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Les confessions de Hillary LA FEMME D'UN ANCIEN PRESIDENT ZOZOLIER !
L'Express du 12/06/2003
Livre
Les confessions de Hillary
par Alain Louyot
Dans Mon histoire, publié en France chez Fayard, l'épouse de l'ex-président américain Bill Clinton raconte les années de lutte de son couple pour conquérir le pouvoir et le conserver contre vents et marées. L'Express publie des extraits d'un livre qui fourmille d'anecdotes et de révélations
© R. Tripett/Sipa Press
Bill Clinton s'explique à la presse sur l'affaire Lewinsky, le 26 janvier 1998. 


Il ne suffit pas de devenir First Lady pour se révéler une femme d'exception. A l'instar d'Eleanor Roosevelt, dont elle s'est inspirée pour se faire «une peau aussi coriace que celle d'un rhinocéros», ou de Jackie Kennedy, qui bravement se releva dans sa limousine, à Dallas, alors qu'ensanglanté son mari s'effondrait, Hillary Rodham Clinton a su, dans la tourmente, forcer l'admiration de ses compatriotes. «Si j'allais à la guerre, je voudrais que ce soit elle qui assure mes arrières. Elle ne fuira jamais un combat», dit de l'épouse du président volage le député Jim McDermott, psychiatre à Seattle. C'est qu'il lui en aura fallu, du courage, de la ténacité, mais aussi de la dignité, pour affronter tout au long du Monicagate les regards moqueurs, les plaisanteries salaces, les sarcasmes et, bien sûr, les trahisons. Mais cette brillante avocate, qui, alors qu'elle était étudiante en droit à Yale, tomba en 1971 éperdument amoureuse de Bill, n'attendit pas son entrée à la Maison-Blanche, en 1993, pour épauler son mari. Jusqu'à sa récente prestation de serment, le 4 janvier 2001, comme sénatrice de l'Etat de New York, Hillary lui a voué toute sa carrière. Au point qu'aux Etats-Unis certains évoquaient ce couple ambitieux sous le nom de «Billary» et que le futur président faisait campagne avec ce slogan: «Deux pour le prix d'un!» 

Les extraits
1 - Dîner en l'honneur de Jacques Chirac
2 - La poignée de main Rabin-Arafat
3 - Eltsine et la gastronomie...
4 - Hillary découvre «l'affaire Monica»...
5 - Impeachment 

C'est le récit de ces années de lutte commune pour conquérir le pouvoir suprême et le conserver contre vents et marées que fait aujourd'hui dans son livre, Mon histoire, publié en France chez Fayard, celle qui restera l'une des premières dames exceptionnelles de la première puissance du monde. L'Express propose cette semaine à ses lecteurs quelques extraits de cet ouvrage fourmillant d'anecdotes. Ils y découvriront notamment, intrigués, amusés ou parfois même émus, la complicité entre Hillary et Boris Eltsine; le soutien qu'apporteront Nelson Mandela et le dalaï-lama à la First Lady, blessée par la trahison de son époux; la répétition désopilante de la poignée de main historique entre Rabin et Arafat; l'art d'aplanir les différends politiques avec la France autour d'un homard au thym citronné et d'un velouté d'aubergines... La sénatrice Hillary Rodham Clinton, à qui beaucoup prêtent un destin national, n'est pas assurée de devenir un jour la première présidente des Etats-Unis, mais elle est d'ores et déjà certaine d'avoir flirté avec l'Histoire. 


Mon histoire, par Hillary Rodham Clinton. Fayard, 714 p., 25 euros.
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Dans l'intimité des Clinton
par Christopher Andersen
C'est un livre choc! Au terme d'une longue et minutieuse enquête, le journaliste Christopher Andersen raconte le couple Clinton. En exclusivité, voici les meilleurs extraits de Bill et Hillary, un mariage (éd. J.-C. Lattès) 

