Jacques Kétant fait ses premières révélations
D'après le Journal Haïti Observateur du 9 au 16 Juillet 2003
Aristide est le patron d'une entreprise... Lui et d'autres s'assurent que soient obéïs les directives...
Les mots d'ordre sont exécutés par le biais d'Oriel Jean( Chef de la sécurité présidentielle) qui décide du sort des victimes...
8 Juillet 2003 ( SOURCES COMBINEES)
Si Jacques kétant, le trafiquant de drogue récemment livré à la justice américaine par Jean-Bertrand Aristide, partage avec Jean-Robert Faveur, l'ancien directeur a.i de la Police Nationale d'Haïti (PNH), quelque chose de commun, réfugié aux Etats-Unis après avoir démissionné de son poste, à peine trois semaines après son investiture, c'est la même idée qu'ils se font du baron de Tabarre, considéré comme étant le " maître des vies et des biens" en Haïti. Ayant échappé de justesse et par chance à une mort certaine à Ti Tan yen, localité située sur la Nationale numéro 1 (Sources Puantes) dont une zone est transformée en charnier par les régimes précédents et utiliséé encore à de telles fins par le régime Lavalas, où il était transporté, dans un premier temps, ce caïd des substances illicites fait, comme on s'y attendait, des aveux compromettants pour l'ancien vicaire de Saint-Jean Bosco.


En effet, selon le témoignage d'un personnage proche des enquêteurs fédéraux, Jacques Beaudouin Kétant " Chante comme un rossignol". Ses premières révélations concordent avec celles faites par d'autres " témoins à charge retenus" par les autorités fédérales ayant pour tâche de compléter le lourd dossier du trafic de la drogue en Haïti, afin de traîner par-devant la justice américaine les grands manitous haïtiens dénoncés au cours des derniers interrogatoires des trafiquants. Il faut préciser immédiatement que, dans le traitement de cas touchant le commerce des stupéfiants, les procureurs ont du pain sur la planche. Puisque, selon des sources crédibles, plus d'une vingtaine sont concernées. Quant à Jacques Beaudouin Kétant, qui devait se présenter à une audience par-devant un juge fédéral, aujourd'hui (mercredi 9 juillet), l'étau s'est relâché un peu, dans la mesure où, contrairement aux premiers jours de son incarcération quand il a été tenu sans communication avec le monde extérieur, il est maintenant autorisé à recevoir la visite des siens. Ce qui tend à confirmer l'existence d'une " heureuse collobaration" avec les autorités fédérales.


" Je travaille pour Aristide. C'est lui le patron...."


D'entrée de jeu, apprend-on de source autorisée, Jacques Kétant a clairement établi pour ses interrogateurs les contours de la hiérarchie du commerce de drogue en Haïti. A en croire des sources proches des enquêteurs fédéraux, il affirme qu'il lui serait impossible de se livrer à cette activité sans l'assentiment du président Aristide. Il aurait dit, fait-on savoir " Je travaillais pour Aristide. C'est lui le patron". Dans la même foulée, il invite les autorités à comparer ses déclarationsaux aveux d'autres témoins déjà appréhendés et soumis, comme lui, à des interrogatoires intenses. Dans le cadre du traffic de la cocaïne en Haïti, ce caïd aurait expliqué les tâches qui étaient assignées, comme par exemple, " le paiement de toute l'administration publique de Pétion-Ville ", responsabilité qu'il partageait avec son frère Hector exécuté récemment par des policiers, sur les ordres du baron de Tabarre. Tandis qu'il avait juridiction sur Pétion-Ville, pour de telles tâches, dit-il, " d'autres amis encore sur place ont leurs zones d'opérations ailleurs". Tel constituait le procédé mis en place par le pouvoir pour payer les employés de l'Etat, particulièrement depuis que les bailleurs de fonds traditionnels continuent de tenir la dragée haute à l'équipe dirigeante en Haïti. De telles révélations confirment les accusations faites par Judith Tronzo, responsable des relations publiques, à l'ambassade des Etats-Unis en Haïti. Elle avait déclaré que le régime Lavalas utilisait des fonds provenant du traffic des stupéfiants pour payer les fonctionnaires de l'Etat.


