Intégrer la protection du patrimoine naturel à la lutte contre la pauvreté
La barrage des Trois gorges le 29 octobre 2005 (Photo Liu Jin/AFP/Archives)
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Un "Message de Paris", délivré jeudi en clôture de la conférence internationale "Biodiversité et coopération européenne au développement", rappelle qu'il n'est plus question de choisir entre protection de la nature et lutte contre la pauvreté.
Donateurs de l'Union européenne et pays destinataires étaient invités durant trois jours à réfléchir à l'impact des programmes et politiques de développement sur la biodiversité, lors d'une rencontre organisée par l'Union mondiale pour la nature (UICN) et la Commission européenne.
Dans les pays à faible revenu qui ne disposent pas de ressources pétrolières, 25% de la richesse nationale provient directement des ressources de la nature, selon l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), contre 4% dans les pays industrialisés.
"Dans les pays en développement, où les populations dépendent souvent très directement des ressources naturelles, la protection de l'environnement entre parfois en concurrence avec des besoins de développement accrus par la pression démographique", a remarqué la ministre française de l'Ecologie Nelly Olin devant les quelque 400 participants (représentants des Etats de l'UE et partenaires, ONG, organismes internationaux).
Rappelant que l'Europe "fournit plus de la moitié de l'aide au développement dans le monde", le Message de Paris, qui sera transmis par la présidence finlandaise de l'UE aux ministres des Affaires étrangères européens en décembre, suggère donc de "s'appuyer sur la biodiversité comme un atout pour réduire la pauvreté", notamment dans le monde rural.
Il prévient à l'inverse que ne pas le faire aurait "des conséquences directes sur les questions intérieures européennes, telles que migrations et sécurité".
Ibrahim Thiaw, directeur-général de l'UICN (qui regroupe depuis 1948 plus de 300 Etats, scientifiques et associations), avait rappelé à l'ouverture des travaux que "les migrants qui gagnent le nord (...) sont issus des régions les plus dégradées, comme le
Sahel ou Haïti".
L'UE, qui consacre à l'environnement 0,7% de son aide au développement (soit 50 M de dollars sur 7,14 Mds), a pour objectif "raisonnable" de lui en affecter 5%, a promis la ministre française déléguée à la Coopération Brigitte Girardin.
En un siècle, progrès et domestication de la nature ont été synonymes de pertes pour la biodiversité: modification de l'habitat naturel, barrages et modification des cours d'eau, surexploitation des ressources, changements climatiques et pollution sont les principaux moteurs de l'appauvrissement naturels.
Au rythme actuel, entre le quart et la moitié de toutes les espèces auront disparu d'ici la fin du siècle: c'est ce rythme là qu'il convient de freiner, estime l'UICN.
Ainsi, 1,6 milliard de pauvres sont fortement tributaires des forêts pour leur subsistance (sécurité alimentaire, santé, logement, énergie).
Or chaque année, 13 M d'ha de forêts cèdent la place à des terres cultivées - l'équivalent de la surface du Costa-Rica depuis 2002 - a rappelé Mme Olin en faisant valoir que "ces priorités à court terme, bien que légitimes (...) feront obstacle à long terme au développement".
Pourtant, la bataille de la biodiversité souffre encore d'un déficit d'attention, comparée à la lutte contre le changement climatique, ont déploré plusieurs participants.
La France a réitéré, à cette occasion, son souhait de doter l'environnement d'un cadre institutionnel fort et homogène avec la création d'une Organisation des Nations unies pour l'Environnement, proposée en 2005 par le président Jacques Chirac.