SUPERPROCÈS D'UN GANG DE RUE: Une guerre entre deux clans avait été déclarée
Un samedi soir de septembre, dans un bar, le gang de la rue Pelletier a rencontré le gang du boulevard Pie-IX. Ils se sont déclaré la guerre.
«C'est hot en ce moment. Mais pas avec les beefs (surnom peu flatteur des policiers)», a raconté Joël Samedy à un consommateur de crack, le 10 septembre 2004. Sans savoir que ce consommateur était en réalité un policier en civil. Non, les embêtements ne venaient pas de la police, mais du gang du boulevard Pie-IX à qui les gars de Pelletier avaient déclenché la guerre, a expliqué M. Samedy à l'époque.
Le policier en civil, David Brochu, a dévoilé cette histoire, hier, au superprocès du gang de la rue Pelletier au Centre judiciaire Gouin. Joël Samedy est l'un des 16 accusés de trafic de cocaïne et de complot.
M. Samedy a fait cette confidence au policier alors qu'il était en face du 11470, rue Pelletier, à flâner avec deux femmes et le présumé chef du gang, Bernard Mathieu. Durant la conversation, Bernard Mathieu n'a pas commenté cette «guerre». Le présumé chef s'est contenté de sourire, a témoigné le policier, hier.
«On est prêts pour la guerre», avait ajouté M. Samedy. L'homme d'origine haïtienne a ensuite vendu au policier deux roches de crack, sorties d'un sac Ziploc tiré de ses poches. La conversation était close. Cinq jours plus tard, le 15 septembre, la «guerre» était finie. Le «gang de Pie-IX» s'est excusé au «gang de la rue Pelletier». «Le respect est revenu», a dit Joël Samedy au policier rencontré une nouvelle fois devant le 11470, rue Pelletier.
L'agent d'infiltration Brochu n'a jamais réussi à devenir «ami» avec les trafiquants de la rue Pelletier. C'était une relation d'affaires. Il a fait 22 achats de crack de mai à novembre 2004. Il a réussi à acheter environ une soixantaine de roches et même un «appartement» (3 grammes et demi de crack, dans le jargon du gang) durant son infiltration.
Deux vendeurs, Gérald-Charles Placide et Jean-Marie Saint-Louis, ont été reconnus coupables. L'un a été expulsé vers Haïti et l'autre est en voie de l'être. Le policier a aussi fait des transactions avec Clinton Saint-Thomas et Joël Samedy, accusés dans la présente affaire. Deux autres accusés, Wilson Longin et Loukens Fevrius, se sont mêlés des transactions, a dit l'agent Brochu.
À la même école primaire
Un homme aurait pu démasquer l'agent d'infiltration. L'accusé Valter Fernandes a fréquenté la même école primaire, l'école Charles-LeMoyne à Saint-Hubert, à la même époque. Ils ont tous deux 31 ans. «J'ai eu peur de me faire reconnaître et de brûler l'opération. J'ai été chanceux», a dit M. Brochu. L'accusé Fernandes, assis au fond de la salle, a sursauté et plissé les yeux, comme s'il cherchait à reconnaître le policier.
«À l'école, il était connu. Les jeunes avaient peur. Il n'a pas changé. Il a toujours été plus gros et plus grand que les autres», a raconté le policier, qui n'avait pas vu son compagnon de classe depuis la fin du primaire.
Certaines personnes avaient plus d'autorité que d'autres, rue Pelletier. Quand Bernard Mathieu descendait de sa Porsche, les gens venaient le voir. Tout le monde l'écoutait quand il parlait, a témoigné le policier. Une autre fois, Clinton Saint-Thomas a fait mettre Gérald-Charles Placide à genoux, parce qu'il avait arnaqué le policier Brochu dans une transaction. Des gens sont arrivés avec des «2 par 4». M. Saint-Thomas a demandé aux gens de se disperser pour éviter que... la police débarque.
Le contre-interrogatoire du policier se poursuit aujourd'hui.
Contester le gangstérismeL'avocat de Bernard Mathieu, Clemente Monterosso, a déposé une requête qui sera débattue à la fin du procès pour contester la constitutionnalité de l'article de loi sur le gangstérisme. Selon lui, la définition d'une organisation criminelle est «vague et imprécise» au point de violer la Charte des droits et libertés. Le procureur général du Canada a déposé une requête à son tour, hier, pour demander d'intervenir dans le procès. C'est le procureur fédéral Michel F. Denis qui viendra expliquer la raison d'être de cet article de loi.
************************************************** ******************************
Bernard Mathieu, alias Ti-Pon: Le jargon d'un présumé gang de la rue Pelletier http://www.haitiwebs.com/forums/showthread.php?t=40181 (Bernard Mathieu, alias Ti-Pon: Le jargon d'un présumé gang de la rue Pelletier)