" Les consignes d'Aristide par Oriel Jean"


Par souci de se protéger contre d'éventuelles accusations, Jean-Bertrand Aristide fait exécuter ses ordres, de quelque nature que ce soit, par Oriel Jean, le chef de sa sécurité rapprochée. " Il a la responsabilité de faire et de défaire, il passe des ordres ", dit-il. Jacques Kétant impute directement à Oriel Jean " La responsabilité de la mort de beaucoup de gens et la vie sauve à bien d'autres. Mais quand il est décidé d'exécuter l'ordre du président, rien ne l'arrête". Pour illustrer ce phénomène, Jacques kétant cite le cas d'un citoyen possédant une luxueuse villa à Péggy-Ville ( région de Pétion-Ville) évaluée à 800 mille $ U.S. Un jour , précise-t-il , Oriel Jean s'approcha du propriétaire pour lui , sans expliquer le pourquoi : " Prezidan an bezwen kay ou a ( Le président a besoin de votre maison)" Se sentant, dans un premier temps, outragé par cette demande, le citoyen en question a, le plus naturellement du monde, repoussé la proposition d'Oriel Jean, qui lui répondit alors : " Se kay ou ou osnon la vi-w ( C'est votre maison ou votre vie) " .


Face à une telle situation, sachant que Oriel Jean représente directement et est autorisé à exécuter aveuglément ses ordres, Jacques Kétant dit être intervenu auprès du propriétaire afin de lui expliquer concrètement l'enjeu de la démarche du chef de la sécurité rapprochée du chef de l'Etat. Jacques Kétant dit être intervenu dans l'affaire rien que pour sauver la vie à cet homme. C'est pourquoi, explique-t-il, il finit par le persuader d'accepter 400 mille $ U.S de sa part " au nom du président ". Il affirme avoir tiré cette valeur de ses fonds personnels pour conclure l'affaire pour le compte du chef de l'Etat. En même temps, souligne-t-il, " C'était une façon de rester dans les bonnes grâces du chef ".


Soulignons en passant qu'il s'agit d'une pratique courante, au sein de la mafia de la drogue en Haïti, faire des acquisitions de grands prix ( villas, véhicules, terres) qui sont données en cadeaux au président. A cela, Jacques Kétant ne serait point l'unique pourvoyeur de millions au baron de Tabarre.
" La générosité des barons s'étend aussi à la hiérarchie de la PNH "


Comme dit le vieil adage, " C'est par la tête que pourrit le poisson ". De même, on ne peut pas espérer voir des subalternes se comporter mieux que leur chef. Quant Jacques Kétant et les autres barons de la drogue gavent des millions et de cadeaux de grands prix Jean-Bertrand Arsitide, comment un commissaire de police peut-il résister à une telle tentation? Surtout dans un pays comme Haïti où -- cela va de soi -- une telle façon d'agir devient de plus la norme? En tout cas, dans son interrogatoire, qui continue encore, Jacques Kétant cite le cas de Mompremier ( 13 ième promotion de la PNH) actuel commissaire de Delmas ( une rectification pour le journal qui a mis commissaire de Pétion-Ville), qui possède une fastueuse villa à Peggy-Ville, cadeau d'un caïd de la cocaïne. Cette marque de générosité à l'égard du responsable du commissariat de Delmas est un geste courant qui se justifiepar le souci des gros trafiquants d'avoir les coudées franches sur le terrain et de trouver, au besoin, une prompte assistance de la police en matière de protection. De l'avis de Kétant, cette assistance intervient é galement en d'autres circonstances qu'il n'a pas spécifiées;


" L'exécution de son frère: Une affaire montée par Aristide de concert avec ses inconditionnels de la PNH"


