Le phénomène de décoloration de la peau entraîne des problèmes de santé majeurs. Cette pratique devient de plus en plus courante en Haïti. Des jeunes filles et de nos jours de plus en plus d'hommes utilisent des produits de blanchiment, parfois à outrance. Les effets secondaires les plus visibles sont : visage brûlé au second degré, vergetures sur les seins, la poitrine et les cuisses...



Il est environ 1h pm. Un soleil de plomb. On est sous les tropiques. C'est donc normal. Une jeune femme d'environ une vingtaine d'années attend un bus sur la route de Lalue. Les paupières gonflées, les yeux rougis. Ne pouvant supporter les rayons du soleil, elle se protège les yeux de ses mains. Elle porte un T-shirt qui laisse entrevoir le haut de sa poitrine lacérée d'énormes et disgracieuses vergetures. Tout au long de ses bras, on pouvait compter ses vaisseaux sanguins. On la croirait malade. Mais d'une maladie dont elle est la principale artisane. Due à l'utilisation des produits de blanchiment de la peau tout court.



Ce phénomène, depuis plus d'un quart de siècle, est devenu, en Haïti, un problème de santé publique majeure. En dehors des produits cosmétiques, des solutions artisanales sont aussi utilisées préparées notamment avec du sel de mercure, de l'eau de javel, de défrisant et de shampooing. Le cancer de la peau, la mycose, la leucémie, la cataracte, l'inflammation de la cornée, la conjonctivite, la gale, l'abcès, l'érysipèle, le diabète, l'hypertension, l'ulcère de l'estomac, la freination hypotalamo-hypofuso-surrénalienne sont autant de maladies résultantes des produits « cosmétiques » utilisés dans le processus de la décoloration de la peau. L'ampleur de ce nouveau phénomène de société est devenue assez inquiétante.
Un traumatisme postcolonial
La couleur de notre peau détermine notre identité; vouloir la changer ou la modifier fait sombrer plus d'un dans une crise d'identité. Comme les modèles du beau sont forts souvent associés au « blanc », du coup, être métissé confère une certaine supériorité.
Répondant à nos questions, une vendeuse de produits cosmétiques, qui elle aussi, n'est pas exempte de l'usage excessif de ces produits, a confié les avoir utilisé, parce que non seulement les hommes préfèrent les femmes au teint clair, mais encore la supériorité revient aux gens de couleur donc ellea très peur d'être rejetée.
Selon un psychologue français, Ferdinand Ezembe, cette attitude des noirs par rapport à la couleur de leur peau, procède d'un profond traumatisme post-colonial. Le blanc serait donc le modèle supérieur, le teint clair serait devenu un critère de valeur dans ces sociétés.
D'après lui, ce sont les pays aux passés coloniaux les plus brutaux qui affichent davantage une attirance pour les peaux claires. L'allégorie même des couleurs dans l'univers chrétien où le noir s'oppose toujours à la pureté du blanc affecte les peuples noirs dans leur inconscient. Toutes les sociétés noires subissent le joug du culte de la blancheur.
Un problème culturel
Ces colonisateurs, en dehors des infrastructures, nous ont laissé des modèles culturels qui ont influencé profondément nos goûts et nos valeurs. La race blanche représente la référence en matière de beauté. Ce rejet de notre identité physique et biologique est en partie dû à cette assimilation des préjugés occidentaux. Cependant, les femmes noires ne se rendent pas compte des dangers concrets que le blanchiment de la peau fait courir à leur santé psychologique. Cette idée que le blanc est « beau » est au départ un racisme culturel, comme quoi, le « blanc » est meilleur, donc est officiellement supérieur.
Le phénomène du blanchiment de la peau traduit une haine de soi, une auto dévalorisation, un autoreniement parfois inconscient. Cette crise identitaire relève d'un profond complexe d'infériorité
Couleur de la peau : équilibre naturel
La pratique du blanchiment de la peau, en plus du déséquilibre psychologique qu'elle permet de déceler, a-t-elle des effets sur la santé physique?