Monica le surnommait «Handsome» (le bel homme), «the Creep» (le salaud) ou, pour s'amuser, «Butthead» (tête de cul), selon son humeur. Elle le considérait comme sexuellement son âme s?ur et lui disait qu'elle l'aimait. «Cela me touche beaucoup», lui répondait-il, sans jamais préciser si lui l'aimait. «Je ne veux pas devenir accro à toi», lui susurrait le président. Les moments où se déroulèrent la plupart de ces divers épisodes, bien que confirmés sous serment par les principaux intéressés, défient tout simplement l'entendement. Leurs premières relations sexuelles eurent lieu le 15 novembre 1995, au pire de la crise gouvernementale - et de la crise budgétaire qui l'avait induite. La troisième fois, c'était le 31 décembre. Le président essaya de rompre le 19 février 1996, mais, un mois plus tard, il inventa avec elle une utilisation inédite du cigare. La relation sexuelle suivante se déroula le dimanche de Pâques, juste après la messe - quelques jours après que le ministre du Commerce, Ron Brown, un ami intime de Clinton, eut trouvé la mort dans un accident d'avion. Alors qu'ils parlaient au téléphone de la Bosnie déchirée par la guerre, Monica se rendit compte que Bill était excité et la conversation devint franchement sexuelle. Un autre jour, elle fit une fellation au président dans le bureau Ovale pendant qu'il discutait au téléphone avec le représentant du Congrès républicain, H. L. «Sonny» Callahan, du déploiement des troupes américaines en Bosnie. Une autre fois, elle lui prodigua la même gâterie alors qu'il parlait avec Dick Morris. Pendant que Hillary se trouvait en Irlande ou qu'elle faisait la Une des journaux, grâce à son voyage en Afrique avec Chelsea, le président, lui, recevait Monica Lewinsky. Bill était même capable de tromper sa femme sous son nez. Le lendemain des 17 ans de Chelsea, par exemple, Monica lui rendit cette visite fatale, celle où elle portait la fameuse robe bleue de chez Gap. 

Il laissait toujours la porte de son bureau ouverte pendant ces parties de jambes en l'air
Les rencontres passionnées de Bill et Monica, ainsi que les nombreuses autres, se passèrent presque toutes dans le petit bureau aux murs couverts de livres, meublé d'un rocking-chair en cuir et de sa grande mappemonde. Généralement, il s'asseyait dans le rocking-chair tandis que son invitée s'installait derrière sa table de travail, sur la chaise pivotante noire. Un portrait de John F. Kennedy était accroché à l'un des murs - témoin silencieux des ébats «inappropriés» de son successeur avec une jeune fille de vingt-sept ans sa cadette. 

Durant tous ces rendez-vous, Bill gardait sur son bureau la Bible ouverte au verset 9, chapitre VI de l'Epître aux Galates: «Ne nous lassons pas de faire le bien, car nous en recueillerons les fruits si nous n'avons pas failli.» En agissant de la sorte dans l'enceinte de la Maison-Blanche - malgré ses problèmes de dos et les béquilles dont il dut se servir - Bill imitait l'idole de sa vie à un point effrayant. Paradoxalement, dans le même temps, il commença à être jaloux de Kennedy, à s'indigner que celui-ci ait pu poursuivre ses ébats à la Maison-Blanche en l'absence de Jackie sans que cela porte à conséquence. «La presse a toujours couvert les Kennedy, se plaignait-il amèrement. Alors pourquoi, grands dieux! tiennent-ils tellement à me crucifier?» Parfois, Bill donnait l'impression qu'il recherchait cette crucifixion. Par exemple, il laissait toujours la porte de son bureau ouverte pendant ces parties de jambes en l'air - risquant donc d'être surpris, au choix, par les agents du Service secret, les maîtres d'hôtel, les secrétaires ou ses conseillers. En plusieurs occasions, Bill fut dangereusement près de se faire prendre en flagrant délit. 