Pour mieux expliquer le rôle joué par le baron de Tabarre, dans le trafic de drogue en Haïti; Jacques Beaudouin Kétant a décrit les conditions dans lesquelles a été exécuté son frère aîné, Hector kétant, 43 ans, au début du mois d'avril, par des policiers. Contrairement au motif évoqué dans la presse liant l'exécution d'Hector à la cocaïne débarquée sur la " Route 9 " ( au niveau du Cité Soleil), quelques semaines plus tôt, il affirme que l'arrêt de mort de son frère était la conséquence d'une forte somme d'argent qu'il avait envoyée au baron de Tabarre par l'entremise de deux policiers qui ne lui avaient pas remis la totalité de la valeur expédiée. Avant de fournir les détails entourant l'exécution d'Hector, il a estimé nécessaire d'élucider la question de l'atterrissage de cet avion colombien, en plein jour, sur la Route 9, non loin de Cité Soleil, avec à bord une importante cargaison de cocaïne. Selon lui, " C'est le président lui-même qui nous avait assigné cette tâche, à Hector, mon frère ( de regréttée mémoire) et moi-même" . Certes, les deux frères Kétant, assistés d'un contingentde policiers sous la direction de l'ancien chef de la brigade haïtienne anti-drogue, François Jeannot (depuis réfugié à Orlando en Floride) . Hector et Jacques , l'un au nord et l'autre sud, immobilisaient le trafic de véhicules pendant quatre heures, ayant mené sans encombre cette opération au vu et au su de tout le monde. Jacques Kétant a expliqué que son frère aîné trouva la mort quelques semaines après cette affaire. Et des témoins affirment qu'il a expliqué l'exécution de son frère aux autorités fédérales de la manière suivante: " Hector devait envoyer une forte somme d'argent à Aristide, qui se situe entre 500 mille $ U.S et 700 mille $ U.S. Après avoir remis la valise contenant le magot à Rudy Terrassan ( actuel directeur du BRI ou Brigade de recherche et d'investigation de la PNH , le Mari d' Hermione Léonard directeur de la Police du département de l'Ouest) et François Jeannot ( ex-chef de la brigade haïtienne anti-drogue), il est parti pour plaisance (Sud). Le magot fut à l'ancien prêtre amputé d'à peu près 100 mille $ U.S. De retour de Plaisance, le président appela Hector et lui tint à peu près ce langage: " ki sa ou fè-m konsa? Apa ou penchen lajan-an ? " Hector de répondre: " Prezidan , lajan an pat manke senk kòb lè-m te renmèt li-a . Mwen te voye pake yo an lo 100 mil dola. De je kontre manti kaba, prezidan m'ta mande-w mete-m fas a fas ak yo pou-n klarifye sa ! " Et Jacques Kétant d'ajouter: " Ces deux messieurs l'ont exécuté, sous les ordres d'Aristide, disent-ils. Et je ne pouvais pas protéger mon frère".


Conseillé sans doute par ses avocats, ce barron se déclare " disposé à tout révéler, à dire toute la vérité. On n'a qu'à comparer mes révélations aux aveux faits par d'autres témoins ".
" Echappé de justesse et par chance à une mort certaine à Ti Tanyen "


Dans son cachot à la prison fédérale, à Miami, Jacques Kétant réfléchit comment, par chance et de justesse il, fut arraché à une mort certaine à Ti Tanyen où, sous les ordres d'Aristide, il était conduit pour être exécuté. Selon lui, la vraie version de son arrestation, ce mardi soir du 17 juin 2003, est celle rapportée par une personnalité proche des enquêteurs fédéraux: " Le président m'avait appelé pour me demander de venir en sa résidence privée parce qu'il avait besoin des gens importants à rencontrer, ayant eu soin de me suggérer de m'habiller élégamment. Comme annoncé, Rudy Terrassan vint me chercher. Mais au lieu de prendre la route en direction de la villa de M. Aristide, il prit un détour et je me trouverai sur une piste d'atterrissage où un hélicoptère attendait. Ayant décollé, l'appareil prit la direction nord et se posa à Ti Tanyen. Je compris vite ce qui allait se passer et commençai à courir. Alors une voix héla et me dit : " Ne fais pas ç a, nous avons un contre-ordre du président ". Sur ces entrefaits je fus emmené à Tabarre où m'attendaient les hommes qui devaient m'emporter ".


