Thierry Oberlé
Didier Ratsiraka, le président sortant malgache, a-t-il encore un avenir ? Il est permis d'en douter. Car si deux légitimités s'affrontent depuis un mois et demi, l'une d'elle, celle de Marc Ravalomanana, maire de Tananarive et chef de l'opposition, prend progressivement le pas sur celle de l'ancien homme fort de l'« île rouge ».
Vainqueur du premier tour de la présidentielle du 16 décembre en dépit des trucages de son adversaire, Marc Ravalomanana, président autoproclamé, a pris le contrôle au cours des dernières semaines de la plupart des lieux symboliques du pouvoir. Bien sûr, le pays a en théorie deux présidents et deux capitales. Marc Ravalomanana et son gouvernement ont investi les ministères à Tananarive, la capitale administrative et politique, Didier Ratsiraka et les siens se sont repliés sur Tamatave, le grand port côtier. Mais en obtenant le soutien de la majorité des forces armées, Marc Ravalomanana est en train de faire basculer la décision.



En se rangeant globalement derrière Marc Ravalomanana, le « roi du yaourt », les militaires ont rendu le rapport de force irréversible. Selon des estimations confirmées par les milieux diplomatiques, environ 80% des membres de l'armée ont pris position en sa faveur. La semaine dernière, plus de 200 officiers, dont une vingtaine de généraux, lui ont fait publiquement allégeance. Le camp de Didier Ratsiraka est réduit à s'appuyer uniquement sur des troupes d'élite et sur quelques fidèles d'autres unités. Longtemps restée neutre dans le conflit entre les deux postulants à la présidence, l'armée s'est toujours voulue garante de la paix civile.



Son absence de moyens en hommes comme en matériel a sans doute pesé dans ce refus de s'ingérer dans les affaires politiques. La personnalité de l'ancien ministre de la Défense Marcel Ranjeva, un homme modéré et respecté du clan Ratsiraka, qui a démissionné vendredi, a également joué un rôle déterminant dans la passation de pouvoir en douceur. Son départ a confirmé la désagrégation du camp du président sortant.
Lundi, le « nouveau » ministre de la Défense du gouvernement Ravalomanana, le général Jules Mamizara, qui s'était installé vendredi dernier dans les locaux du ministère, a été contraint de négocier avec des militaires soutenant toujours le président Ratsiraka, pour pénétrer dans l'immeuble. Les officiers pro-Ravalomanana en uniforme et sans armes ont alors entrepris de former un barrage humain devant trois capitaines opposés à leur mouvement et une vingtaine d'hommes de troupe, campant l'arme au pied, qui ne sont pas intervenus.
Il ne reste plus à Didier Ratsiraka qu'à brandir l'arme du blocus de Tananarive pour durer. Mais les barrages dressés par les partisans de l'« ex-amiral rouge » sur les routes de la capitale commencent déjà à se désagréger. La bataille économique n'aura probablement pas lieu faute de combattants. Poussé peu à peu vers la porte, Didier Ratsisraka n'a plus d'autres choix que de négocier une sortie honorable.