Le 29 mars 1997, tandis que Hillary et Chelsea voyageaient en Afrique, Bill pénétra dans son bureau en s'appuyant sur ses béquilles et accepta, cette fois, d'aller plus loin que les caresses manuelles ou orales. Ce fut, au dire de Monica, leur dernier rendez-vous érotique. Deux mois plus tard, le 24 mai 1997 - le week-end du Memorial Day - Bill convoqua Monica dans le bureau Ovale. Elle arborait un chapeau de paille au lieu de son habituel béret et apportait, comme toujours, des cadeaux: une chemise de Banana Republic et un casse-tête. Convaincue qu'il l'aimait autant qu'elle l'aimait, Monica ne s'attendait absolument pas à ce que le président allait lui dire. A quelques mètres de là, alors que Hillary et Chelsea se baignaient dans la piscine de la Maison-Blanche, Bill s'enferma avec Monica et lui annonça la fin de leur liaison. Il avoua ensuite que sa vie entière avait été un tissu de mensonges. Même petit garçon, il avait mené une existence dont sa mère ne soupçonnait rien. Son mariage avec Hillary n'avait rien changé; au fil des années, précisa Bill, il avait accumulé des «centaines» d'aventures extraconjugales, vécues chaque fois avec remords. Il confia à Monica qu'à 40 ans il était si désespérément malheureux qu'il avait envisagé de divorcer. Mais qu'il s'était promis de s'amender et de faire des efforts, pour le bien de Chelsea. Arrivés à ce stade, Bill et Monica s'effondrèrent. 

«Tu es un homme tendre, tu as besoin que l'on t'aime et je pense que tu le méritE............................................ .
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«Tu es un homme tendre, tu as besoin que l'on t'aime et je pense que tu le mérites» 

Comme les innombrables femmes qui avaient traversé la vie de Bill, Monica ne pensait pas grand-chose de Hillary. Elle avait rencontré la First Lady et lui avait serré la main à plusieurs reprises. Lors des réunions publiques, Bill, avec Hillary à ses côtés, gratifiait Monica d'un sourire ou d'un petit signe de la main. En conséquence, il était compréhensible que Monica prenne la First Lady pour une «simple figurante» - une femme «brillante» dont le mariage avec un homme «brillant» n'avait de réalité que sur un plan intellectuel. «Certains jours, je me disais qu'ils allaient se séparer à la fin du mandat présidentiel et qu'il serait libre. A d'autres moments, j'acceptais purement et simplement le fait qu'ils étaient mariés pour l'éternité.» Monica avait surnommé Hillary «Baba», une abréviation de la babouchka russe. Bill choisit un autre jour férié, le 4 juillet 1997, pour lâcher une bombe supplémentaire sur Monica. Cette fois, Monica, qui avait été transférée au Pentagone, fut convoquée dans le bureau Ovale pour que Clinton la réprimande d'avoir menacé de révéler leur aventure à ses parents. «C'est illégal de menacer le président des Etats-Unis», la prévint-il. 

Sur ce, Monica se mit à sangloter et Bill s'approcha pour la consoler. Ils se caressèrent jusqu'à ce que Monica se rende compte qu'un jardinier travaillait juste devant la fenêtre. Ils se réfugièrent dans l'embrasure de la porte de la salle de bains. «J'aimerais tant avoir plus de temps à passer avec toi, murmura-t-il en la serrant dans ses bras et en passant la main dans ses cheveux noirs. J'aimerais avoir plus de temps à te consacrer. - Peut-être que dans trois ans... essaya-t-elle, pleine d'espoir. - Je ne sais pas. Dans trois ans, je serai peut-être seul.» Monica en resta interloquée. Voulait-il vraiment dire ce qu'elle espérait tant qu'il dise - qu'après la fin de son mandat il avait l'intention de divorcer de Hillary? «Je suis persuadée que nous formerions une bonne équipe, répondit-elle plutôt que de le presser de questions. - Oui, mais qu'arrivera-t-il quand j'aurai 70 ans et qu'il faudra que j'aille pisser trente fois par jour? - On s'arrangera.» La remarque désinvolte du président sur le fait qu'il pourrait bien «être seul dans trois ans» incita Monica à l'interroger plus avant sur la nature de sa relation avec Hillary. «Je sais que ce ne sont pas mes affaires, mais je crois qu'il existe un lien, entre ta femme et toi, que peu de gens peuvent comprendre. Je ne doute pas qu'il soit profond, mais je trouve qu'elle est froide. Tu as l'air d'avoir tellement besoin d'affection. La seule personne qui compte à tes yeux, c'est ta fille. Tu es un homme tendre, tu as besoin que l'on t'aime et je pense que tu le mérites.» (...) 

