Vers la guerre
Hans Blix a lu hier soir devant le Conseil de sécurité de l'ONU un rapport assez dur contre l'Irak. Le chef des inspecteurs aurait voulu donner aux Etats-Unis des prétextes suffisants pour lancer leur guerre colonialo-pétrolière contre Bagdad qu'il ne se serait pas exprimé autrement. Et pourtant, l'équipe onusienne en désarmement ? qui a pu visiter tous les sites qu'elle désirait ? n'a apparemment rien trouvé d'important. Mais Hans Blix soupçonne le régime de Saddam Hussein de cacher un certain nombre de choses. Le problème, c'est que l'on ne sait pas si les "indications" dont il a souvent truffé son discours sont des informations trouvées en Irak ou des "renseignements" fournis par les Etats-Unis.


Rien ne prouve en tout cas, selon le rapport, que l'Irak dispose d'armes de destruction massive et la coopération des Irakiens sur le terrain est jugée satisfaisante. Mais, ajoute Hans Blix, l'Irak ne dit pas tout et ne fait pas assez d'efforts pour clarifier les questions ouvertes. Cette absence de "coopération active" dénoncée par le chef des inspecteurs suffira aux Américains pour faire la guerre. A moins que Saddam Hussein ne comprenne l'avertissement non déguisé de Hans Blix.


Quant à Mohamed El Baradei, le chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique, il a été hier soir dans son discours beaucoup plus positif pour l'Irak. Il a déclaré que les inspecteurs avaient pu se rendre dans tous les sites suspectés et "qu'ils n'ont pas trouvé de preuve que l'Irak a recommencé son programme nucléaire". Il a même demandé plusieurs mois supplémentaires pour régler les "questions ouvertes". Mais les Etats-Unis, qui donnent l'impression d'avoir déjà décidé d'entrer en guerre, vont sans doute refuser d'octroyer ces quelques mois supplémentaires aux Irakiens.
Washington a déclaré hier par son ambassadeur à l'ONU que l'Irak ne donne aucun espoir qu'il va désarmer. Cela veut dire que la guerre aura sans doute lieu, avec ou sans l'ONU d'ailleurs. A moins que Saddam Hussein ne comprenne enfin qu'il n'aura pas droit à la présomption d'innocence et qu'il a avantage à montrer même le peu qu'il a.
Par Vincent Pellegrini