Premier anniversaire de l?assassinat de Jacques Roche : Reporters sans frontières "en colère" contre le sort réservé par la justice haïtienne à l?instruction de l?affaire
RSF dénonce la libération depuis mai de Johnny Cicéron, un des suspects dans l?exécution du journaliste-poète, alors que trois autres présumés assassins emprisonnés ne sont pas encore passés en jugement ; l?Organisation rejette sur les "milices de Jean-Bertrand Aristide" la responsabilité de ce crime horrible
Ce vendredi ramène le premier anniversaire du lâche assassinat du journaliste-poète Jacques Roche, exécuté à l?âge de 44 ans, le 14 juillet 2005, par ses ravisseurs quatre jours après son enlèvement le 10 juillet à Port-au-Prince.
Comme un vulgaire bandit, le corps supplicié du confrère avait été retrouvé très tôt dans la matinée à Delmas 4 (nord de Port-au-Prince), torse nu, attaché à une chaise, les bras menottés. Jacques avait, malheureusement comme beaucoup d?autres avant et après lui, fait les frais de l?instinct carnassier de ses bourreaux de l?"Opération Bagdad" qui, au terme de quatre jours de chantage politique et de surenchères financières, avaient décidé que son corps méritait d?être abandonné en pleine rue avec des impacts de balles et des traces de torture.
Un an après, Reporters sans frontières (RSF) invoque, dans un communiqué publié à Paris, l?implication des partisans armés d?Aristide dans l?enlèvement, la séquestration et l?exécution du journaliste. L?Organisation dénonce également la libération d?un des auteurs présumés de ce crime odieux et exprime "son amertume et sa colère" face à l?enquête criminelle qui ne progresse pas et au jugement des suspects arrêtés qui se fait toujours attendre.
"La mort de Jacques Roche a démontré combien les milices à la solde de l?ancien pouvoir de Jean-Bertrand Aristide n?avaient pas désarmé après la chute de ce dernier, en février 2004. Le traumatisme provoqué par cet assassinat ne sera jamais surmonté tant que l?impunité demeurera. Pire, l?un des auteurs présumés a été relâché sans explication", affirme RSF qui estime qu?au moment où Haïti cherche "la paix et la stabilité démocratique", "les moyens donnés à la justice doivent compter parmi les priorités du nouveau gouvernement".
Plus loin, Reporters sans frontières rappelle que la perpétration ultrarapide du crime malgré l?ouverture de négociations entre la famille de la victime et les kidnappeurs -qui au départ réclamaient une rançon de 250.000 dollars américains- avait "ébranlé la thèse de l?enlèvement purement crapuleux". Certaines sources crédibles ont indiqué à l?Organisation que "Jacques Roche avait sans doute été livré à d?autres geôliers et que l?affaire était devenue politique".


Opinant sur l?instruction de l?affaire dans le cadre d?un processus judiciaire lancé depuis des mois, mais qui tarde encore à donner des résultats probants, RSF souligne que selon des informations fournies par Yolène Gilles, du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), "Roger Etienne, l?un des ravisseurs présumés de Jacques Roche, arrêté le 18 août 2005, est toujours incarcéré au pénitencier national", principale prison civile de Port-au-Prince. "Deux autres suspects, surnommés Mentor et Edgard ont été interpellés et écroués au même moment. Aucun de ces trois hommes n?a comparu et le magistrat instructeur, également chargé d?enquêter sur l?assassinat, en 2000, de Jean Dominique, directeur de Radio Haïti Inter, est actuellement en déplacement", précise l?Organisation qui, dans la foulée, révèle que "Johnny Cicéron, appréhendé le 14 octobre 2005 pour son implication présumée dans l?assassinat de Jacques Roche, évadé puis repris le 4 mai 2006, a été libéré le 22 mai sans aucune explication".


Par ailleurs, 17 chefs de gang ont recouvré leur liberté au cours du même mois, pour "manque de place dans les prisons" ou "dossier incomplet", ironise Reporters sans frontières.


L?Organisation internationale de défense de la liberté de la presse et de l?information rappelle aussi que le 21 juillet 2005, la police judiciaire avait appréhendé le père Gérard Jean-Juste, "conseiller spirituel de Jean-Bertrand Aristide", en marge des funérailles du journaliste martyr à l?église Saint Pierre de Pétion-Ville (banlieue est de la capitale haïtienne). Le prêtre qui tentait d?officier à la cérémonie funèbre avait été alors dénoncé par la clameur publique qui "le soupçonnait d?être lié à l?assassinat de Jacques Roche". "Gérard Jean-Juste a été libéré pour raisons de santé et autorisé à se rendre aux Etats-Unis pour y recevoir des soins. Il s?y trouve toujours. Egalement inculpé dans une affaire d?armes volées au Palais national (siège de la Présidence), il reste officiellement à la disposition de la justice haïtienne", conclut RSF qui exprime implicitement une position critique sur le statut très particulier de Gérard Jean-Juste au regard de la loi.


Plein de vie et rêveur de charme, le très sympathique Jacques Roche était chef de la rubrique culturelle au quotidien Le Matin et co-présentateur de l?émission sportive Sportissibo sur radio Ibo, une station privée de Port-au-Prince. Auteur de trois CD publiés sous le titre "Le vent de liberté", il animait également un programme radiotélédiffusé intitulé "Randevou Sosyete Sivil la" (Le rendez-vous de la société civile) pour le compte du Groupe des 184, une plate-forme de la société civile très impliquée dans le mouvement GNB largement à l?origine de la chute de Jean-Bertrand Aristide, le 29 février 2004.