En ce jeudi 13 août [1998], Bill quittait donc le bureau Ovale pour faire le trajet long et solitaire qui devait le mener à la chambre de Hillary. Il ne pouvait pas lui cacher la vérité plus longtemps. Tout était vrai. Et bien qu'il ait continué à insister sur le fait qu'il n'avait pas eu une vraie relation sexuelle avec cette femme - pas de relation sexuelle sans pénétration, selon la définition de Clinton - il avait passé les limites. Bill n'entra pas dans les détails, mais il avoua qu'il mentait depuis le début. Et, tandis que la First Lady du pays, assise sur le bord du lit, l'écoutait, pétrifiée, le président des Etats-Unis s'agenouilla devant elle et lui demanda pardon en pleurant. Ce qui se passa entre Bill et Hillary ensuite, les employés de la Maison-Blanche et les agents de protection l'entendirent parfaitement. Alors que, par le passé, Hillary lui avait jeté à la tête des livres et même un cendrier - objets qui avaient tous atteint leur but - cette fois-ci, rapporte un des plus anciens conseillers politiques de Clinton, elle se leva et le gifla. Suffisamment fort pour que l'empreinte de ses doigts soit encore visible lorsqu'il quitta la chambre. «Pauvre imbécile, espèce de salaud», cria Hillary. Ces mots, hurlés avec une stridence à vous crever les tympans - stridence devenue familière pour le personnel de la Maison-Blanche au fil des années - résonnèrent entre les murs du West Hall. «Bon Dieu! Bill, comment as-tu pu tout risquer pour ça?» Mais il n'était pas dans la nature de Bill Clinton de rester silencieux face à la colère de sa femme. Il protesta avec véhémence, comme il le ferait devant le grand jury quelques jours plus tard, qu'il n'avait pas couché avec Monica Lewinsky et que, en conséquence, il n'avait pas commis d'adultère. Ce qu'il avait fait avec Monica Lewinsky - fellations, caresses et conversations érotiques au téléphone - n'entrait pas dans le cadre d'une activité sexuelle, selon sa définition plutôt étroite de la chose. «Je ne t'ai pas menti à ce sujet! l'entendait-on glapir derrière la porte. Je t'ai dit que je n'ai pas eu de relation sexuelle avec cette femme et c'est vrai!» 

Hillary dut faire appel à tous ses talents
de comédienne
Les cris et les hurlements durèrent encore un petit moment avant de s'arrêter aussi brusquement qu'ils avaient commencé. Epuisée physiquement et émotionnellement, Hillary s'assit lourdement sur son lit. «Comment allons-nous annoncer ça à Chelsea?» souffla-t-elle, sonnée. Chelsea, à l'exemple de sa mère, ne lisait plus aucun journal. Mais il était impossible que l'une ou l'autre échappe à l'impact de l'article du New York Times publié ce vendredi matin-là. La Une annonçait que, selon des sources bien informées de la Maison-Blanche, le président était sur le point d'admettre avoir eu une liaison avec Monica Lewinsky. Et pourtant, ce papa et cette maman ne se résolvaient pas à dire la vérité, toute la vérité à leur fille - pas encore. 

Le jour suivant, Hillary dut faire appel à tous ses talents de comédienne. «Ceux qui pensent que Hillary savait avant cette houleuse mise au point entre elle et son mari n'étaient pas là ce fameux week-end, affirme Linda Bloodworth-Thomason, la femme de Harry Thomason, son associée en affaires et amie du couple. Le premier étage de la Maison-Blanche était lugubre.» 


Hillary avait beau savoir que Bill n'avait pas le choix, qu'il devrait avouer avoir menti à propos de sa liaison avec Monica, elle avait besoin de temps pour trouver un moyen de s'en sortir. Pour elle et son époux. Elle l'avait sorti du pétrin un nombre incalculable de fois par le passé et elle pouvait encore le faire. Mais elle avait besoin de temps... Pour l'heure, en tout cas, elle se contenta de répondre aux amis qui l'appelaient en lui disant que cet article du Times n'était qu'un tissu de mensonges. Elle ordonna à ses avocats d'adopter le même discours face à la presse: son mari n'était pas sur le point d'avouer une liaison avec Monica Lewinsky. Le vendredi après-midi, la First Lady organisa, à contrec?ur, un anniversaire surprise pour les 52 ans de Bill. Elle n'avait pas le choix: la presse en avait fait mention quelques jours auparavant. Comme son anniversaire était le 19 août - cinq jours plus tard - le président put affecter la surprise quand la fanfare de la marine entonna un «Joyeux anniversaire!» au moment où il entrait dans le South Lawn en compagnie de Hillary. 