" Pito lakwa al lakay ou pase li vin lakay mwen..."


Les relations d'amitié, d'affaires et de convivialité que Jean-Bertrand Aristide avait avec Jacques Beaudouin Kétant se terminent cet instant où l'ancien vicaire de Saint-Jean Bosco se trouva dans l'obligation de trahir définitivement le parrain de sa fille aînée ( et non la cadette comme annoncé auparavant). En langage vernaculaire on dirait : " Pito lakwa al lakay ou pase li vin devan lakay mwen". En effet, arrivés à la villa d'Aristide à Tabarre où se posa l'hélicoptère à bord duquel ils se trouvaient, les marshals fédéraux, accompagnés d'agents de la Drug Enforcement Agency (DEA), furent introduits dans la salle où attendait le prêtre défroqué, qui annonça l'arrivée de Kétant dans quelques minutes, bien que sachant que le cadavre de Jacques Kétant allait se confondre parmi tant d'autres abandonnés par les policiers d'Aristide au charnier de Ti Tanyen. Avertiede la perfidie du baron de Tabarre, le chef de la brigade chargé de la mission de ramener Jacques Kétant en territoire américain lança l'avertissement suivant à Aristide: " Nous avons reçu l'ordre formel de ramener Jacques Kétant. Si cela est impossible, c'est vous que nous prenons à sa place. " Immédiatement, Jean-Bertrand Aristide prit un téléphone et composa un numéro. C'était sans doute l'instant où fut reçu le " contre-ordre venu du président". Et moins de cinq minutes plus tard, l'hélicoptère arriva à son tour à Tabarre. Rentré en compagnie de Rudy Terrassan, Jacques Kétant se vit immédiatement passer les menottes par les agents fédéraux qui avaient comme fait prisonnier le président. Alors, dit-il, il devait entendre ces paroles d'Aristide qui lui inspirent le dégoût aussi bien que le regret d'avoir attendu aussi longtemps pour exposer cet homme au public: " Monchè, mwen byen regrèt sa. Jan sa ye la a, se swa ou men-m ou mwen men-m. Donk ou konpran-n" .


" Des leçons pour trafiquants de drogue et tueurs à gages"


De toute évidence, le sort dont est victime Jacques Beaudouin Kétant contient des leçons pour tous les trafiquants de drogue et tueurs à gages évoluant dans l'orbite du pouvoir. Ce qu'ils prennent pour l' " amitié présidentielle " leur conférant des pouvoirs étendus, au point qu'ils se considèrent comme des intouchables, ne sont qu'un leurre. A l'instar de ce trafiquant, ils sont tous sujets aux caprices du baron de Tabarre, qui n'hésiterait pas une seule minute à les sacrifier, par l'assassinat ou la prison, une fois que ses intérêts lui imposent de telles dispositions. Aujourd'hui exécutant des basses oeuvres d'Aristide, rien ne pourra empêcher qu'ils soient offerts comme " agneau expiatoire " par ce même Jean-Bertrand Aristide. A la lumière des premières révélations de Jacques Kétant, on ne peut que souhaiter que les bandits qui occupent le haut du pavé en Haïti (tous formats confondus) et qui entretiennent la corruption tout en multipliant les actes illégaux, les abus de pouvoir et vilotations des droits de l'homme soient finalement appelés à répondre de leurs méfaits devant une entité compétente pour leur dispenser une justice à la mesure de leurs forfaits. A coup sûr, Jacques Kétant et tant d'autres se faisaient tirer les ficelles. Ces derniers ne doivent pas continuer à rire à la barbe de la justice.