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Promesses des séries à Cinéma Tout Ecran

Description: Philip Glenister et John Simm. 
Philip Glenister et John Simm.
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Published by bana2166- 11-01-06
Post Promesses des séries à Cinéma Tout Ecran

CULTURE : Promesses des séries à Cinéma Tout Ecran
Date de parution: Jeudi 2 novembre 2006
Auteur: Nicolas Dufour
TELEVISION. Le festival genevois montre peu de séries TV, mais celles qu'il obtient laissent augurer de beaux moments de fiction. Entre autres, James Woods en avocat intraitable, et une brillante expérience temporelle venue d'Angleterre.
Un sourire carnassier, puis, un temps plus tard, l'?il tremblant, comme une esquisse de pleur. Ainsi apparaît Sebastian Stark, avocat de haut vol dont la cruauté professionnelle initiale donne son nom à la série Shark. L'un des feuilletons que présente le festival Cinéma Tout Ecran, à Genève, jusqu'à samedi. Shark a créé l'événement en raison de l'engagement de l'acteur James Woods, qui donne toute son ambiguïté au personnage de Sebastian Stark. En sus, le premier épisode de cette série créée par Ian Biederman est signé Spike Lee, ce qui apporte une caution cinématographique au feuilleton.
- Un avocat en pleine crise existentielle
La vie de l'avocat bascule lorsque l'un de ses clients, qu'il a fait libérer, va jusqu'au meurtre dont on le soupçonnait. Stark s'engage alors auprès de la procureure publique. Il y apporte ses méthodes tranchées, tandis que ses relations avec sa fille se troublent, au point de la larme esquissée au coin de l'?il.
Pilote plutôt déconcertant, le premier épisode de Shark laisse très ouverte la tonalité que prendra la série. Fait assez rare ces temps dans les fictions TV, celle-ci repose pour l'essentiel sur son personnage principal. Et s'ils proposent une énième histoire d'avocat, les auteurs veulent manifestement pousser très loin la mise en scène du système judiciaire américain, l'importance de la rhétorique, de l'impact du discours, auprès du jury populaire.
Shark offre ainsi de nombreuses perspectives et, dans son pays, le public a suivi avec une audience jugée satisfaisante depuis le lancement à cette rentrée, soit quelque 14 millions de téléspectateurs. Fin octobre, la chaîne CBS, qui diffuse aussi Les Experts - Shark suit les légistes de Las Vegas, le jeudi soir - a annoncé la poursuite du feuilleton pour une saison complète.
- Un policier qui revient à l'époque des pattes d'eph'
Les ?uvres montrées par le festival genevois se rassemblent par leurs promesses. Espoirs jouissifs, notamment, à la vision des débuts de Life on Mars. Cette série anglaise, à l'antenne l'hiver 2006 sur BBC, pourrait bien être le feuilleton événement lorsqu'elle franchira le Channel. Une fiction qui prouve, s'il le fallait, l'extraordinaire vitalité des producteurs anglais.
A la base, un créneau curieux: en 2006, un inspecteur qui enquête sur un crime sordide voit son amie et partenaire enlevée par le tueur. Alors qu'il enquête, il est fauché par une voiture... et se retrouve dans Manchester en 1973. Juste avant son accident, Sam écoutait David Bowie sur son iPod. Après l'accident, dans sa carriole d'époque, le même morceau passe sur un infâme lecteur de cassettes. «Life on Mars», c'est ce que chantait Bowie, c'est ce que vit Sam, Martien intemporel, déphasé avec ses pattes d'eph', et plongé dans un commissariat poussiéreux.
Flanquant leur héros de collègues larbins et d'un chef bagarreur, les auteurs de la série multiplient les couches narratives. On suppose que le personnage principal est dans le coma aujourd'hui. Mais peut-être ne reviendra-t-il jamais. Il doit donc composer avec cette nouvelle vie. Les créateurs se donnent une marge de man?uvre passionnante, au service d'une intrigue qui se présente sous les meilleurs auspices. En sus, l'équipe de Life on Mars comprend le réalisateur Bharat Nalluri, familier des séries de qualité so british, déjà impliqué dans MI:5 et Les Arnaqueurs V.I.P. Pour l'heure, la TSR ne s'engage pas à propos de ces deux nouveautés.
- Le métissage à la mode québécoise
Cinéma Tout Ecran montre aussi des séries aux prises avec leurs réalités bien actuelles, comme l'allemande Türkisch für Anfänger ou la québécoise Pure Laine.
Cette dernière est racontée par le débonnaire Dominique (Didier Lucien), Haïtien qui a épousé une Québécoise. Tous deux ont adopté un enfant asiatique: «Ce n'est pas une famille, mais une réunion de l'ONU», s'exclame un ami. Autour de questions graves ou complices - qu'est-ce que l'exotisme? ou la discrimination? -, traitant la pluralité ethnique à l'image des relations amoureuses, Pure Laine aborde les chocs des cultures avec bonhomie.
