Wooly est né le 12 septembre 1967 à La Petite Rivière de l'Artibonite (Haïti). Il se fait un nom en participant à des soirées musicales et littéraires au Tropical ou à l'Océane, des restaurants de Port-au-Prince fréquentés par les artistes.
Le 26 mai 2005, il voit enfin son rêve se réaliser : la sortie en Haïti, à l'occasion de la foire littéraire « Livres en folie », de son premier CD intitulé : « Quand la parole se fait chanson. »
L'artiste multiplie ensuite les concerts, et offre en juillet 2005 une prestation d'une saveur particulière, dans la salle de l'Unesco de la Fokal (Fondation Connaissance et Liberté), lors d'une semaine consacrée à l'écrivain haïtien Gary Victor.
Ici, les mots ont fait l'amour avec la musique et du ventre chaud des guitares ont jailli les chansons. Wooly n'a pas choisi la facilité et il se pose dès aujourd'hui comme un chanteur à textes. En effet, il pare de sa musique les ?uvres des meilleurs auteurs : Georges Castera fils, Syto Cavé, Lyonel Trouillot, James Noël, Pierre Richard Narcisse, Frankétienne et Gary Augustin.
Les thèmes évoqués dans « Quand la parole se fait chanson », écrit entièrement en créole haïtien, ont souvent trait à l'amour. Dans la chanson « Bon Nouvèl », James Noël, effleuré par l'inspiration de Pablo Neruda qui adorait les mains de Mathilde voltigeant dans la farine, « s'amourache » des pieds de sa belle, et rend un bel hommage érotique à la beauté : « Laisse-moi te savonner les pieds / jusqu'à ce que la nuit fasse mousser le jour. »
Ou encore dans le poème de Syto Cavé célébrant, dans la chanson « Fanm nan bèl », la femme prisonnière de son mythe. « Belle est la femme / tel un papillon crucifié par la lune / sur une toile d'araignée », écrit l?auteur de Van Cortland Club.
Les chansons ont jailli avec des bruits de sources, des murmures de fontaines, puis elles sont allées chercher la voix dans l'ombre pourpre des poitrines. Car le chant de Wooly est d'une tendresse aux inflexions qui chavirent, d?une sensualité profonde, c'est une voix amoureuse, qui reste douce sans agressivité ni révolte, même quand elle aborde des textes où la situation douloureuse d'Haïti transparaît à chaque instant. « Ici, rebelle la nuit qui nous colle aux semelles / depuis tant d'années », se lamente Pierre Richard Narcisse dans « Renn Chantrèl ».
Seule la mélodie est souveraine, car l'artiste, quelque soit son domaine, a pour mission de dire la réalité, mais en la transfigurant à travers le prisme de son ressenti. Ainsi, il apporte à la vie ses propres nuances, l'irisation de sa pensée, les palpitations incomparables de son horloge de chair. Son chant, fleuve d'ombre se mêlant à la mer, efface sans violence, les pleurs les souffrances et les cris éperdus des hommes tourmentés.
Dans ce premier opus, la guitare de Wooly vibre sous ses doigts et se métamorphose en la femme éternelle où l'élan créateur se reconstitue, puisant sa force à la source inépuisable de la vie.
Wooly Saint Louis Jean vient de participer, du 7 au 9 octobre, avec la troupe « Nous Théâtre » d'Haïti aux 22e Francophonies en Limousin. Le spectacle : « Service violence série » se veut témoignage, servi par les multiples facettes du théâtre de la danse et de la musique.
Denise Bernhardt Sociétaire des poètes français Le 7 Octobre 2005 A paraître dans le prochain Panoramag.
HPN