Gérard Jean Juste déféré par-devant le Tribunal criminel sans assistance de jury pour « association de malfaiteurs et détention illégale d?armes à feu »
Le « prêtre lavalas » encourt une peine allant de 3 à 15 ans de prison
Par ordonnance en date du 12 janvier 2006, le juge d?instruction Jean Pérez Paul a décidé le renvoi du père Gérard Jean Juste par-devant le Tribunal criminel sans assistance de jury pour y être jugé pour « association de malfaiteurs et détention illégale d?armes à feu ».
Le prêtre catholique encourt entre 3 à 15 ans d?emprisonnement, aux termes des articles 224, 225, 226 et 227 du Code Pénal et des articles 7 et suivants du décret du 23 mai 1989 sur la détention illégale d?armes à feu. Le degré de la peine est fonction de la responsabilité de l?inculpé en ce qui concerne l?accusation d?association de malfaiteurs et du type d?armes détenues pour ce qui a trait à la détention illégale d?armes à feu.
L?ordonnance du juge d?instruction rejette d?autres charges formulées contre le prêtre par le substitut du Commissaire du gouvernement près le Tribunal civil de Port-au-Prince, Me Joseph Claudet Lamour, dans son réquisitoire en date du 14 novembre 2005. Lesdites charges concernaient l?implication présumée de Gérard Jean Juste dans la séquestration et l?assassinat, le 14 juillet 2005 à Port-au-Prince, du journaliste et poète Jacques Roche.
Le juge d?instruction a d?autre part estimé que les inculpés Roger Etienne (alias Ti Edgard) et Jean Willy, appréhendés pour vol à mains armées, ne sont pas associés à Gérard Jean Juste et que, de ce fait, leur cas sera traité séparément.
Dans les attendus de l?ordonnance, il est dit que « l?inculpé Gérard Jean Juste lui-même a avoué qu?il détient trois (révolvers) glock de 9 mm et deux fusils, propriété du Palais National et que ses agents de sécurité [...] ont l?habitude de s?en servir ».
L?ordonnance précise que Gérard Jean Juste, engagé comme « conseiller spirituel » au Palais National, avait 5 agents de sécurité attachés à sa personne. Interrogé sur l?identité de ces agents, « l?inculpé a déclaré sans ambages qu?il ne veut pas répondre à cette question ».
Informé par l?inculpé de l?endroit en son domicile où se trouvait l?une des 5 armes, le juge d?instruction a procédé en ces lieux à une perquisition conforme à la loi, mais qui s?est révélée vaine. A la question de savoir « entre les mains de qui les armes se trouvent [actuellement], M. Jean Juste a déclaré n?avoir pas de réponse ». En d?autres termes, selon l?Ordonnance de renvoi du Cabinet d?instruction, les armes dont l?inculpé reconnaît avoir été en possession n?ont jamais été restituées à son propriétaire, l?Etat haïtien.
Les avocats du prêtre lavalas Gérard Jean Juste et les nombreux amis américains du parti de l?ancien président Aristide, dont d?influents congressmen, réclament sa libération pour raison humanitaire. Le prêtre qui a été récemment conduit sous forte escorte haïtienne et onusienne dans un laboratoire de la capitale pour des tests sanguins, souffrirait d?un cancer.
Interrogée sur le sort du père Gérard Jean Juste, la nouvelle ambassadrice des Etats-Unis en Haïti, Janet Ann Anderson, qui doit incessamment entrer en fonction, a indiqué jeudi dans la capitale fédérale américaine que Washington a demandé qu?il puisse bénéficier d?une assistance médicale, pour soigner le cancer dont il souffrirait.
Militant politique actif jouissant de la réputation d?être le principal représentant et l?éventuel dauphin de Jean Bertrand Aristide en Haïti, Gérard Jean Juste a, de fait, assumé la direction du mouvement lavalas pendant toute la période agitée de « L?opération Bagdad » (fin septembre 2004-juillet 2005), campagne d?actions à caractère terroriste destinée à favoriser le retour de Jean Bertrand Aristide contraint à la démission le 29 février 2004.
Curé de la paroisse Ste Claire (Petite Place Cazeau, Nord de la capitale) jusqu?à son arrestation en juillet dernier, le prêtre a été entre temps relevé de toutes ses fonctions sacerdotales par l?Archidiocèse de Port-au-Prince dont il dépend hiérarchiquement. L?Archidiocèse considère que le prêtre s?est dangereusement écarté de sa mission en violant les prescrits du Droit Canon relatifs à la nécessaire distance entre l??uvre pastorale et l?activisme politique.