L?ex-candidate manifeste sa solidarité à son mari Leslie Manigat et son refus de cautionner "la violation de la constitution et du décret électoral" ; le RDNP appelle tous ses autres représentants à faire retrait de leur candidature
La candidate du Rassemblement des Démocrates Nationaux Progressistes (RDNP) au Sénat dans le département de l?Ouest, Mirlande Hyppolite Manigat, a annoncé officiellement mardi à Port-au-Prince son retrait de la course électorale, 24 heures après la publication des premiers résultats partiels des sénatoriales haïtiennes.
Après le dépouillement de 84,73% des procès-verbaux, Madame Manigat, une personnalité de premier plan et appréciée dans différents milieux, recueille 313.204 voix et se classe deuxième derrière Jean Hector Anacacis, un représentant de la Plate-forme Lespwa, le nouveau parti présidentiel de René Préval.
Dans une note de presse, Mirlande Manigat, secrétaire générale adjointe du RDNP, justifie sa "décision personnelle de principe de non acceptation" par "une solidarité naturelle avec son mari", le professeur Leslie F. Manigat, candidat malheureux à la présidentielle du 7 février, et son "refus d?accepter la violation flagrante de la constitution et du décret électoral" par le Conseil Electoral Provisoire.
"Je suis au regret d?informer tous mes compatriotes que, par la présente et par avance, je récuse formellement et de manière irrévocable tout résultat qu?il plaira au Conseil Electoral Provisoire d?associer à mon nom" affirme l?ex-candidate qui s?excuse pour son désistement auprès de tous ceux qui l?ont aidée financièrement ou moralement durant sa campagne.
Mirlande Manigat qui fait autorité en tant que constitutionnaliste et professeure d?université, soutient qu?elle ne saurait permettre qu?on associe "son nom, son honneur, sa crédibilité à cette utilisation contraire aux normes qu?elle a toujours patiemment enseignées à ses étudiants, aux jeunes de son parti et à ceux d?autres partis politiques".
Enfin, la dirigeante politique s?engage "à continuer à servir son pays, à travailler dans le cadre de son parti et ailleurs pour l?instauration de la démocratie et de la justice sociale" en Haïti.
Parallèlement, le RDNP, par l?organe de son leader Leslie Manigat, Président éphémère d?Haïti en 1988, appelle tous ses autres candidats à envisager également de jeter l?éponge selon leurs convenances personnelles.
Au lendemain de la proclamation de la victoire de René Préval, gràce à un accord politique intervenu dans la nuit du mercredi 15 au jeudi 16 février, Leslie Manigat, deuxième avec 12,40% des voix, avait dénoncé un "coup d?Etat électoral et une comédie machiavélique" ayant permis de déclarer Préval vainqueur du scrutin présidentiel avec un score désormais de 51,21%. La méthode de calcul des résultats avait été modifiée en conséquence, entraînant automatiquement la "distribution des bulletins blancs au prorata des résultats réalisés par les candidats".


La tonalité du discours de refus de M. Manigat, mésinterprété à dessein par certains, lui a attiré la foudre des partisans les plus passionnés du nouveau Président. Déjà, après la publication des résultats partiels des sénatoriales, des médias favorables à M. Préval avaient évoqué l?éventualité, en cas de ballottage, de la mobilisation de l?électorat contre Mirlande Manigat afin de priver d?un siège au Sénat celle que d?aucuns cherchaient hier encore à plébisciter comme la candidate idéale des forces politiques démocratiques à la Présidence de la république.