Les images de Palestiniens arrêtés et humiliés ont choqué en Israël.
Par Alexandra SCHWARTZBROD
Jérusalem de notre correspondante


es autorités israéliennes ont d'abord cru qu'elles avaient gagné la bataille médiatique. Pour faire oublier les différents revers subis par Tsahal dans les territoires, notamment lors des attaques de check points, elles diffusaient dès samedi les images de centaines de prisonniers palestiniens adossés au mur d'une école du camp de Tulkarem, mains sur la tête, vaincus. Peu importait pour beaucoup que certains n'aient pas 15 ans. L'essentiel était de montrer à une population israélienne pétrifiée par la succession des attentats que les «terroristes» nourris par les camps de réfugiés n'avaient pas résisté plus de quelques heures. «Israël gagne temporairement la guerre des images», analysait dimanche Amos Harel dans le quotidien Haaretz. Lundi, les images sont devenues plus troublantes: dans une usine désaffectée de Bethléem, la Ville sainte, les prisonniers du camp de Dheisheh étaient montrés les yeux bandés, les mains attachées dans le dos. Et les détails ont commencé à abonder. Dans la masse des Palestiniens arrêtés à Tulkarem, trente étaient des militants recherchés et cinq seulement étaient impliqués dans des activités terroristes.


Shoah. Hier, la «victoire» médiatique s'est transformée en désastre quand le chef d'état-major de Tsahal a ordonné à ses troupes de ne plus inscrire de numéro sur les bras des Palestiniens faits prisonniers, accédant à la demande du député Tommy Lapid (parti centriste Shinouï), un rescapé du génocide juif. «J'ai dit au chef d'état-major que le fait d'inscrire des numéros sur le bras de détenus est insupportable pour quelqu'un qui a échappé à la Shoah», avait affirmé celui-ci. Le porte-parole de Sharon a lui-même dû concéder que la pratique de l'armée «passait mal dans les médias». «Il faut trouver un autre moyen d'identification des détenus», reconnaissait-il.


Lundi soir, Arafat avait accusé l'armée d'avoir traité des prisonniers en Cisjordanie de manière comparable aux agissements des nazis contre les juifs. «Ce n'est franchement pas ce qui se passe de pire dans les territoires, tempère l'expert militaire israélien Martin Van Creveld. C'est vrai que les images des prisonniers palestiniens ne sont pas belles à voir, mais la guerre n'est jamais belle à voir... Comment voulez-vous vous occuper correctement de centaines de prisonniers si vous ne leur donnez pas à chacun un numéro?»


Violations. L'organisation israélienne des droits de l'homme, B'tselem, ne se montre pas aussi compréhensive. «L'armée israélienne a perdu tout sens moral», accuse-t-elle, soulignant que, depuis le début de l'invasion des camps de réfugiés, Tsahal a tué des dizaines de Palestiniens désarmés, y compris des enfants et des personnels médicaux. «Après l'invasion du premier camp, les dirigeants israéliens ont très bien compris le prix que devait payer la population civile. Et, pourtant, ils ont poursuivi leurs actions, qui constituent de très graves violations des lois humanitaires internationales.» Hier soir, 90 prisonniers palestiniens étaient encore détenus par Tsahal.