Par Jean-Michel Caroit
Le deuxième tour des élections législatives a été marquée par une forte abstention, vendredi 21 avril en Haïti. La population avait massivement voté lors du premier tour, le 7 février dernier, qui avait permis l'élection de René Préval à la présidence. Seuls deux députés avaient été élus au premier tour. Selon le chef de la mission d'observation de l'Union européenne, M. Johan Van Hecke, le taux de participation n'a pas dépassé 15%.
Un peu plus optimiste, un responsable de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) estimait que plus de 20% des électeurs s'étaient rendus aux urnes. La police haïtienne, forte d'un peu moins de 4.000 agents et les 9.000 casques bleus avaient mis en place un important dispositif de sécurité autour des bureaux de vote, et les incidents ont été peu nombreux. Le plus grave a fait un mort dans la localité de Grande Saline, dans le Nord du pays.


A la mi-journée, dans une école au centre de la capitale, seuls quinze électeurs avaient déposé leur bulletin, sur un total de 400 inscrits. Les 34 bureaux installés sous un vaste hangar du parc industriel Sonapi, proche de l'immense bidonville de Cité Soleil ne faisaient pas recette non plus. Plus nombreux que les électeurs, les jeunes employés du conseil électoral ne cachaient pas leur ennui. "Les partis politiques et le conseil électoral n'ont pas su motiver les électeurs. Il aurait fallu une campagne d'éducation civique pour expliquer l'importance du parlement", soutenait Jocelin Renord, un observateur de Justice et Paix.


"Nous n'avions plus d'argent pour la campagne des législatives", plaidait Micha Gaillard, le porte-parole de Fusion, un regroupement social-démocrate. En fin de journée, plusieurs dizaines de personnes ont bruyamment protesté devant les portes closes d'un lycée du bas de Port-au-Prince qui abritait un centre de vote. Elles affirmaient n'avoir pu voter car leurs noms n'apparaissaient pas sur les listes électorales. "Les élections ne constituent que le début du processus", a rappelé le chef de la Minustah, Juan Gabriel Valdés. Il a cité la reconstruction du système judiciaire et la réforme de la police, "deux des principaux défis à venir", et renouvelé l'engagement des Nations Unies à aider les nouvelles autorités haïtiennes.


Selon les projections basées sur les résultats du premier tour, le rassemblement l'Espoir, qui soutient René Préval devrait l'emporter sans toutefois obtenir la majorité absolue au parlement. Le président élu a engagé des consultations pour former un gouvernement de coalition après sa prestation de serment, le 14 mai prochain.