Selon le document de justice, l?ancien Premier ministre Yvon Neptune incarcéré depuis plus d?1 an est responsable de l?assassinat d?un groupe d?opposants au régime du président Jean Bertrand Aristide quelques jours avant la chute du gouvernement.
L?ordonnance de clôture du juge d?instruction de St-Marc Clunie Pierre Jules, en charge du dossier de l?affaire de La Scierie, a conclu à l?existence de charges et indices suffisants pour poursuivre par-devant le tribunal criminel l?ancien premier ministre Yvon Neptune et 29 autres personnes inculpées, dont les anciens ministres lavalas de l?intérieur et de la justice, respectivement Jocelerme Privert et Calixte Delatour.
Remise jeudi dernier au Commissaire du gouvernement Lesly Jules, l?ordonnance conclut aussi à l?inexistence de charges et indices suffisants pour poursuivre 35 autres personnes, dont l?ancien président Jean Bertrand Aristide et son secrétaire d?Etat à la communication, Mario Dupuy.
Dans son exposé des faits, le magistrat a rejeté les thèses de génocide et d?affrontement utilisées par certains pour caractériser les violences qui ont endeuillé St Marc du 9 au 29 février 2004.
Me Clunie Pierre Jules parle plutôt de massacre, établissant le fait que, pendant les tristes journées du 9 au 11 février 2004, de nombreuses personnes sans défense ont été lâchement assassinées par des membres de l?organisation « Bale Wouze » dirigée par l?ex-député contesté Amanus Mayette, par des civils armés venus de Port-au-Prince et des policiers dont certains se trouvaient à bord d?un hélicoptère du Palais National qui tiraient sur des gens qui fuyaient les violences en tentant de se réfugier au Morne Calvaire, voisin du quartier de La Scierie.
Les témoignages sous-tendant la thèse de l?affrontement n?ont pas pu faire la preuve de l?existence de victimes dans les deux camps, tandis que les éléments techniques font défaut pour étayer celle du génocide, soutient le juge d?instruction.
En guise de rejet de la thèse de l?affrontement, le rapport d?instruction est catégorique : il n?y a pas eu d?insurrection armée à proprement parler à St-Marc ; les policiers ont délibérément abandonné leur commissariat. L?incendie qui a consumé le 11 février une clinique appartenant au Dr Yfto Mayette, cousin germain du chef de « Bale Wouze », entrait tout simplement dans le cadre du scénario mis en place pour justifier le déclenchement des hostilités, a reconnu le médecin au Cabinet d?Instruction de St-Marc.


Ce qui sous-entend que l?incendie n?était pas véritablement l??uvre des opposants à Aristide. Quant au bilan justifiant la thèse du massacre retenue par le juge, l?ordonnance reconnaît qu?il est controversé. Elle fait référence au missionnaire américain Terry Snow, directeur de « Jeunesse en mission » qui, au cours des événements, a entrepris de nombreuses démarches auprès des responsables de l?organisation « Bale Wouze » pour sauver des vies et arriver à la paix. Terry Snow parle, avec des supports photos, d?une centaine de morts et de 45 maisons incendiées.
L?ordonnance relate tout de même divers témoignages établissant un bilan moins lourd, avoisinant la cinquantaine de morts. Pour sa part, le juge indique qu?il n?a pas été possible de dresser la liste de toutes les victimes, mais que l?instruction permet de dénombrer 44 personnes tuées, carbonisées et portées disparues. 22 des personnes tuées ont été nommément identifiées.
Le dossier comporte au total 146 pièces constituées, entre autres de lettres de plainte, transcriptions d?auditions de témoins, interrogatoires, rapports d?enquête sur le terrain, ordonnances, arrêts de la Cour de Cassation, rapports relatifs à de multiples appels téléphoniques entre Yvon Neptune, de hauts responsables du gouvernement, du CSPN et de la police avec des exécutants au moment même où se déroulaient les opérations.