L'ancien Premier ministre lavalas Yvon Neptune, en prison, ses ex-ministres de l'Intérieur et de la Justice, Jocelerme Privert et Calixte Delatour, et 27 autres personnes, ont été inculpés dans l'affaire de La Scierie à Saint-Marc.
L'ordonnance définitive du juge d'instruction de Saint-Marc, Cluny pierre Jules, a reconnu qu'il y avait assez de charges et d'indices pour poursuivre ces inculpés devant un tribunal criminel.
Ce rapport, remis le 15 septembre dernier au commissaire du gouvernement de Saint-Marc, Leslie Jules, et rendu public cette semaine, précise que, par manque de preuves, la justice haïtienne ne peut poursuivre l'ancien chef de l'Etat Jean Bertrand Aristide, l'ex-secrétaire d'Etat à la Communication Mario Dupuy et 35 autres personnes accusées d'implication dans cette affaire.
Le dossier, soumis par le juge d'instruction, présente les évènements survenus à Saint-Marc du 9 au 11 février 2004 comme un massacre perpétré par des membres de « Balewouze » une organisation populaire pro-lavalas dirigée par l'ancien député Amanus Mayette, contre des citoyens sans défense. Il souligne également la présence de policiers à bord d'un hélicoptère qui tirait à bout portant sur leurs cibles.
Le document rejette les thèses d'un génocide ou d'affrontement entre deux bandes rivales en ce qui a trait aux événements survenus dans la localité de La Scierie. Par ailleurs, l'ordonnance fait remarquer qu'il n'y avait pas d'insurrection armée dans la ville de Saint-Marc contre le pouvoir Lavalas, déchu depuis, lorsque les policiers avaient laissé volontairement le commissariat.
Le rapport stipule que 44 individus ont été tués lors de ce massacre. Parmi eux, 22 sont dûment identifiés. Le document évoque en appui des ossements retrouvés à l'étang Bois neuf et à Montrouis (deux localités situées à une vingtaine de kilomètres au sud de Saint-Marc), après les violences.
D'autres sources font état d'un bilan plus lourd allant jusqu'à 100 morts, selon Terry Snow, un missionnaire américain. L'organisation de défense des droits humains NCHR, a pour sa part, fait état d'une cinquantaine de morts dans un rapport publié sur les événements de La scierie.
Du 7 au 13 février, le téléphone cellulaire de Yvon Neptune, le 558-1631, a été utilisé pendant 9 heures 33 minutes et 46 secondes. Les deux tiers environ de ce temps d'appel concernaient des liaisons avec d'autres lignes appartenant à des responsables de police, de la sécurité publique ou des membres de Balewouze à Saint-Marc, a aussi relaté le rapport.
Les personnes appelées et leur fonction au moment des faits sont : Jean Gérard Dubreuil, secrétaire d'Etat à la Sécurité publique, Jean Robert Esther, directeur central des services généraux et des questions de finances à la police nationale, le commissaire de police Frantz Gabriel, Oriel Jean, responsable de sécurité du palais présidentiel, Biron Odigé, directeur du port de Saint-Marc, Barthélemy Valbrun, cadre de la police haïtienne, Roland Dauphin dit Black Ronald, commissaire autoproclamé de Saint-Marc au moment des événements. Les noms sus-cités figurent également, à côté d'autres, sur la liste des inculpés.