L'épaisseur de l'épiderme, la structure du derme, sa vascularisation, la distribution de la pigmentation, la densité des poils, varient selon les races. Vouloir les changer conduit à une auto extermination de la race noire. Ces qualités de la peau sont universellement reconnues, les paramètres environnementaux ont une grande importance dans la couleur de chaque individu.
Produits et procédés
« Au niveau de l'épiderme, ces produits provoquent une atrophie cutanée. La peau perd de son épaisseur, ce qui la rend très vulnérable aux rayons nocifs ultraviolets A et B du soleil. Risques: conjonctivite, cataracte, inflammation de la cornée, vieillissement prématuré, gale, mycose, érysipèle... » Ces risques auxquels sont exposés les pratiquants de la décoloration de la peau peuvent être mortels, a indiqué un médecin.
Certains produits contiennent des corticoïdes (anti-inflammatoire) très nocifs pour la santé tels que : le dermovat, le diprosome, le diproson, le ténovat, le movat, l'alogue, l'épithopique. Tous ces produits sont très forts, cependant le dermovat est considéré comme le plus puissant. D'autres contiennent de l'hydroquinone (antiseptique).
Le quinacore, destiné à soigner les rhumatismes, est aussi utilisé dans le processus de blanchiment de la peau. L'injection de ce produit blanchit certes la peau, mais selon des sources médicales, il affaiblit le système immunitaire au point de le rendre vulnérable aux agressions les plus bénignes.
Tous ces procédés entraînent la destruction de la mélanine, pigment brun foncé qui donne la coloration normale à la peau et lui donne une protection naturelle contre les rayons x du soleil. Privées ainsi de vitamine D, la peau est vulnérable à toutes les agressions solaires. Par ailleurs, la cicatrisation des blessures devient compliquée, ce qui peut être fatal après une opération chirurgicale.
Stéphanie André
steph_annick@yahoo.fr
Notice bibliographique
www.grio.com
www.ekodafrik.net
Encadré
Le phénomène de blanchiment de la peau est apparu en Afrique à la fin des années 60. Les pays les plus touchés sont le Sénégal, le Togo et le Mali avec respectivement 52%, 58% et 25% de pratiquants. En Haïti on retrouve des appellations comme « grimèl famasi, grimèl bobistò, belles de nuit... », au Sénégal elles sont appelées « xeesal », « bojou » au Bénin, « tchatcho » au Mali, kobwakana ou kopakola dans les deux (2) Congo.
Les plus grands exportateurs de produits de blanchiment sont le Nigeria, l'Afrique du Sud, la France, la Grande Bretagne et les Etats-Unis.
Le rêve d'Hitler
Aujourd'hui, plus besoin de dictateur, d'armée comme l'avait fait Hitler dans les années 1939-1945. Lorsqu'il rêvait d'une terre où tout le monde serait blanc car pour lui c'était le modèle de la race supposé supérieure. Plus de soldats. Des publicitaires, des hommes d'affaires qui ne cherchent que l'argent. La santé publique et mentale des gens est le moindre de leur souci. Hitler, s'il était vivant, serait mort de rire.
Glossaire
Epiderme : couche externe de la peau.
Derme : couche profonde, située
sous l'épiderme.
Vascularisation : disposition des vaisseaux.
Pigmentation : coloration de la peau
par la mélanine.
Mélanine : pigment brun foncé qui donne la coloration.
Conjonctivite : inflamation de la conjonctive
Cataracte : opacité totale ou partielle du cristallin.
Gale : maladie cutanée contagieuse, très prurigineuse, due à un acarien parasite qui creuse sous l'épiderme des sillons ayant l'aspect de fines lignes grisâtres.
Mycose : affection parasitaire provoquée par des champignons
microscopiques.