Une des fonctionnaires de la Faculté de droit des Gonaïves tuée par des bandits ; le maire de Petit-Goâve dénonce des manoeuvres visant à provoquer un "soulèvement populaire" contre le Président Préval ; des partisans d?Aristide projettent de manifester samedi, jour de son anniversaire
L?insécurité et la tension sont montées d?un cran mercredi dans deux villes de province alors que Port-au-Prince continuait d?être la proie des réseaux de kidnappeurs.
Un commando lourdement armé a lancé pendant près de deux heures un raid contre le commissariat de police des Gonaïves (nord), après avoir semé une vive panique dans la ville. Selon le directeur de la Police Nationale pour le département de l?Artibonite, Joseph Gaspard Hyppolite, les forces de sécurité ont pu repousser les assaillants sans qu?aucun policier n?ait été blessé. Le responsable, qui n?était pas en mesure de donner des précisions sur l?origine et le sort des bandits, a souligné qu?auparavant une patrouille de police avait vigoureusement riposté après avoir essuyé des tirs nourris dans la localité de Descahos, à la sortie de la Cité de l?indépendance. Les agents de la PNH allaient récupérer le badge d?un collègue dont l?arme de service avait été temporairement confisquée par des éléments de la population civile.


Joseph Gaspard Hyppolite, qui annonce l?ouverture d?une enquête sur ces incidents, souhaite que la police des Gonaïves dispose davantage de moyens pour faire face au banditisme.
Par ailleurs, mardi soir, Marie-Claude Bernard, 58 ans, l?une des plus anciennes fonctionnaires du décanat de la Faculté de droit des Gonaïves, a été abattue par des bandits armés alors qu?elle regagnait son domicile avec un sac contenant de l?argent. Les assassins s?en sont allés avec le magot qu?ils convoitaient plongeant la famille de la victime dans la désolation.
Dans la ville de Petit-Goâve (68 km au sud de Port-au-Prince) les activités étaient perturbées mercredi par le lancement du mouvement Pa Ka Tann (ça ne peut pas attendre), une mobilisation orchestrée par des partisans de Jean-Bertrand Aristide en vue d?exiger des postes dans les services publics.
Des barricades de pneus enflammés ont été érigées devant la Mairie et sur la route nationale #2 paralysant ainsi pendant plusieurs heures la circulation automobile entre le sud du pays et la capitale. Avant l?intervention de la police et la reprise des activités, des individus armés favorables à l?ancien Président Lavalas avaient placé des camions en travers de la route après avoir forcé leurs conducteurs à remettre les clés. Ils ont également placardé des photos d?Aristide sur des maisons, jeté des immondices devant les locaux de l?administration communale et inscrit partout des graffitis hostiles aux maires, aux autorités judiciaires et religieuses ainsi qu?au personnel de santé de la ville.


Le président de la commission communale de Petit-goâve, Emmanuel Lindor, et l?un de ses adjoints, Montigène Sincère, ont accusé des Sénateurs Lavalas représentant le département de l?Ouest d?être de mèche avec les fauteurs de troubles. "Ces partisans d?Aristide se sont promis de provoquer un soulèvement populaire à Petit-Goâve et à St-Marc (nord) contre le Président Préval. Ils cherchent aussi à faire échouer le congrès des jeunes catholiques prévu à Petit-Goâve le 20 juillet et la fête patronale de la ville, le 15 août", a expliqué M. Lindor, visiblement préoccupé.
A la veille de l?anniversaire de naissance de leur leader, samedi, les lavalassiens restés fidèles à Aristide font monter la pression sur le Président Préval en réclamant tous azimuts le retour de l?exilé, la libération des "prisonniers politiques" et l?attribution à des leurs de la direction de diverses administrations d?Etat.
Parallèlement, aux tentatives d?intimidation de quelques groupuscules devant des institutions publiques, une vive agitation avait gagné lundi après-midi des quartiers du centre commercial de Port-au-Prince. Des jets de pierres et de tessons de bouteille avaient entraîné la fermeture prématurée des magasins et la fuite massive des petits commerçants du secteur informel.
Jeudi, la Cellule nationale de réflexion de Fanmi Lavalas (le parti d?Aristide), fer de lance du mouvement, a annoncé aux cris de "vive Aristide" une célébration très particulière de la "date du 15 juillet" à travers une série de manifestations dans différentes régions du pays.