- Des Suisses inconnus, mais illustres
Nos Archives secrètes est la promesse faite aux spectateurs par la TSR. Cette collection de courtes séquences montre des Suisses aussi illustres qu'imaginaires. Elle sera lancée à la fin de l'année dans les trois régions linguistiques; autant dire que c'est le pari du moment pour SSR SRG idée suisse. Introduites par Jean-Charles Simon pour la version francophone, ces vignettes humoristiques semblent amusantes. Difficile toutefois d'en juger sur une seule pièce.
- Des frissons français dans une ville touristique
Autre tendance parfois prometteuse de la création télévisuelle, les mini-séries ou les collections. Commanditée par des chaînes françaises du câble, Sable Noir obéit à des règles précises; des films de 26 à 30 minutes, adaptés d'une nouvelle d'un écrivain français, dont l'histoire doit se dérouler dans la ville imaginaire et néanmoins touristique deSable Noir.
Le résultat, à en voir les trois chapitres - sur six - présentés à Genève, est variable. Eric Valette (Maléfique) s'enfonce dans un téléfilm qui accumule les poncifs visuels et scénaristiques. Xavier Gens raconte une histoire de maison hantée par ses fantômes, et sauve son (court) métrage par une violence familiale sans concession. Olivier Megaton propose l'épisode le plus abouti, et le plus déconstruit, à travers l'histoire d'une femme obsédée par une maison. Au passage, un beau rôle pour Hélène de Fougerolles. Et un bon augure pour la fiction TV par épisodes, que Cinéma Tout Ecran présente au compte-gouttes.
Goût de cendres après «La Chute» Norbert Creutz
Oliver Hirschbiegel signe «Ein ganz gewöhnlicher Jude», étonnant monologue filmé programmé à Cinéma Tout Ecran.
Comme The Deal de Stephen Frears l'an dernier, voici un film qui correspond parfaitement au profil de Cinéma Tout Ecran. Téléfilm qui a trouvé le chemin des salles allemandes (en janvier) grâce à la réputation de son réalisateur, Oliver Hirschbiegel, Ein ganz gewöhnlicher Jude est certainement l'une des principales trouvailles de la présente édition: un chaînon manquant entre La Chute (Der Untergang) et les débuts hollywoodiens du réalisateur avec The Invasion, nouvelle version de L'Invasion des profanateurs de sépulture avec Nicole Kidman.
Hirschbiegel aura-t-il cherché à s'absoudre d'avoir presque passé sous silence la Shoah dans sa monumentale et contestable recréation des derniers jours d'Hitler? Toujours est-il qu'il s'est aussitôt lancé dans cet étrange projet: filmer un monologue de l'écrivain zurichois Charles Lewinsky (Hitler auf dem Rütli, Mattscheibe, Melnitz). Un texte passionnant sur tout ce que cela signifie d'être un juif allemand né après la guerre.
Monologue furieux
Cinéaste venu de la vidéo expérimentale, formé à la télévision et devenu un spécialiste des cadres confinés (Das Experiment, Mein letzter Film), Hirschbiegel parvient à rendre cinématographique ce qui ne l'est pas. Hormis un prologue et un épilogue, on reste en effet tout du long enfermé avec l'acteur Ben Becker (un beau blond plus habitué à jouer des nazis...) dans un appartement haut perché de Hambourg (ville natale du cinéaste). Et pourtant ce n'est jamais ennuyeux, grâce au texte, à la performance et à une réalisation toute en mouvement.
Emanuel Goldfarb est un journaliste culturel contacté par un professeur de gymnase pour participer, en tant que «concitoyen membre de la communauté juive», à un cours de sociologie. Enervé par le ton politiquement correct, il commence une lettre de refus, cale, enclenche un magnétophone et se lance dans un furieux monologue de presque 90 minutes, qui mêle de plus en plus intimement histoire personnelle, nationale et d'un peuple, pour finir par accoucher... d'un livre, au bout de la nuit.
Autoflagellation typique et somme de clichés, comme l'a jugé le commentateur de Der Spiegel, pas moins fâché que Goldfarb? A chacun de juger. Pour ce critique - il est vrai moins au fait de la condition juive -, l'expérience a au contraire paru très impressionnante et éclairante. L'impossibilité d'être «juste un homme ordinaire» pour un juif en Allemagne y est exposée avec toute la dialectique et les contradictions nécessaires à rendre le problème crédible, vivant et infiniment complexe.
Un tel film n'aurait bien sûr aucune chance sur nos écrans. On en sait d'autant plus gré à Cinéma Tout Ecran d'être là pour le faire découvrir. Avec un prix, ne serait-ce que d'interprétation, à la clé?
Ein ganz gewöhnlicher Jude, d'Oliver Hirschbiegel (Allemagne 2006), avec Ben Becker. En compétition à Cinéma Tout Ecran, vendredi 3 à 16h15.
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