QUAND ALLONS NOUS NOUS REAPPROPRIER NOTRE DESTIN ?
De nouveau, notre pays est à la croisée des chemins. Nous sommes de nouveau confronté à la nécessité de faire face à ce que n'importe quel autre peuple de la planète fait au quotidien : écrire sa propre histoire à partir du scénario de son choix. Aujourd'hui comme en 1804, deux camps s'opposent radicalement.
Il y a ceux qui prient haut et fort pour que le « Blanc » nous reprenne en charge (sous la forme d'une mise sous tutelle internationale et/ou d'une occupation pure et simple), c'est ce que j'ai appelé le lobby des blancophiles plus ou moins assumés comme la lavalassienne défroquée Nancy Roc (texte n°1) et la clique des 184 (texte n°2).
Il y a ceux, qui, malgré leur solitude pathétique (je souligne le silence complice de nos soi-disant intellectuels et hommes politiques) défendent avec l'absence de moyen à leur disposition le peu de dignité nationale qui nous reste. A l'intérieur du pays (texte n°3) et à l'extérieur (texte n°4).
Internautes d'Haitiwebs, à quel camp appartenez-vous ?
TEXTE n°1 (source : Haitiwebs)
(Par Nancy Roc) Avec un taux de kidnappings vacillant entre 24 à 40 cas par jour en décembre dernier, Haïti a été classé comme le pays le plus dangereux des Amériques pour les rapts, selon la porte-parole du FBI à Miami, Mme Judy Orihuela. Ce pays de huit millions d'habitants dépasse désormais la Colombie qui détenait le record mondial en la matière.
TEXTE n°2
Vendredi, 13 janvier 2006 08:33 (source : Radio Métropole)
Le Groupe des 184 organisations de la société civile a annoncé, au cours d'un point de presse jeudi, la tenue d'un sit-in devant les locaux de la Minustah (Mission des Nations Unies pour la stabilisation d'Haïti) à Port-au-Prince le 16 janvier.
L'industriel André Apaid Junior, responsable du groupe, a précisé que ce rassemblement s'inscrit dans le cadre de la mobilisation visant à réclamer des actions urgentes des forces de l'ordre contre l'insécurité qui prévaut à Port-au-Prince.
"La Minustah doit prendre des actions urgentes pour faire échec aux gangs armés qui entretiennent un climat de violence dans la capitale", a déclaré le coordonnateur du Groupe des 184 organisations de la société civile. André Apaid Junior indique avoir reçu le support des partis politiques du secteur démocratique dans le cadre de ce mouvement contre l'insécurité.
TEXTE N°3
Mardi, 10 janvier 2006 09:13 (source : Radio Métropole)
La Plateforme universitaire haïtienne ( PLUH) dénonce des secteurs de la communauté internationale qui chercheraient, selon elle, à mettre Haïti sous protectorat. La PLUH organise ce mardi une marche pacifique dans les rues de Port-au-Prince pour réclamer des élections crédibles et honnêtes dans le meilleur des délais pour faire échec à ce projet.
Selon les membres de la Plateforme universitaire haïtienne, la manifestation de ce mardi 10 janvier est une étape vers une longue mobilisation contre la \"mise sous protectorat du pays\".
La PLUH est une organisation qui regroupe plusieurs associations universitaires haïtiennes.
TEXTE n°4
QUAND LA REVOLUTION ETAIT NEGRE
Le 21 octobre dernier, à la Bibliothèque nationale de France (Paris), avait lieu une table ronde organisée par les Éditions La Découverte, l'Association pour l'étude de la colonisation européenne (1750-1850) et l'Association pour la connaissance de l'histoire de l'Afrique contemporaine (ACHAC). Ce colloque intitulé « Yves Benot, de l'anticolonialisme au travail de mémoire » avait pour sujets principaux la personne et l'?uvre (Massacres coloniaux, La Révolution française et la fin des colonies 1789-1794 et La modernité de l'esclavage)) de cet historien français mort à l'âge de 84 ans.
Les amis d'Haïti
Même s'il s'agissait surtout de faire la promotion commerciale de ses écrits et de leur réédition, ses admirateurs voulaient aussi en profiter pour commémorer son, paraît-il, « engagement sans failles aux côtés des peuples victimes de la colonisation, en particulier en Afrique et aux Antilles ». En résumé, Yves Benot est un buste supplémentaire dans la galerie sans fin constituée par les « amis » autoproclamés des peuples opprimés en général et du peuple Haïtien en particulier.
