France : l'impossible retour au pays des sans-papiers
05/05/2006 ( France )
Jean-Paul Mopo
(Syfia France) A l'heure où les députés français examinent le nouveau projet de loi sur l?immigration, le contrat d?aide au retour volontaire proposé depuis septembre 2005 peine à trouver preneur chez les quelque 200 000 à 400 000 clandestins. Souvent prisonniers des espoirs de leurs familles.
Un accueil plutôt réservé ! Le dispositif d?aide au retour du gouvernement français semble avoir du mal à convaincre les demandeurs d'asile, les déboutés de ce même droit et les étrangers faisant l'objet d'un arrêté de reconduite à la frontière. Créé en septembre 2005, il mise sur le "volontariat" et contient plusieurs mesures censées inciter les clandestins à rentrer : assistance dans les démarches administratives avant le départ, prise en charge du billet d?avion, accompagnement social à l?arrivée dans le pays de retour et aides financières (2 000 Euros par adulte, 3 500 ? pour un couple, auxquels s'ajoutent 1 000 ? par enfant mineur jusqu'au 3e enfant et 500 pour les suivants).


Début avril, la Commission des finances, dans un rapport à l'Assemblée nationale, dressait un premier bilan. Seules 469 personnes ont souhaité bénéficier de ce nouveau dispositif expérimenté dans 21 départements. Il devrait s'étendre à l'ensemble du territoire métropolitain jusqu'à la fin de l'année 2006. Le but étant de faire naître de nouvelles vocations au départ chez les 200 000 à 400 000 clandestins qui seraient présents sur le territoire français.
Présentées comme alléchantes, ces aides au retour ne suffisent pourtant pas à vaincre les réticences des sans-papiers piégés par l'incompréhension de leur famille et les dettes avec en prime un fort sentiment d?échec. "Depuis la mise en place de ce contrat, seul un Algérien passé par notre centre a accepté de rentrer chez lui en bénéficiant de cette offre", confirme un travailleur social d?un des deux CADA (Centre d'accueil pour demandeurs d'asile) des Hauts-de-Seine.
Arrivé d?Haïti il y a 4 ans, Bastien, aujourd'hui sans-papiers, n'est sans doute pas prêt, lui non plus, à rentrer de son plein gré... Lui qui gagne de 500 à 1 200 ? par mois selon les saisons, en travaillant au noir dans le bâtiment, se voit en effet obligé d'envoyer une bonne partie de ce qu'il gagne à sa famille restée au pays. "Je dois gagner suffisamment d'argent pour rembourser les 7 000 euros qui ont servi à financer mon voyage et permettre à ma famille de changer de train de vie en Haïti", explique-t-il.

"Ma famille digère mal mon échec"
Des objectifs difficiles à atteindre du jour au lendemain... D'autant qu'au fil des jours, la pression des proches se fait de plus en plus forte. "Pour avoir lui-même déjà séjourné en Europe, mon père avait au départ une idée de mes difficultés à Paris, raconte Bastien. Mais, depuis que notre voisin à Port-au-Prince, arrivé après moi en France, a acheté une voiture à sa famille qui fait le taxi et rapporte de l?argent, ma famille digère mal ce qu?elle considère comme mon échec. Si je mets longtemps à leur transférer de l?argent, elle me presse et me traite de tous les noms."

La situation de Franck, togolais, lui aussi sans-papiers, est encore plus délicate. Sa famille a en effet gagé un terrain pour financer son voyage vers ce qu'elle espérait être une vie meilleure en France. "Les passeurs étaient en réalité des escrocs qui se sont volatilisés depuis dans la nature avec une grande partie de cet argent. Mon père a donc dû encore s?endetter pour qu?enfin je puisse partir". En tout, Franck devra rembourser la bagatelle de 10 000 ? s'il ne veut pas que sa famille soit expulsée de la maison familiale. À chaque fois qu?il s?entretient avec son père, ce dernier ne manque pas de lui rappeler ses obligations : "Souviens-toi dans quelles conditions tu es parti en France"...


"Si ma famille et moi avions pu savoir ce que nous allions vivre à Paris sans toit, sans revenus fixes et sans protection aucune, nous aurions certainement réfléchi à deux fois avant de tenter l?aventure", résume Pierre, un sans-papiers d?origine congolaise. Trop tard, désormais, semble-t-il, pour faire marche arrière...