« A la traka pou Baba », dernier long-métrage de fiction de Raynald Delerme, commence comme une série télévisée du dimanche soir. Un homme, Baba (Raynald Delerme), avec deux filles sur les bras qu'il a eu de deux mères différentes. Elles ne sont pas jumelles, mais nées le même jour, à quelques minutes près. Deux jeunes adolescentes en ébullition de leurs premiers émois et, cerise sur le gâteau, jolies comme des fleurs. Toujours chaperonnées par leur père qui veille au grain, Vanessa (Santhyalore Joseph) et Lissa (Erline Pierre) veulent couper un peu le cordon, aller toutes seules au cinéma, avoir même chacune un petit ami.


Un de ces quatre soirs, elles décident, après maintes combines, d'en parler à leur tyran de père qui, la mort dans l'âme, est d'accord, suivant les conseils de Judith (Mumcy Daphnée Laguerre), la fille de son patron avec qui il entretient secrètement des rapports amoureux. Mais Baba veut désormais quitter sa vie de débauche pour s'adonner à l'éducation de ses deux filles alors que les démons de la chair ne lui lâchent pas les basques : Judith et Elisabeth (Elisabeth Pierre) qui vient de se mêler de la partie (une ancienne copine fraîchement rentrée des USA).
Un «teen movie»
Dans « A la traka pou Baba », ordinaire et saugrenu tableau d'une famille haïtienne, Raynald Delerme, acteur, scénariste, réalisateur, réussit à délocaliser un peu l'objectif de la caméra sur lui. Si l'on faisait un petit flash back sur ses anciennes productions (Shérico S.A, I,II, etc.). Son personnage est relégué au second plan. Même si, au bout du compte, il occupera, dans ses élucubrations sexuelles, une bonne partie du film. Ici, tout tourne autour de ces jeunes adolescentes bouillonnant d'hormones (dans l'oeil et dans les palabres) qui donnent du fil à retordre à leur père qui veut à tout prix les ranger.


« A la traka pou Baba » ne dit pas, mais suggère. Le film peint, à l'eau forte, les tracas d'un père face à ses filles et vice versa. En dépit de leurs divergences, de leurs désirs qui n'ont pas les mêmes couleurs. L'histoire est simple, voire simpliste avec son dédale d'idées de seconde main. Rien de tel qu'un « teen movie » à deux sous où le papotage à l'eau de rose tient avec autorité ses lettres de noblesse dans le miroir du récit filmique. Les dialogues, (à refaire ! ), comme dirait si bien l'une des filles dans leur langage enfantin, fusent dans tous les sens. Mais il est à signaler que , tout à l'opposé de certains scénaristes, pour faire rire, Raynald Delerme n'a pas eu recours à des guignols de la place à la bouche édentée, accent plouc et mal fagoté. Ici, le sens de l'humour ne réside pas en marge, mais en plein dans l'histoire.


En revanche, somme toute, ce film ne tient à rien. Notre réalisateur, à maints égards, ne réussit pas à donner une dimension, si l'on veut, artistique en partant de la réalité et des vieilleries des mentalités du pays. Histoire de décaler le blabla de la narration. Donc, donner du mystère, une portée à une simple histoire de famille vu que tout le monde sait déjà comment cela se passe sous le toit d'un père célibataire avec deux filles et, de surcroît, jolies comme tout en Haïti. Ce qui renvoie à une platitude des plus écrasantes dans la mesure où le spectateur ne voit pas où le réalisateur voulait en venir.


Ce long-métrage n'entrave pas. Pas d'intrigue, sinon elle n'est située qu'à la fin où, pendant son séjour provisoire depuis le départ de son père pour les USA chez Baba, Judith ( Mymcy Daphnée Laguerre ) tombe sur lui avec Elisabeth dans sa chambre. Le spectateur constate que le film ne cherche pas pour deux balles à aller quelque part, traîne en chemin dans des procédés ennuyeux, sans queue ni tête. Par contre, en dépit d'une mise en scène mégaringarde, le jeu des acteurs n'est pas négligeable.
Le jeu de Baba, sorte de prototype du macho haïtien, menteur, laisse le spectateur, qui entend à être convaincu quoi qu'il arrive, sur sa faim. Car, ce dernier ne se plie jamais à de nouvelles règles de mise en scène d'un film à l'autre. Toujours ankylosé dans son nombrilisme sans bornes, son narcissisme. Reste à considérer quelques scènes dans lesquelles il rend tant bien que mal le personnage incarné.
Marvin Victor
marvinvictor@lenouvelliste.com