?équilibre est rompu.


Où sont passés ces 2.9 milliards de gourdes? Pourquoi Jean Bertrand Aristide veut-il endosser la responsabilité de ce déficit budgétaire? Qui s?excuse, s?accuse ! Est-ce qu?il revient au Président de la République d?argumenter sur les causes d?un déficit budgétaire de 2.9 milliards de gourdes! N?est-ce pas la respnsabilité du Président de la Banque de la République d?Haiti mandatée par les lois de la République pour gérer le marché monétaire d?expliquer cette hémorragie de 2.9 milliards de gourde . Les autorités monétaires doivent exposer clairement par devant la nation le bilan des opérations de l?exercice 2001/2002. Ainsi , on pourra relever le porte-feuille accordé à chaque poste du budget national et relever les causes de la fuite.


Jean Bertrand Aristide ne peut pas se contenter de déclarer de manière informelle i.e lavalassement que la moitié du déficit a été enregistrée dans la subvention des produits pétroliers. Les chiffres de 500 millions de gourdes avancés par le secrétaire d'Etat à la communication, Mario Dupuy, pour les mois d'octobre et de novembre 2002 inspirent de sérieux doute. Une simple ventilation des dépenses du Gouvernement au cours de cette période peut rassurer les esprits.
Des opérations arithmétiques élémentaires peuvent confirmer ou infirmer la thèse de la subvention des produits pétroliers. Les factures de commande sont là. Le prix unitaire achat et vente est connu. Les bons de livraison et les recettes totales ont été comptabilisés dans les cahiers des distributeurs pétroliers .On peut répérer aisément la marge de subvention accordée par l?État pour réduire le prix à la pompe puisque le marché pétrolier est un monopole.


Ce déficit budgétaire est localisé dans le calendrier exactement à l?époque des grands troubles politiques notamment l?Affaire Amyot Métayer. Un fameux coup de théâtre s?est produit et les rideaux sont tirés . La comédie a pris fin. Était-ce l?effet de 2.9 milliards de gourdes? Les nombreuses manifestations d?appui monnayées par le Gouvernement semblent avoir érodé une bonne part du budget. Tout compte fait l?Économie nationale n?est pas loin de s?effondrer avec des autorités monétaires à la solde du Pouvoir Central. Si on doit faire fonctionner la planche à billets pour satisfaire les dépenses de propagande du gouvernement l?inflation ne s?arrètera pas et la monnaie nationale deviendra des Zoreilles Bourriques.


Nous comprenons maintenant pourquoi le prix du gallon d?essence a été augmenté. On veut redresser la barque et combler le vide en taxant un produit noble la gasoline dont la demande est inélastique. Cette mesure pourrait tout aussi bien frapper le tabac, les cigarettes, l?alcool etc...En manipulant le levier fiscal pour rétablir l?équilibre budgétaire on augmente la chèreté de la vie. Le panier de la ménagère va subir les conséquences d?une inflation en tire-bouchon. L?excédent monétaire est une première cause. L?inflation sera accélérée par la disposition administrative irresponsable de Jean Bertrand Aristide d?augmenter le salaire minimum de 50%.
Le profit est l?objectif de tout entrepreneur. Une hausse de 50% du salaire minimum mathématiquement peut entrainer les hommes d?affaires à prendre trois décisions:
1.- Réduire de 50% le nombre d?employés en exigeant du personnel un rendement additionnel de 50%. Les dépenses en salaire resteront les mêmes mais la distribution sera différente.
2.-Augmenter le prix des produits de manière à pouvoir combler les dépenses additionnelles occasionnées par l?augmentation de 50% des salaires .
3.- Un mixage des deux solutions i.e révoquer un certain pourcentage du personnel et ajuster les prix des produits en conséquence est un scénario possible.
Dans les trois cas des retombées négatives seront ressenties sur le plan national. Ces trois solutions entraineront une augmentation du chômage, un rétrécissement de la bourse de la population nécessiteuse qui vivait déjà d?expédients. Les firmes nationales deviendront moins compétitives sur le marché mondial. Ces problèmes économiques vont avoir des incidences sociales désastreuses. Ce n?est pas un souhait. Ventre affamé n?a point d?oreille. On va assister à une remontée de l?insécurité et au déchainement de la violence.


Sur le plan international la déclaration de Jean Bertrand Aristide consacre la faillite de l?État haitien. Le Président de la République n?est pas un enfant ni un comédien. Les institutions financières internationales et les bailleurs de fonds internationaux ont entendu et intercepté le déficit budgétaire annoncé par le Premier Mandataire de la Nation. Ce n?est pas une plaisanterie et Aristide a été contraint à le faire avant que d?autres mesures soient prises. Les rapports d?échange deviendront plus serrés. La prime sur le risque pour les prêts accordés à Haiti sera plus élevée


En retour le prix des produits importés augmentera. Les intrants en devises et d?autres facteurs de production viendront augmenter le coût de la vie et réduire la marge bénéficiaire des entrepreneurs locaux. ? Les phénomènes économiques sont silencieux? nous dit Marshall. Toutes ces séquences funestes pour la population haitienne vont se dérouler dans l?indifférence des membres du Pouvoir Central et à l?insu du grand public qui ne va que ressentir les conséquences. Au lieu de taxer la gasoline , le gouvernement devrait corriger le déséquilibre en réduisant ses dépenses .


Les déplacements répétés de Jean Bertrand Aristide et de sa suite se font aux frais de la princesse. On n?a vu aucun président de la République en fonction effectuer autant de voyages que Jean Bertrand Aristide. Souvent il vole en avion privé. Chaque matin il doit prendre un hélicoptère pour sortir de sa résidence privée pour se rendre au Palais National et y retourner le soir. C?est un luxe qu?aucun Président de la République ne s?est jamais payé. Pour la première fois dans l?Histoire d?Haiti ce sont des Blancs qui assurent la sécurité du Président d?Haiti . S?il vous plait Charlemagnepéraltement.


Ces dépenses inutiles qui grèvent le budget national expliquent partiellement ce trou béant de 2.9 milliards de gourdes. Est-ce que cela peut continuer ainsi ! Dans tout pays sérieux le Ministre des Finances ou encore les autorités monétaires devraient tirer la révérence. Face à une faillite aussi criante le Président n?a pas à endosser la responsabilité. Il est le principal ressort de la bagatelle.Cette fois-ci l?Opposition n?y est pour rien.Aristide a donné la preuve de son incapacité. Sa démission pure et simple rentre dans la logique des décisions à prendre pour permettre au pays de respirer. Le peuple ne peut pas payer les conséquences de son incurie administrative.L?action publique doit être mise en branle !