Près d'une centaine de personnes ont été kidnappées, ce jeudi 20 juillet 2006, avant 10h du matin, par des bandits sur la route de l'aéroport, à hauteur du quartier de Simon. Quatre véhicules tout-terrain, une Mercedes et un autobus bourré de passagers revenant du Cap-Haïtien, ont été, sous la menace de bandits lourdement armés, forcés d'entrer à Cité Militaire, nouvelle cité interdite. Les terroristes sont dans la ville. Ils reprennent du service, avec une fougue, une violence redoublée. Dans cette anarchie de violence, ponctuée de tirs d'armes automatiques, les forces onusiennes étaient les grands absents. Des « pope twèl », voilà le nouveau surnom des soldats de la MINUSTAH, selon des entrepreneurs ayant leur enseigne sur le Boulevard Toussaint Louverture.
Vue de la route de la route de l'aéroport ce jeudi en milieu de journée
(Photo: Roberson Alphonse)
La route conduisant à Drouillard, très peu fréquentée ce jeudi à 11 heures 45 A.M
(Photo: Gaspard Dorélien)
Jeudi 20 juillet 2006. Il est 11 heures 43. Le Boulevard Toussaint Louverture est clairsemé. Les rares véhicules qui s'y aventurent filent à vive allure. La majorité des entreprises de la zone ferment boutique. Aucun dispositif de sécurité n'est perceptible. La police et la MINUSTAH sont absentes. La peur se lit sur les visages. Quelques heures avant notre passage, les bandits ont fait une nouvelle incursion sur cette route conduisant à l'aéroport international, avons-nous appris.
Alors que certains vidaient leurs chargeurs, d'autres s'occupaient à maîtriser les occupants de quatre véhicules tout-terrain, d'une Mercedes et d'un autobus assurant le trajet Cap/Port-au-Prince, tous interceptés à hauteur de la rue Frères Simon.
En outre, un enfant armé d'un fusil d'assaut, a ouvert le feu sur un camion de la Brasserie Nationale d'Haïti. Le conducteur s'est enfui, mais un autre employé de cette entreprise aurait été emmené. Au total, plus d'une centaine de personnes sont sous le contrôle de ces hommes armés. Ils seraient conduits à Cité Soleil, précisent nos sources.
Sur la route de l'aéroport, ce midi, aucun dispositif de sécurité n'a été remarqué. Seul un véhicule de patrouille stationné à proximité du monument communément appelé « trois mains » était visible. Quatre policiers armés de fusils automatiques constituaient l'unique force face aux bandits.
Selon un témoin, des coups de feu nourris ont été entendus dans la zone de Drouillard. Une vingtaine d'hommes armés se seraient postés à l'intérieur du cimetière. L'extrême nord de ce qui redevient la ligne de la mort.
«La police n'est pas appuyée par la MINUSTAH», a par ailleurs déploré ce citoyen pour le moins inquiet quant à la persistance de ces actes de violence. La veille, en effet, à Drouillard, Varreux, Cité-Soleil, Cité Militaire, des quartiers périphériques de la zone de l'aéroport, des coups de feu ont été entendus. Au moins six personnes ont trouvé la mort dont le directeur technique du CONATEL, Alfredo Estriplet.
Autour de 12 heures 18, un entrepreneur à qui nous avons demandé son point de vue par rapport à cette nouvelle flambée de violence, a indiqué que ce mouvement vise à déstabiliser l'Etat.
« La ville est livrée aux terroristes », s'exclame-t-il, l'air indigné.
Selon lui, ces individus sans foi ni loi sont des terroristes. Ils ont une pseudo motivation politique. Ils mettent le pays à genoux alors que tout un chacun réfléchit sur les voies et moyens pouvant permettre au pays de sortir de l'abîme du sous-développement et de la misère.
La situation d'insécurité généralisée dans cette zone sensible et stratégique intervient alors que la MINUSTAH et la PNH ont mobilisé 2000 casques bleus, 350 policiers haïtiens et 250 policiers internationaux pour enrayer la criminalité. Ce qui n'est pas encore le cas, car deux missionnaires américains ont été kidnappés dimanche. Des négociations ont permis d'obtenir la libération de Tom Barron et William Eugène Seastrum, a indiqué le FBI. Et selon des informations obtenues du département d'Etat Américain 43 ressortissants américains ont été kidnappés l'année dernière.
A l'heure du retour au journal, une seule patrouille policière de la PNH a été remarquée à Delmas 4.
Roberson Alphonse et Gaspard Dorélien