"L'affaire Villemin" sur France 3 Television: Une Plainte
L'avocat de la famille Laroche a indiqué mardi qu'il allait porter plainte pour "violation de présomption d'innocence"
La procédure de Gérard Welzer fait suite à la diffusion par France 3 du téléfilm "L'affaire Villemin", consacré au meurtre non élucidé du petit Grégory en 1984. Mais l'avocat n'a pas précisé dans quel tribunal il déposerait sa plainte.
La chaîne France 3 a indiqué qu'elle "attendra avec une certaine sérénité" cette éventuelle procédure.
"L'ensemble des partenaires de la série, France 3, Arte, les producteurs et le réalisateur ont pris toutes les précautions juridiques de bout en bout de la production", a indiqué France 3 à l'AFP.
Grégory Villemin, un garçonnet de 4 ans et demi, avait été retrouvé mort le 16 octobre 1984, pieds et mains liés, dans la Vologne, une rivière des Vosges.
France 3 a consacré trois soirées samedi, dimanche et lundi à cette affaire (deux épisodes par soir). Le téléfilm en six épisodes de 52 minutes,
réalisé par le cinéaste haïtien Raoul Peck, s'appuie notamment sur le livre "Le bûcher des innocents" de Laurence Lacour, qui avait suivi l'affaire pour Europe 1.
Mardi matin, l'avocat des Laroche a annoncé à l'AFP: "Nous allons déposer cette semaine une plainte au tribunal de grande instance pour violations de la présomption d'innocence, de la vie privée et du droit à l'image."
L'avocat de Marie-Ange Laroche et de ses deux fils, Sébastien et Jean-Bernard, a ajouté qu'il allait saisir dès "cette semaine" le Conseil supérieur de l'audiovisuel "pour lui demander des sanctions contre la chaîne publique" qui, selon lui, "a diffusé une fiction médiatique contraire à la vérité des faits et à la vérité judiciaire". "Toute la série vise à démontrer que Bernard Laroche est coupable" de l'assassinat de Grégory Villemin, a fustigé Maître Welzer.
Mis en examen pour l'assassinat de Grégory et écroué en novembre 1984, Bernard Laroche avait été remis en liberté en février 1985, une expertise graphologique semblant le disculper. Il avait été tué en mars suivant par Jean-Marie Villemin, condamné en 1993 pour ce meurtre.
Marie-Ange Laroche et ses enfants avaient tenté d'obtenir en septembre un report de la diffusion du téléfilm pour s'assurer qu'il ne diffamaient ni ne portait atteinte à la présomption d'innocence de leur mari et père. Mais la chambre des référés du tribunal de grande instance de Nancy, devant laquelle ils avaient assigné France 3, avait rejeté leur demande. Elle considérant en effet que "la liberté d'expression devait primer" et que celle-ci "ne pouvait souffrir aucune exception".
Les Villemin plus favorables au film
Les époux Villemin, parents de Grégory, espéraient, avant sa diffusion, que le téléfilm aiderait à la révélation de la vérité. "Nous avons (...) l'espoir que des témoins en relation avec la mort de Grégory puissent enfin parler, libérer leur conscience", avançait Jean-Marie Villemin, mercredi dans "La Croix". "La diffusion de ce film et son retentissement peuvent, peut-être, déclencher des aveux."
"Le film est criant de vérité", a jugé Christine Villemin, à un moment inculpée de l'assassinat avant d'être innocentée par la justice.
Le "dégoût" du juge
Enfin, le juge Jean-Michel Lambert, qui avait mené l'instruction de l'affaire entre le 16 octobre 1984 et le 29 mars 1985, jour de l'assassinat de Bernard Laroche, a de son côté exprimé le "profond dégoût" que lui inspirait la diffusion des six épisodes de 52 minutes chacun. "Il n'y avait aucune urgence à mettre en scène un fait-divers puisque la prescription n'interviendra qu'en 2011", a-t-il estimé samedi dans l'hebdomadaire Marianne.