Ceux qui, dans la foule des invités, connaissaient Hillary, virent tout de suite que quelque chose clochait. La First Lady avait l'air épuisée, ravagée psychologiquement. Ses gestes à l'égard de son époux laissaient planer un gros doute sur ses sentiments pour lui. «J'ai cru qu'ils venaient juste de se disputer, se rappelle l'une des convives. Elle était tellement froide qu'elle nous glaça tous. En fait, quand je revois cette scène maintenant, je ne vois qu'une femme profondément blessée. Elle nous a à peine adressé la parole.» Hillary à ses côtés, le visage impavide, Bill marmonna quelques mots de remerciements, puis se pencha pour souffler les bougies de son gâteau d'anniversaire. «En soufflant les bougies, j'ai fait le v?u, avoua-t-il plus tard, que tout cela disparaisse.» 


Le lendemain, le président annula sa partie de golf du week-end et se terra toute la journée dans le bureau Ovale. Avec ses avocats, il y prépara, à la virgule près, sa déposition devant le grand jury. Chelsea se réfugia dans sa chambre, où elle s'épancha des heures au téléphone avec son petit ami, Matt Pierce. Hillary s'enferma aussi dans sa chambre et refusa de parler à qui que ce soit, hormis sa mère, Dorothy Rodham. Comme toujours, Mme Rodham, qui avait autrefois rêvé que sa fille deviendrait la première présidente de la Cour suprême des Etats-Unis, poussa Hillary à soutenir de toutes ses forces son époux. Vu les intérêts en jeu, il n'avait, en fait, jamais été question qu'elle ne le fasse pas. 

Le dimanche matin, les Clinton souriaient en saluant les photographes de presse massés devant l'entrée de la Foundry United Methodist Church. Hillary tenait ostensiblement la main de Bill. De retour deux heures plus tard à la Maison-Blanche, elle se lança dans une série de réunions pour établir la bonne stratégie afin de contrecarrer le procureur indépendant et sauver la présidence de son époux. «Ici commence la guerre totale», proclama-t-elle à la première session de la journée.
«Maman et papa passent un mauvais quart d'heure en ce moment. Pourriez-vous venir à la maison et prier avec nous?»
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06-18-03, 01:25 AM
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C'était du Hillary tout craché, dit aujourd'hui un conseiller de Clinton. Elle jetait toutes ses forces dans la bataille politique, repoussant tous les autres problèmes.» D'après une de ses amies de l'Arkansas, «Hillary ne voulait pas laisser Starr assassiner son mari. Elle le voulait vivant pour lui faire la peau plus tard». 
Bill était trop préoccupé par ses propres problèmes pour se rendre compte à quel point Chelsea, selon l'un de ses confidents à Stanford, était «anéantie» par l'aveu de son père et de son infidélité. Contrairement à ce qu'il raconta au peuple américain, le président ne demanda pas pardon à sa fille. En fait, il ne parla même pas à Chelsea de cette histoire, et Mme Clinton était bien trop furieuse et humiliée pour le faire. Chelsea fut donc plus ou moins laissée à elle-même. Et elle apprit ce qui se passait en regardant les actualités à la télévision. Comme tout le monde. C'est au cours de ce week-end crucial que la stratégie suivante fut arrêtée: la seule façon d'étouffer un tant soit peu le scandale était, pour le président, de le considérer comme une affaire strictement privée. «Pas un problème présidentiel, dit un compagnon de route démocrate, mais un problème personnel.» Avant même la confession publique du président, il fallait fournir au peuple américain quelques images, volées en coulisse, d'un mari et d'un père contrit qui tentait d'arranger les choses avec sa famille. 