Les nègres de service
Les organisateurs n'avaient pas été chiches. A ce « Te Deum » commercial, officiaient moult universitaires et personnalités. Mais comme nous sommes en 2005 et qu'il aurait été indécent de disserter sur des sujets comme : « Universalisme et esclavage », « la Révolution, l'abolition de l'esclavage et les luttes anticoloniales », « L'Afrique : décolonisations, indépendances, néocolonialisme » sans que le casting d'intervenants blancs (ne sont-ils pas, par définition, les meilleurs « spécialistes » quand il s'agit de nous étudier puis de parler de nous avec intelligence ?) ne soit pas rehaussé d'une pincée de nègres choisis pour l'occasion.
Le besoin d'une analyse critique de notre propre histoire
Donc, dans le rôle (ô combien convoité de nègre de service), il y avait notamment notre compatriote Jean Métellus que son site officiel défini (sans rire) comme : « Appartenant à cette vaste diaspora haïtienne que la dictature des Duvalier a contrainte à l'exil ? » (Celle-là, si elle n'avait pas existé, il aurait fallu l'inventer) et comme un écrivain qui (c'est bien moins dangereux) « a su maintenir par l'écriture un lien étroit avec son pays. »


La « salle » était autorisée à poser quelques questions, c'est là l'une des contraintes du « politiquement correcte ». J'en profitais pour rassurer Métellus sur le fait qu'il n'est pas un mauvais bougre. Parmi ceux qui, Haïtiens ou étrangers, font d'Haïti, sa misère et son peuple, un fonds de commerce universitaire et commercial, Jean n'est ni pire ni meilleur qu'un autre. Son problème vint de ce que sa courte intervention n'était qu'un paresseux raccourci puisé dans le fatras des clichés en tout genre qui polluent le passé, présent et futur national.
Gary Victor, le réalisme merveilleux et l'avenir de notre pays
Alors qu'il paraissait disproportionnellement affecté (voire tétanisé) par ce qu'il a dû ressentir comme une injuste agression, j'en profitais pour lui faire part d'une discussion sur le même sujet que je venais d'avoir, quelques jours auparavant, à l'occasion de la journée annuelle du livre Antillais (organisée par le ministère français de l'Outremer) avec mon ami et compagnon de combat Gary Victor et de l'interview que je venais d'accorder à un journaliste du journal Le Matin.
Nicolas Rey
C'est l'objet de cette discussion qui me conduit à vous parler du livre du Guadeloupéen Nicolas Rey « Quand la révolution, aux Amériques, était nègre? » qui vient de paraître aux éditions Karthala (préfacé par Elikia M'Bokolo).
Le travail de Nicolas me fait doublement plaisir. D'abord parce qu'il s'inscrit dans la continuité de mon propre travail commencé en 1986, à la sortie de mon premier ouvrage « Haïti pour quoi faire ? ». En effet, nous Afro Antillais, ne pourrons reprendre l'initiative quant à notre propre destiné nationale que lorsque nous aurons fait le patient, douloureux et courageux travail qui consiste à démêler les fils du noeud gordien qu'est devenu notre histoire (passée, présente et à venir).


Les solutions, nous les connaissons depuis longtemps. Il y en a plein les livres (dans les miens et dans beaucoup d'autres). Il y a surtout la bonne volonté et les savoir faire de beaucoup de nos compatriotes. Si le pays est dans cet état, c'est que nous souffrons d'un mal que j'ai souvent défini dans le Nouvelliste comme « l'absence d'un vouloir vivre ensemble". Haïti, c'est presque 8 millions d'individus enfermés dans 27 750 Km2 qui ne rêvent que d'aller jouir ailleurs de ce pour quoi peu d'entre eux semblent vouloir se battre pour construire chez eux.
Ce "vouloir vivre ensemble" ne tombera pas du ciel. C'est le fruit d'un long processus dont mon magazine d'actualité culturelle sur la TNH se voulait une première contribution. Ce travail n'est heureusement pas resté lettre morte. Il reste en Haïti des gens de valeur comme mes amis Gary Victor, Richard Sénécal ou Richard Morse pour inlassablement montrer la voie.
Démythifier pour universaliser
Ensuite, même si (en recontextualisant leurs motivations, choix et actions) Nicolas Rey démythifie les acteurs de l'époque, son livre restitue à ceux-ci ce qui leur est dû.
Des guerres de succession européennes, aux révolutions américaine, française, haïtienne et bolivarienne, tous, avec les moyens dont ils disposaient, ont contribué par leur courage, leur combativité, leur idéal et leur vision à peser d'un poids décisif sur l'histoire universelle.
Jean-Pierre Brax