Café équitable Malongo : les nouvelles technologies au service de la traçabilité
Chaque année, la Compagnie Méditerranéenne des Cafés Malongo importe d'Haïti 170 tonnes de café auprès de 40 coopératives de petits producteurs. Soucieuse de développer la qualité et la transparence de sa filière haïtienne, la société annonce un programme ambitieux : des "puces" radio pour renforcer la traçabilité de ses produits et du télé-enseignement sur la culture du café, en créole, délivrée au c?ur des plantations.
Comment mettre les technologies de l?information au service du commerce équitable ? Soucieux de garantir la qualité et la transparence de ses produits, Malongo propose deux voies : le recours aux étiquettes "intelligentes" pour le suivi des stocks, de l?arbre à la tasse ; et le développement du télé-enseignement pour former les petits producteurs des coopératives et contribuer à réduire la fracture numérique.


Avant-première mondiale présentée le 12 mai dernier, la solution de traçabilité conçue par Malongo vise le client final. A l?aide d?un téléphone portable reconnaissant la puce d?identification par radio-fréquences (RFID) présent sur l?emballage, le consommateur peut accéder à "l?histoire" de son café : nom du producteur, localisation de la plantation, date de récolte et de torréfaction, etc. Mieux, par le biais d?un ordinateur relié à Internet, cette première géolocalisation donne accès à d?autres informations : le site Web de la plantation, une galerie d?images locales, des pages sur l?éco-tourisme?
Puces électroniques et réseau haut-débit en 2007
"Le paquet de café devient un vecteur de communication pour le consommateur," résume, enthousiaste, Jean-Pierre Blanc, Directeur Général de Malongo. "Nous travaillons actuellement à déployer la technologie en amont, pour avoir la physionomie complète des grains de café dans nos conteneurs. La traçabilité pour le consommateur sera effective au second semestre 2007." A cette date, les modèles de téléphones à lecteur RFID devraient représenter près de 50 % du marché.
Deuxième projet dévoilé par la société niçoise : la téléformation par réseau haut débit. "Aujourd?hui, nous sommes confrontés à un problème de rendement, par manque de recépage des arbres ou de taille des branches qui étouffe la lumière indispensable au fruit du cafetier" explique l?entrepreneur. "L?idée avec ces formations est d?apporter un appui aux petits producteurs, de leur transmettre des techniques qui vont permettre d?augmenter les volumes, donc leur revenu."


En cours de traduction et d?adaptation, les neuf modules du programme ? très visuels, délivrés en créole et d?une durée de 30 mn chacun ? couvrent l?ensemble des techniques de production du café : de l?historique du secteur à l?entretien d?une plantation, des maladies existantes aux différentes étapes de la récolte. Le lancement de ces formations est prévu fin d?automne 2006 et vise les 500 participants. L?enseignement, organisé autour d?un ordinateur portable dans un premier temps, doit ensuite avoir lieu à distance, par visioconférence et accès haut débit sans fil, une fois le réseau WiMax opérationnel. Avec un coût de 1000 euros et une portée de 30 km par antenne, cette option offre une connexion Internet à un coût raisonnable.
Obtenir un effet de levier à moindre coût ?
Jean-Pierre Blanc en est convaincu, en accélérant le développement du commerce équitable, l?informatisation doit permettre aux régions reculées des zones intertropicales de revenir dans la course. "La démarche est purement café mais d?autres informations pourraient suivre, car le déficit éducatif est énorme." A court terme par exemple, en s?ouvrant dans les écoles, le télé-enseignement pourrait permettre aux jeunes générations de rester sur place et de ne pas s?agglutiner dans les bidonvilles de Port au Prince.


Réalisée en partenariat avec les universités d'Haiti et Nice Sophia Antipolis, dont le Master MBDS est délocalisé depuis 1998 à l?Université d?Etat d?Haïti, l?opération représente un coût global de 100 000 euros, mise en place des RFID et fabrication des cours inclus. "Malongo n?a pas vocation à se substituer aux agences de développement ou aux acteurs de l?Internet en finançant des antennes WiMax, précise Jean-Pierre Blanc. Il s?agit d?inciter les opérateurs à travailler avec nous à cette vision, de donner l?impulsion." Avant peut-être de décliner l?expérience haïtienne à d?autres pays producteurs partenaires de Malongo, comme au Congo ou au Vénézuela.