Jesse Jackson choisit, fort à propos, ce moment-là pour téléphoner à Chelsea à la Maison-Blanche et lui demander si elle avait besoin de son aide. Le révérend l'avait appelée plusieurs fois à Stanford depuis le Super Bowl et ils avaient tous les deux prié ensemble. Cette fois-ci, la voix de l'adolescente tremblait d'émotion au bout du fil. «Maman et papa passent un mauvais quart d'heure en ce moment, dit-elle en avalant ses larmes. Pourriez-vous venir à la maison et prier avec nous?»
Ce soir-là, Jackson, fervent supporter de Clinton, prit avec fougue la défense du président en direct sur CNN. Dès qu'il fut hors d'antenne, à 10 h 30, il s'engouffra dans une limousine du gouvernement et rejoignit la Maison-Blanche. Un agent de protection l'escorta directement jusqu'aux appartements privés, au deuxième étage.
Hillary et Chelsea, toutes deux en jogging - leur tenue habituelle pour un dimanche soir à la maison - vinrent à la rencontre du révérend dans le West Hall. Elles avaient les traits tirés et Jackson vit tout de suite qu'elles avaient pleuré. Après une longue accolade, ils traversèrent tous trois tristement le Center Hall en direction de la Yellow Oval Room. Selon la description que Jackson fit d'elles, plus tard, elles étaient «anéanties». Plutôt que de perdre du temps à les consoler, il attaqua immédiatement en leur rappelant que même les plus grands personnages de la Bible avaient été soumis à la tentation. 


«Vous vous demandez comment Bill a pu commettre une telle erreur, alors qu'il jouit de tout ce pouvoir? commença Jackson. Et le roi David, alors? C'était un enfant prodige. Qui vainquit Goliath. Le plus grand roi d'Israël. Et un excellent musicien. Tout comme Bill. Et pourtant, n'a-t-il pas succombé à Bethsabée? Et Samson, avec sa force inouïe et ses dons multiples, n'a-t-il pas, lui aussi, succombé à l'appel de la chair quand il s'est trouvé face à Dalila?» «La vraie foi, continua le révérend, n'est mise réellement à l'épreuve qu'au milieu de la tempête. Et c'est exactement ce dont il est question: de la foi. La foi et l'amour inconditionnel.» 

Peu avant minuit, le président entra dans la pièce et serra la main de Jesse Jackson en le remerciant d'être venu. «Il faut dire, commenta Jackson plus tard, qu'il paraissait embarrassé. Mais Hillary, elle, devait affronter l'humiliation qu'impliquait cette histoire.» Une fois de plus, Jackson trouva un parallèle biblique: «La différence ici, c'est que Kenneth Starr se prend pour Dieu grâce aux fonds publics.» Hillary, surprise par cette audacieuse comparaison, ne put s'empêcher d'éclater de rire. Plus que tout, et plus que quiconque, elle haïssait Starr; avec une force inégalée même par son mari. «Où, grand Dieu, s'exclama-t-elle, avez-vous trouvé celle-là?» Bill ne trouva pas cela aussi amusant. «La famille a besoin de la compassion du Seigneur», rappela-t-il gravement. Mais pas lui, visiblement, puisqu'il disparut immédiatement pour rejoindre dans le solarium du deuxième étage Harry Thomason, qui, une fois encore, avait abandonné son empire audiovisuel le temps de venir en aide à son ami assailli de toutes parts. Cependant, Clinton avant de les quitter se pencha vers le révérend pour lui demander de s'entretenir un petit moment avec sa fille. «Je crois qu'elle est très désorientée par tout ce qui se passe, lui glissa le président. Si vous pouviez juste lui faire comprendre que ce sont des choses qui arrivent...» Hillary ne tarda pas à aller se coucher, laissant Jackson seul avec Chelsea. Jackson savait, bien sûr, qu'«à l'âge de 19 ou 20 ans elle était forcément avertie. Elle avait vu des vidéos, regardé la télévision, écouté des chansons. Elle ne pouvait ignorer la dimension sexuelle du mariage et elle savait donc ce qui se passe concrètement». Jackson commença en comparant les parents de Chelsea à Adam et Eve. Leur décision de défier Dieu en mordant dans le fruit défendu fut le tout premier acte de dissimulation, expliqua Jackson. «La morale de cela, déclara-t-il à Chelsea, est qu'ils n'auraient pas dû, au départ, parler au serpent!» 

Bill et Hillary, un mariage, par Christopher Andersen. Traduit de l'américain par Florence Mortimer et Isabelle Deparis. J.-C. Lattès, 320 p.
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